Inprecor 1974–2004

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ALLEMAGNE

Le « modèle allemand » est mort

· Inprecor n° 404, juillet 1996 · p. 3 · 908 mots

Allemagne Syndicalisme

PENDANT LONGTEMPS, L'ALLEMAGNE s'est présentée comme un « modèle » aux autres pays européens : une économie et une monnaie stables, des syndicats puissants, mais fonctionnant de façon mesurée dans le cadre d'un partenariat permettant d'éviter les grandes crises sociales et d'amortir sensiblement les effets du chômage. Néanmoins, depuis la grande manifestation du DGB et des mouvements sociaux du 15 juin à Bonn contre la nouvelle offensive d'austérité du gouvernement Kohl et du patronat, il semble bien que le temps du « modèle allemand » touche à sa fin. Quelques éléments se rapportant à la situation objective permettent d'en saisir la raison : • le chômage atteint officiellement 4 millions de personnes. D'après le DGB et les organisations mutualistes ce chiffre est de 6 à 7 millions et cela indépendamment de la conjoncture ; • l'industrie en ex-RDA a été détruite. Pour les trois premiers mois de 1996 le taux de croissance y a été estimé officiellement à zéro. Cela vient se greffer sur un fond de chômage bien plus important qu'à l'Ouest et un niveau de vie bien olus bas que dans le reste de la République. En 1995, 6 000 firmes ont connu la faillite, ce chiffre s'élèverait à 7 500 en 1996, d'après les estimations officieuses ; • l'Allemagne championne de la « discipline monétaire » n'est plus en mesure de remplir les « critères de Maastricht » ; • pour « économiser » de l'argent le gouvernement mène une offensive sans précédent contre un nombre considérable d'acquis sociaux, tout en multipliant les cadeaux aux patrons et aux riches ; › le patronat est de plus en plus agressif, demandant la baisse nominale des salaires et la flexibilité totale • depuis des années le SPD a cessé d'apparaître comme un parti d'opposition, pour se présenter en « partenaire junior » du gouvernement. Quant aux Verts ils s'adaptent de plus en plus, portant ainsi atteinte à leur image écologiste et pacifiste. Le PDS subit une pression contradictoire : d'un côté il a besoin d'acquérir plus de crédibilité en jouant « le rebelle » et de l'autre il a besoin de soigner son image de parti susceptible de participer à des coalitions gouvernementales. Au congrès de l'IG Metall — toujours fort de 2,7 millions de membres — son président, Klaus Zwickel, sans la moindre consultation de la base, avait proposé un « pacte pour l'emploi » offrant une modération des salaires en contrepartie de la création de 330 000 emplois dans la métallurgie pendant trois ans, d'une amélioration de la situation des apprentis et la renonciation du côté du gouvernement au démantèlement des acquis sociaux. La table ronde qui s'organisa à

Le modèle

Manuel Kellner Bonn, juin 1996 cette occasion, regroupant gouvernement, syndicats et patronat, enregistra la promesse de « deux million de nouveaux emplois jusqu'à l'an 2 000 » sans pour autant fournir la moindre mesure transitoire pour y arriver. Le DGB, pour la première fois, signait un document commun avec le gouvernement et le patronat (intitulé « pacte pour Temploi et pour le lieu de production Allemagne ») dans lequel non seulement il acceptait de se placer dans le cadre néolibéral mais également de consentir à la baisse des allocations de chômage de 3 % (au lieu des 5% prévus initialement par le gouvernement). Néanmoins, après les élections régionales, où les partis gouvernementaux (CDU, CSU et FDP) surent se donner une image responsable et apparaître désireux de coopérer avec les syndicats, le gouvernement brisa le pacte avec mépris en annonçant de nouvelles mesures d'austérité pour épargner 50 milliards de Marks (la moitié au niveau fédéral, l'autre moitié au niveau des Länder). Le DGB quitta la table ronde et depuis la fin avril, les directions syndicales, avec des nuances importantes selon la branche, misent sur « un pacte par en bas » : une mobilisation limitée et contrôlée. Au niveau des communes, des régions et surtout des entreprises, des « pactes pour l'emploi » sont synonymes de flexibilisation et régression négociées contre des « concessions », mais au niveau de national, si ce n'est pas la confrontation, c'est quand même la protestation qui est à l'ordre du jour. UN DÉBUT DE PRESSION DE LA BASE sur les directions syndicales se dessine en même temps qu'une dynamique autonome de mobilisation, des initiatives contre le chômage et l'exclusion, de la part des étudiants, des syndicalistes oppositionnels, etc. Il y a un débat, officiel aujourd'hui dans les syndicats, sur la grève politique ou la grève générale contre le gouvernement. Les conflits autour des conventions collectives (textile, chimie, acier, fonction publique) ont eu pour résultat de faire obstacle aux revendications patronales et gouvernementales les plus radicales. Mais ils ont également eu pour résultat la modération des salariales (une moyenne de 1,8 % d'augmentation) sans la contrepartie revendiquée par Zwickel l'année dernière ! Dans la fonction publique ils n'ont augmenté que de 1,3 % — le partenariat social, la conciliation avec sa « paix sociale » brisèrent l'élan du mouvement de grèves d'avertissement. A l'est, les salaires n'atteignent que 85 % de ceux de l'ouest (avant : 84 %). En s'appuyant sur les grèves de protestation de fin juin, il faudrait relancer un puissant mouvement interprofessionnel lors des débats sur les mesures d'austérité au Bundestag, dans la métallurgie, dans les médias et divers autres secteurs. Si cela réussit à la rentrée, on pourra parler d'un début de renversement du rapport de forces entre les classes en Allemagne. *

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