Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Bonne surprise pour le PT

Inprecor n° 407, novembre 1996 · p. 26-28 · 2 267 mots

Brésil Syndicalisme

Dans l'entretien publié ci-dessous notre camarade João Machado membre dirigeant de Démocratie socialiste, courant identifié à la Quatrième Internationale au sein du Parti des travailleurs (PT) du Brésil, tire le bilan du premier tour des élections municipales organisées le 3 octobre, marquees par un repli des partis de droite et l'importante victoire du PT Rio Grande do Sul. Entretien avec João Machado Propos recueillis par Sonia Leith

Inprecor : Peux-tu nous décrire la situation au Brésil deux ans après la défaite du PT aux élections présidentielles et la victoire de Fernando Henrique Cardoso ? João Machado : Depuis son arrivée au pouvoir, le nouveau gouvernement a entrepris progressivement et lentement la mise en œuvre de son plan de réforme. D'ores et déjà, la constitution a été amendée dans le sens de l'abrogation du monopole de l'État sur des secteurs comme le pétrole, l'électricité, etc. Toutefois, le gouvernement n'a toujours pas réussi à modifier le système des retraites et de l'assurance sociale ni à adopter une réforme fiscale. La lenteur dans les réformes s'explique par les contradictions qui traversent le Congrès national (parlement fédéral), quant aux rythmes de l'application de réformes impopulaires. L'inflation continue à être maîtrisée (1 %) ce qui constitue un exploit dans un pays comme le Brésil. Néanmoins, le gouvernement n'arrive toujours pas à réduire le déficit public. Dès le début 1995, et à cause de la crise mexicaine, il a adopté une politique de récession en vue de contrôler la balance des payements et de réduire son déficit. Cette politique a été abandonnée début 1996 en faveur d'une politique de relance dont l'objectif était

Brésil

Carnival? No. Neoliberalism. EL FOWIN BRAZIL TODAY d'apaiser la situation dans la perspective des élections municipales. Par ailleurs, le chômage a enregistré un sensible accroissement - chiffre officiel 7 % calculé sur la base des demandeurs d'emplois une semaine avant l'enquête — atteignant plus de 15 % — taux avancé par d'autres institutions utilisant des critères plus crédibles. La situation s'est détériorée au niveau social : santé, éducation, etc. Et par conséquent une certaine usure touche aujourd'hui le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso. Toujours est-il que ce gouvernement bénéficie encore du soutien de la majorité de la population en raison de la baisse de l'inflation.

• Quel bilan provisoire tires-tu du premier tour des élections municipales qui ont eu lieu le 3 octobre dernier? L'aspect majeur des campagnes électorales a été leur caractère très régional. Les débats ont porté essentiellement sur le bilan des équipes municipales sortantes et très peu sur des questions d'ordre national. L'autre trait important a été la division au sein des partis soutenant le gouvernent qui se sont présen-

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EM TEMPO: Nº 28 1996

PUBLICAÇÃO DA TENDENCIA DEMOCRACIA SOCIALISTA

RESIDENTE ABAITI

RANA TOBAIRA

Presidente homem mal, falso e traldor

Em Tempo : organe de Démocratie soicaliste tés sur des listes différentes : le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB, de Cardoso), le Parti du front libéral (PFL, principal soutien pour l'ex-président Collor), le Parti progressiste brésilien (PPB, traditionnellement le parti le plus à droite), le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, ancien MDB sous la dictature). Cette division a renforcé le caractère non-national de la campagne. La gauche était également divisée : le Parti socialiste brésilien (PSB, dont le principal dirigeant est Miguel Arraes) — qu'on peut considérer avec quelques réserves comme un parti de gauche — qui avait soutenu en 1989 et 1994 la candidature de Lula, a présenté ses propres listes dans plusieurs villes, de même, le Parti démocratique travailliste (PDT, dirigé par Leonel Brizola) qui est un parti populiste, assez peu à gauche, a présenté des candidats différents. Les résultats de ce premier tour sont assez favorables au PT. Notre parti est redevenu le parti qui bénéficie du plus grand nombre de voix dans les 26 capitales (de tous les Etats) avec plus de 20 % dans l'ensemble du pays, le deuxième parti étant le PPB (17 %) et le troisième le PSDB. Dans les autres grandes villes, le PT occupe la deuxième place (il a amélioré son score par rapport aux dernières élections). L'importance de ces résultats ne réside pas tant dans le nombre total de voix recueillies au niveau national (la progression y est en fait sensible) mais dans l'étendue géographique du vote pour le PT. En effet, le PT a reculé dans certaines villes où il était déjà fort comme Sao Paulo, Belo Horizonte, Rio, par contre il a enregistré une nette croissance dans d'autres villes du nord-est et du nord du pays où il était plus faible jusqu'à présent. Ces résultats, tout en montrant une progression du PT au niveau national, laissent présager une certaine usure

BRESIL * dans quelques autres villes. Le premier tour confirme que, non seulement, le PT est le principal parti d'opposition au gouvernement fédéral mais également qu'il est en mesure de représenter un véritable pôle opposé au gouvernement.

