Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

UKRAINE

La situation en Ukraine

· Inprecor n° 403, juin 1996 · p. 35 · 869 mots

URSS et Russie

PENDANT LES TROIS premiers mois de 1996, la situation économique s'est aggravée en Ukraine d'après tous les indicateurs de base, si l'on compare avec l'année 1995. Le conseil des ministres a annoncé la diminution du budget de la santé, de l'éducation, des transports urbains et encore d'autres domaines sociaux. Mais au même moment l'État augmentait les prélèvements dans toutes les sphères d'activité, les tarifs de lelectricité et les droits de douane. En 1996, le gouverne ment ukrainien n'octroiera aucun financement pour la construction de logements. L'Etat n'ayant pas d'argent, l'habitat sera confié aux administrations territoriales et urbaines. Les constructions d'habitations ne seront possibles que sur une base commerciale et seuls les 5 à 10 % de riches pourront s'acheter un appartement ou une maison. Il n'y a pas assez de logements en Ukraine et il s'agit d'un coup sérieux porté aux citoyens ainsi qu'aux ouvriers du D'après les données statistiques du ministère, l'ensemble des entreprises industrielles en activité n'utilisent que le quart de leur capacité de production et leurs salariés n'ont pas été payés pendant deux ou trois mois. De nombreux ateliers et secteurs sont immobilisés et les travailleurs se retrouvent en congés sans toucher leur salaire. Il faut également noter que 60 % de toutes les sphères d'activité en Ukraine appartiennent à « l'économie de l'ombre » avec la participation d'un citoyen sur cinq ou six. Personne n'a jamais pu évaluer les profits, les dépenses et la circulation monétaire liés à cette économie souterraine. EN PLUS, L'ÉTAT ÉCONOMISE SUR LES SALAIRES et les pensions, ce qui favorise le développement de la spéculation et du « business » criminel. Le salaire moven d'un ouvrier, d'un enseignant ou d'un médecin est de 7 à 8 millions de carbovanetz (40 dollars américains). Le minimum vital pour une famille urbaine moyenne, en tenant compte du loyer, est d'environ 24 à 28 millions de carbovanetz (120 à150 dollars $). Beaucoup de gens sont donc obligés de se livrer à des activités individuelles dans les structures de « l'économie de l'ombre ». Ni le président, ni les banques, ni les sociétés par actions ne possèdent de plans pour multiplier les lieux de travail, stimuler les retombées sociales du développement économique et la participation consciente des citovens à la lutte contre les contradictions du régime existant. Les bureaucrates de l'État et les élites du pouvoir constituent les deux tiers des citoyens ayant un travail officiel. C'est ainsi que l'Etat est devenu l'Union des corporations de bureaucrates, banquiers et industriels qui contrôlent les finances, la production, le commerce et le territoire !

Roman Kondakov Dniepropétrousk, 19 avril 1996. Les grèves de février-mars ont revêtu un caractère économique et par elles-mêmes n'ont pu regrouper lavant-garde des militants pour esquisser le début d'une alternative politique des travailleurs. Actuellement le président et les structures gouvernementales passent à l'offensive contre le niveau de vie, les droits des citoyens et la démocratie. Après que la Douma de la tedération de Russie eut dénoncé l'accord de 1991 sur la création de la CEL, on vit grimper brusquement la popularité du candidat « communiste » à la présidence russe, G. Ziouganov. Le Parti communiste ukrainien (PCU) et le Parti communiste-bolchevik ukrainien (PCBU) se mirent à diffuser les slogans : « pour un référendum sur la constitution de l'Ukraine et la renaissance de l'URSS ! », « G. Ziouganov président de l'URSS! ». Cependant, dès la deuxième quinzaine d'avril, le Parti socialiste ukrainien (PSU), le PCU et le PCBU, appartenant au « passé communiste » et ayant enflé de 25 fois sur le papier le nombre de leurs adhérents, ainsi que toutes les autres organisations politiques, se transformaient en partis « invisibles », partis de l'ordre existant, redoutant les citoyens et convaincus que tout devait se décider entre le président et le parlement. LES STRUCTURES PRÉSIDENTIELLES lancèrent sur les « communistes » des petits groupes de nationalistes et de droitistes. Elles leurs organisèrent des conférences de presse et des émissions de télé où ils purent exiger l'interdiction complète de toute activité pour le PCU et le PCBU, l'entrée rapide dans l'OTAN incluant une aide financière des USA et de l'Europe pour se protéger de la Russie. Le PCU et le PCBU ne tentent même pas de se défendre et d'activer leurs organisations. Le leader du PSU, président patriotes à se rassembler autour du programme du PSU. Les nouveaux maîtres de l'Ukraine redoutent l'activité politique des travailleurs. Ils ne veulent même pas donner aux citoyens la possibilité de s'exprimer librement car la majorité pourrait voter pour la renaissance de l'URSS ou pour une union étatique avec la Russie, obligeant ainsi le pouvoir à sortir de sa propre légalité. Ou encore pourraient se disloquer les barrières qui entravent la conscience et connaître un terme le phénomène d'étouffement que l'on a pu appeler « syndrome post-perestroïka ». Le malheur social, la corruption, la violence qui soufflent d'en haut ne sont pas éternels. Les gardiens de l'ordre actuel dans tous les pays de la CEI en sont bien convaincus. Avec sa réanimation de l'économie de marché, le XXE siècle n'a rien résolu, les questions sont toujours là. D'autant plus ferme et sans compromissions devra être, au XXIE siècle, la lutte pour le socialisme international.

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