Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

Ignace Reiss, vie et mort d'un révolutionnaire

· Inprecor n° 402, mai 1996 · p. 29 · 452 mots

URSS et Russie Stalinisme

« La lettre que je vous écris aujourd'hui, j'aurais dû vous l'écrire depuis longtemps déjà, le jour où les "Seize" furent massacrés dans les caves de la Loubianka sur l'ordre du "Père des Peuples". (...) J'ai derrière moi seize années de travail clandestin. (...) II me reste assez de forces pour tout recommencer. Car il s'agit bien de tout recommencer", de sauver le socialisme. (...) Pour que l'Union Soviétique et le mouvement ouvrier international tout entier ne succombent pas définitivement sous les coups de la contre-révolution ouverte et du fascisme, le mouvement ouvrier doit se débarrasser de ses Staline et du stalinisme. Ce mélange du pire des opportunismes - un opportunisme sans principes -, de sang et de mensonges menace d'empoisonner le monde entier et d'anéantir les restes du mouvement ouvrier. (...) En avant vers de nouveaux combats pour le socialisme et la révolution prolétarienne ! Pour la construction de la /Ve Internationale ! »

Ignace Reiss « Ludwig » dirigait des réseaux d'espionnage soviétique en Europe occidentale. Rompant avec Staline, il envoyait cette Ignace Reiss, vie et mort d'un révolutionnaire lettre au CC du PCUS le 17 juillet 1937. Six semaines plus tard, il était assassiné par les agents de Staline.

A aucun instant Reiss n'envisagea de se livrer aux services de contre-espionnage impérialistes, qui lui auraient garanti des ponts d'or en échange de sa trahison. Mais Reiss n'était pas un traître. Militant interationaliste, c'est pour réaliser cet idéal qu'il agissait au sein des services secrets soviétiques. Et s'il avait longtemps hésité, avant de rompre avec Moscou, c'est parce qu'il espérait encore que l'État soviétique pouvait être réformé. L'assassinat par les staliniens de la quasi-totalité de vieux bolcheviques, leur remplacement par des arrivistes opportunistes, voire par des gardes blancs convertis au culte de Staline, l'avait convaincu que le pouvoir soviétique avait dégénéré et que les communistes le trouverait désormais en travers de leur chemin.

Un documentaire produit et réalisé par Daniel Künzi, militant internationaliste de SolidaritéS de Genève, tombe à point pour rappeler ce fragment d'histoire. Kunzi présente la vie de Reiss, entre le bilan désastreux de la trahison social-démocrate au cours de la Grande guerre, l'espoir réveillé par la première victoire ouvrière en Octobre 1917, l'engagement communiste puis la fuite devant "les siens" lorsque, plus lucide qu'eux, il rompit avec les fossoyeurs d'Octobre. Et aussi sa mort, qui embarrassa la police suisse au point qu'encore cinquante ans après ce dossier était classé "secret" et n'a été ouvert, pour apparaître vide, qu'après la sortie du film.

J. Malewski "Vie et mort d'un révolutionnaire" (VHS, 53 minutes) sera diffusé par la TV Suisse romande le 22 mai 1996. Pour commander une copie, écrivez à Daniel Künzi, 5 Rue Dancet, 1205 Genève, Suisse.

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