Inprecor a rencontre Christine Daure-Sertaty, presidente de Observatoire international des prisons (OIP) et compagne d'Abraham Serfaty, après un séjour d'une semaine au Maroc où elle préparé le retour d'Abraham.
Inprecor : Tu es partie au Maroc pour voir s'il était possible de préparer le retour d'Abraham Serfaty, quel est le résultat de ce voyage ? Christine Daure-Serfaty : j'ai décidé d'aller au Maroc pour faire avancer le dossier d'Abraham. Je trouvais que rien ne bougeait et que son dossier etait comme enterre alors 1l ne restait que le choix de faire bouger les choses par soi-même. Je me suis donc dis que mon voyage au Maroc serait un test et puis familiariserait le Maroc à la question de son retour. D'une certaine manière j'ai essayé de faire rentrer Abraham symboliquement avant de le faire rentrer réellement. J'ai choisi exprès une date avant la visite du roi en France pour me donner plus de chances. J'ai décidé aussi de rentrer au Maroc ouvertement c'est-à-dire de ne pas passer inaperçue et de ne pas prévenir les autorités françaises parce que je ne voulais obtenir le fait d'être refoulée ou acceptée que des autorités marocaines, sinon le test n'aurait pas eu de valeur. Par ailleurs, j'avais parlé avec un ambassadeur marocain qui m'avai écoutée avec beaucoup d'attention Ma seule stratégie était, hormis le choix de la date du voyage, d'écrire un article sur Abraham le jour de mon départ de manière a avour matere à discussion avec les autorité si j'étais arrêtée. J'ai prévenu cet ambassadeur la veille de mon départ de mon retour au Maroc, sans rien lui demander. C'est ainsi que je suis passée sans difficulté. Mais, bien évidement j'ai été identifiée reconnue et même accompagnée jusqu'à la porte de l'aéroport. Une fois sur place, il s'agissait de faire rentrer Abraham symboliquement au Maroc, c'est-à-dire de taire ce que j'avais déclaré à l'ambassadeur et à la police. J'ai fait tout ce que j'ai dit c'est-à-dire je me suis occupée d'Abraham et de ses affaires. J'ai donc été au cimetière juif de Casablanca pour visiter les tombes de sa sœur, (que je connaissais déjà) de son père et de sa mère ; non seulement pour voir s'ils étaient en bonne état mais pour également réaffirmer sa marocanité. Ensuite j'avais dit que j'irais voir le petit appartement de location d'Abraham à Casablanca dans lequel il a le peu d'affaires qui lui restent. Toujours dans l'idée de le faire rentrer symboliquement, on a tourné avec une équipe de FR3 un petit reportage dans son appartement afin de permettre à Abraham de le découvrir et aussi pour le resituer chez lui. le n'ai rien fait de clandestin, lai tout tait
Maroc
Entretien avec Christine Daure-Serfaty Propos recueillis par Sonia Leith ouvertement, sous surveillance policière discrète. Pendant mon séjour, j'ai été invitée à une conférence de presse par les familles de disparus et les survivants de Tazmamart. Certains auraient voulu que je vienne, mais j'ai décidé de ne pas y aller, pour montrer que je tenais à une présence discrète. J'ai été voir l'ambassade de France que je n'avais pas prevenue préalablement, j'ai également rencontré les organisations des droits de l'homme. Les deux numéros du Monde et de Libération où j'avais écrit des articles avant mon voyage ont pénétré au Maroc ce qui constituait également un test.
• Qu'est-ce qui te fait penser qu'Abraham pourra rentrer dans les mois qui viennent ? Sur le fond, comme j'ai dit et écrit je continuerai jusqu'à ce qu'il rentre au Maroc, je pense que ce message sera bien compris par quelqu'un. C'est-à-dire si vous ne voulez pas avoir ce problème tout le temps sur le devant de la scène le meilleur moyen c'est de le régler. Et c'est pourquoi je suis persuadée qu'il se réglera un jour. C'est aussi parce que je suis rentrée que mes articles m'ont suivi. Envoyer un membre de la tamille d'un exilé est une pratique assez fréquente au Maroc. Par ailleurs, ce qui a été dite à des journalistes par les autorités du ministère de l'intérieur sur le fait que le Maroc était un pays de droit et qu'il fallait trouver un argument juridique, ce qui n'était pas du tout impossible, confirme cette hypothèse.
• Que penses-tu de la visite du roi Hassan Il el Cette visite ne m'étonne ni me scandalise : des visites officielles, tout le monde en fait. Ce qui fut le plus surprenant c'est la réception à l'Assemblée nationale, je l'ai dit dans mon article de Libération, cela m'a paru comme un tête à tête étonnant, surprenant : le symbole d'une monarchie de droit divin se trouvant face à la représentation nationale d'un pouvoir qui vient de la terre et des hommes. Je ne suis pas süre que ce choix était nécessaire d'autant plus que le discours n'était pas tout à fait à la hauteur de la circonstan-
1) L'OIP est une organisation non-gouvernementale, accréditée auprès des Nations unies, elle existe depuis 5 ans comme prolongement du mandat d'Amnistie internationale, c'est-à-dire qu'elle demande le respect de la dignité humaine pour tous, détenus politiques et droits communs. L'OIP a une section française et un bureau régional à Dakar qui centralise le travail en Afrique. Le 20 juin, au centre Pompidou à Paris, 'OIP organise une conférence de presse pour remettre son nouveau rapport annuel 1996 qui porte sur l'année 1995.