• Comment expliques-tu cette progression nationale compte tenu de la défaite du PT aux dernières élections présidentielles de 1994 ? L'usure du PT dans certaines autres villes est-elle le résultat d'une mauvaise gestion municipale ? Je crois que la progression s'explique par une certaine croissance naturelle du parti. Le PT a de plus en plus de candidats connus dans l'ensemble du pays, lors de chaque élection on présente sur nos listes des candidats qui ont déjà assumé des responsabilités municipales et donc en mesure de rivaliser avec les autres listes. Le recul dans certaines villes s'explique d'abord par l'usure. La mauvaise gestion n'en est pas la cause. Les enquêtes indiquent que la gestion du PT ne souffre pas de mauvaise administration. Néanmoins, dans certains endroits la bonne gestion n'est pas perçue comme l'œuvre d'un parti mais plutôt le résultat de l'intervention de personnes honnêtes. Ce recul enregistré dans certaines villes est dû dans une large mesure aux divisions internes du PT. Dans certaines régions le PT s'est présenté très divisé, pis encore, dans certains cas les candidats aux élections n'ont pas accepté le soutien des équipes ou des maires du PT sortants. Cette attitude, est, par exemple, derrière notre défaite à Diadema (ville ouvrière de la banlieue de Sao Paulo, où le PT avait la mairie depuis 1982). L'autre raison qui explique cette régression est relative au type de campagnes électorales mené dans certaines villes. Le cas le plus significatif est Sao Paulo. La candidate du PT, Louisa Erundina, qui s'est présentée contre Celso Pitta, un candidat soutenu par le maire sortant, Paulo Maluf, dirigeant traditionnel de la droite brésilienne depuis la dictature militaire, a choisi de ne pas l'attaquer, ni lui ni le gouvernement fédéral. Erundina a mené une campagne personnelle terne basée sur son expérience administrative en tant qu'exmaire de la ville de Sao Paulo (entre 1989 et 1992). Elle a même tenté d'atténuer le profil oppositionnel du PT en adoptant le slogan « Erundina, le PT qui dit oui !! ». Sous la pression de la direction du PT et de sa base ce slogan a été vite abandonné. Au début de la campagne, les sondages plaçaient Erondina avant son rival, le candidat de Maluf, avec plus de 30 % d'intentions de vote, mais elle est tombée à moins de 20 %. Bien qu'elle soit aujourd'hui candidate au deuxième tour, ses chances de gagner la mairie sont assez faibles, car Pitta a réussi à recueillir presque 50 % de voix au premier tour. La discussion sur les alliances à la veille des élections a degagé deux positions au sein du parti, f'une en faveur de l'affir mation de notre identité et l'autre qui opte pour des alliances ouvertes avec d'autres formations politiques. Les résultats ont donné gain de cause à la première position. Dans des villes comme Salvador (principale ville du nord-est) Recif (deuxième ville au nord-est) Belem (Nord), Maceio (capitale d'Alagoas), la direction nationale du PT pensait que la politique d'alliance menée par les directions locales était trop étroite, et pronostiquait de très mauvais scores. Le vote a, bel

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* BRESIL et bien, infirmé ce pronostic, mieux encore, dans ces villes le résultat fut largement au-dessus des moyennes nationales. A Belem par exemple le PT a atteint le deuxième tour avec une grande chance de gagner. Par contre dans les villes où on avait choisi de faire alliance avec des secteurs du PMDB ou même du PSDB — considérés par certains comme fréquentables en raison de leur origine centre-gauche — les résultats ont été faibles. Ces résultats renforcent les positions de ceux qui disent que le PT devrait avoir une ligne claire.

