Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LIVRES DU MOIS

Michel Husson, Misère du capital, une critique du néolibéralisme

· Inprecor n° 404, juillet 1996 · p. 35 · 653 mots

Viser Syros, collection 125 F.

du capita

Dans un article récent (« Le retour de la régulation marchande », Alternatives économiques, n° 137, mai 1996), Robert Boyer (un des économistes fondateurs de l'« école de la régulation »), décrit les ettets destructeurs du « tout-marché » à l'américaine et dessine deux avenirs possibles : la crise structurelle et la rébellion de ce qu'il appelle les « acteurs sociaux » son article se termine par une interrogation : « Quand éclateront ces crises, les programmes alternatifs seront-ils prêts ou un nationalisme passeiste triompherat-il ? » Rober Boyer a raison de pointer les risques de captation par des forces nationalistes du mécontentement social engendré (dans l'Union européenne en particulier) par les politiques néolibérales. Ce qu'il néglige, c'est que, pour s'opposer à cette dérive, on ne peut se contenter d'élaboration programmatique pour le moyen et le long terme, il faut avancer des perspectives immédiates pour le mouvement social. C'est à cette double tâche que s'attaque le livre de Michel Husson, Misère du capital, une critique du néolibéralisDans un volume restreint, l'auteur réussit à reprendre et à actualiser des aspects essentiels du développement de l'économie capitaliste (schémas de reproduction, dynamique du taux de profit) pour déboucher sur une analyse de l'onde longue récessive qui enrichit les travaux d'Ernest Mandel. La leuxième partie du livre montre comment le marché capita liste, loin d'être un facteur de convergence des économies renforce la « fracture planétaire » entre Nord et Sud tandis qu'en Europe la logique des accords de Maastricht réduit les possibilités de politiques contra-cycliques coordonnées. La troisième partie aborde de front la question des alternatives. Sous le titre « Les chemins de traverse », Michel Husson fait une critique acérée des théories selon lesquelles, malgre la crise du capitalisme, des avancees progressistes seraient naturellement en train de se taire du côté de lévolution du travail avec le soi-disant « temps choisi » et la remise en cause du travail contraint au profit de la « libre activité ». Il égratigne au passage les conceptions en vogue dans certains cercles du parti communiste français sur la possibilité d'imposer d'autres critères de gestion au capitalisme. Il affirme justement qu'on ne peut éluder la logique globale du système et que toute idée de dépassement de sa crise par construction de « zones libérées » à l'écart de son novau dur débouche tôt ou tard sur une impasse. Michel Husson décrit ensuite les caractéristiques générales d'une alternative à la « barbarie électronique » du capitalisme et souligne qu'il ne faut pas « tourner autour du pot » : une telle alternative a toujours été désignée sous le terme de socialisme. Dans des pages malheureusement trop brèves, il aborde les moyens de faire prévaloir la « logique des besoins », c'est-à-dire les problèmes de la planification et du marché. L'auteur reconnaît qu il taudra du temps avant de reconstruire un projet socialiste mobilisateur ; la pire des erreurs serait cependant de se retirer du monde pour réfléchir à un projet de société idéale qui s'imposera par la vertu de son évidence. Il faut au contraire avancer au quotidien des perspectives mobilisatrices partant des droits et des besoins essentiels des travailleurs et des citoyens que le développement acquis des richesses permettrait de satisfaire mais auxquels le capitalisme s'oppose de plus en plus. Au premier rang de ces droits, se trouve le droit à un emploi d'où le caractère central de la revendication de réduction du temps de travail. Revenant implicitement sur une formule de Mai 68 (« demander l'impossible »), Michel Husson conclut que « pour jeter les bases d'un anti-capitalisme contemporain, il n'est plus besoin de demander la lune. Il suffit aujourd'hui avec obstination ...de demander le possible ». Pour terminer, il faut ajouter, qu'outre ses qualités de fond, le livre présente l'avantage d'être accessible à un large public.*

Henri Wilno

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