Hoang-Ngoc Liêm, Salaires et emploi. Une cri tique de la pensée unique, Syros, collectior « Alternatives économiques ». Ce livre s'attaque au cœur de la bête, à savoir à la thèse dominante chez les économistes bourgeois selon laquelle le chômage s'expliquerait par les « rigidités du marché du travail » et notamment par un « coût du travail » excessif. Cette entreprise critique est menée d'un point de vue keynésien qui cherche à restituer l'intégralité de la pensée de Keynes trahi par ses « héritiers académiques » qui se seraient glisses dans le moule néoclassique. L'ouvrage remplit parfaitement ce contrat et propose une critique d'autant plus efficace qu'elle ne craint pas d'aller au charbon et de décortiquer par le menu les théories à la mode sur le chômage. La seconde partie examine la genèse de la « preference françalse pour le libéralisme social », de Bérégovoy à Minc. Elle montre très bien comment l'abaissement du coût du travail vertèbre l'ensemble du projet, malgré l'absence de tests économétriques probants, et, ce qui est plus grave, de résultats concrets pour une politique menée pourtant depuis des années. Mais la troisième partie, visant à sortir de la pensée unique apparaît moins convaincante, peut-être parce qu'elle ne réussit pas, quant à elle, à sortir de la pensée keynésienne Le modèle alternatif proposé repose sur deux idées sympathiques : une relance européenne remettant en cause les critères de convergence de Maastricht et la recherche d'une compétitivité fondée sur autre chose que le bas niveau des On peut penser que tout cela ne suffit plus et reste en deçà des exigences d'une véritable sortie de crise. Mais surtout l'auteur n'explique pas vraiment ce qui éloigne l'Europe concrète de cette voie dont on discerne mal les inconvénients qu'elle pourrait avoir, même pour le patronat. Enfin, la réduction du temps de travail occupe dans ce dispositif une place trop accessoire, et ses modalités restent insuffisamment discutées. Ces remarques critiques ne devraient cependant pas faire oublier l'essentiel : dans le climat régressif actuel, le livre de Hoang-Ngoc constitue un instrument précieux qui fait mouche et — ce qui ne gâte rien — il est clair et agréable à lire. *
Maxime Durand Inprecor n° 404 - juillet 1996 35