• Le PT vient de conquérir, par l'intermédiaire de notre camarade Raul Pont, un troisième mandat consécutif à la mairie de Porto Alegre, la capitale du Rio Grande do Sul (au sud du Brésil)... Oui, l'aspect peut-être le plus intéressant de ces élections, est le résultat de Rio Grande do Sul dans la mesure où il s'agit de l'Etat le plus politisé du pays. Le PT a une forte présence à Rio Grande do Sul, où il détient la mairie de la capitale depuis 1988. En 1994, lors des élections du gouvernement de l'État, le PT a réalisé un bon score. Il s'agit également de l'Etat, où en 1994 Lula a gagné aux élections présidentielles. L'intérêt de ce résultat réside dans le fait que Rio Grande do Sul est un des États du Brésil où le PT fonctionne comme un parti unifié et où l'existence de divergences et de courants (la gauche est majoritaire) n'affectent pas son intervention. Depuis 1988, l'ensemble des courants du parti ont participé à l'administration municipale avec une politique assez homogène et débattue par tout le monde. A Porto Alegre ( plus d'un million et demi d'habitants), le PT a améhore son score par rapport aux dernières élections, la mairie a été gagnée dès le premier tour avec 52 % des voix. Ce résultat s'explique par son enracinement qualitativement supérieur à d'autres endroits. Le mot clé de l'administration à Porto Alegre est le budget participatif qui permet à la population, par le biais des assemblées de quartiers et des conseils de représentants élus, de choisir ses priorités en matière d'investissement. La pratique du budget participatif, expérience menée depuis 1989, s'est développé au fur et à mesure à Porto Alegre et bénéficie aujourd'hui d'un soutien majoritaire de la population. Ainsi, la victoire électorale à Porto Alegre bien qu'elle ait porté un membre de Démocratie socialiste à la tête de la mairie est vécue comme une victoire de tout le parti. Le PT a réalisé un net progrès dans l'ensemble de l'Etat. Dans la deuxième ville de Rio Grande do Sul, Caxias do Sul (ville industrielle d'environ 500 000 habitants), le PT est en ballottage très favorable avec 49 % des voix au premier tour pour un camarade de DS. Caxias, est la seule ville de tout le Brésil où la campagne électorale a porté essentiellement sur des thèmes d'ordre national. Le candidat rival du PT était l'ancien chef de la fraction parlementaire du gouvernement. Il a choisi de faire sa campagne sur les bienfaits du plan Real, etc. La campagne de notre camarade était centrée sur les effets sociaux du plan Real : chômage et organisations des conditions de vie et sur le début de désindustrialisation induit par ce plan dans une ville comme Caxias.

• Est-ce que le budget participatif est appliqué dans d'autres États ? La victoire du PT à Rio Grande do Sul portée par une affirmation de l'identité du parti et une gestion démocratique de la mairie peut-elle avoir des conséquences positives sur les débats au sein du parti et consolider les positions de sa gauche ? Le budget participatif est appliqué par d'autres mairies du PT, toutefois, à Porto Alegre, cette expérience est très développee et revet un caractère plus massif. Par ailleurs, je pense que la victoire de Rio Grande do Sul aura des conséquences positives. Rio Grande do Sul, montre l'intérêt de l'unité du parti basée sur un fonctionnement democratique et non pas sur la popularité de quelques personnes et confirme la justesse d'un profil gauche, dans la mesure où il s'agit de la victoire de la gauche majoritaire tions après le deuxième tour qui sera organisé le 15 novembre.

• Où en est le mouvement des travailleurs sans terre aujourd'hui, après les massacres du mois de février? En dépit de la répression, le mouvement des travailleurs sans terre continue à être très actif, à occuper des terres et à faire pression sur le gouvernement pour l'obliger à négocier. Il continue également à bénéficier du soutien de la majorité de la population. Dans certaines régions, la mobilisation des travailleurs sans terre a eu des effets positifs sur les résultats des élections. En effet, une des raisons qui expliquent l'excellent résultat du PT à Belem, dans l'Etat de Para au Nord du pays, est la démoralisation et l'affaiblissement des positions des gouverneurs du PSDB suite aux massacres des travailleurs sans terre dans cette ville. Le PT qui soutenait cette lutte a cueilli le fruit de son engagement auprès des travailleurs sans terre.

• Quel a été l'effet des deux grèves générales en

Argentine sur le mouvement ouvrier au Brésil ? Au Brésil, le mouvement syndical demeure dans une situation défensive. Il y a eu une grève générale également au Brésil au mois d'août mais sans grand succès. Ce qui est important, c'est que l'ensemble des centrales syndicales au Brésil y compris la centrale la plus à droite (Força sindical) ont soutenu la grève en Argentine et ont commencé a participer a la construction d'un réseau international contre le néolibéralisme. Cela pourrait donner des perspectives intéressantes.

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