Les élections américaines de 1996 sont encore plus ennuyeuses que d'habitude. Les sondages donnent jusqu'à 20 points d'avance à Clinton. Bien sûr l'homme qui est presque certain d'être réélu n'a pas tenu ses promesses électorales dil y a quatre ans. Au lieu de cela il a assuré le passage de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) malgré le sentiment majoritaire d'opposition à ce traité, et il a taillé dans les
BIE
La tromperie de Clinton dépenses publiques — sauf le budget militaire.
Par Diane Feeley*
Octobre 1996 un homme politique qui aurait appuyé
LES DEUX LOIS LES plus progressistes l'ALENA. Pourtant la triste vérité est que que Clinton a fait passer au Congrès ont été les 70 « présidents internationaux » qui dirile Medical and Family Leave Act, qui pergent l'AFL-CIO ont soutenu Clinton plus met aux salariés de prendre de courtes tôt qu'aucun des candidats par le passé — vacances non rémunérées, pour la naissance avec une seule abstention, celle du président d'enfants ou d'autres événements familiaux, des Teamsters, le syndicat des camionneurs, et une hausse du salaire minimum.
Ron Carey. Alors qu'il y avait plus de délégués syndicalistes que jamais à la Conven-
(niveau où il stagnait depuis 5 ans) à 4,60 $ tion démocrate de 1996. le Parti n'a même seulement, puis à 5,15 l'année suivante.
pas fait semblant d'élaborer une plate-forme en faveur du monde du travail.
de survivre.
Sauf sur l'avortement, le candidat répu-
Aucune blicain Dole a du mal à se distinguer de
Clinton. L'une des pires critiques des Répupremier mandat Clinton — pas même celle blicains à Clinton, c'est en fait qu'il leur a autorisant le remplacement des grévistes.
volé leur programme. Que ce soit sur la cri-
Clinton a presque battu des records minalité, la protection sociale ou la réducd'anti-syndicalisme quand il était gouverneur de l'État d'Arkansas (un état anti-syn-
* L'auteur est éditrice de Against the Current, et membre du Comité Politique du groupe socialiste révolutionnaire Solidarity, qui soutient l'AFL-CIO l'a soutenu en 1992. Puis il a la campagne présidentielle de Nader comme utilisé tous les moyens à sa disposition pour une « occasion importante de promouvoir l'idée obtenir la ratification de l'ALENA. A d'une alternative anti-patronale et pro-ouvrière aux politiques capitalistes dans l'élection de
1996 ».
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LES ELECTIONS DOSSIER: AUX ETATS-UNIS
ETATS-UNIS
DOSSIER
tion du déficit, Clinton a adopté la plateforme républicaine. Les terrains d'accord entre Clinton et Dole incluent les points suivants :
• l'assistance fédérale aux femmes pauvres et à leurs enfants ne doit plus être une garantie — ce qui liquide un programme vieux de 70 ans, qui représentait seulement 1 % du budget fédéral et pas plus de 3 % de celui des États. La loi limite les droits des femmes et de leurs enfants à des prestations pendant une période de deux ans maximum, avec une limite de 5 ans durant leur vie ;
• il faut réduire les programmes Medicaid et Medicare (qui offrent une assurance maladie aux pauvres, aux infirmes et aux personnes âgées) ;
• le marché est reconnu comme le seul moyen de réformer l'assurance maladie ;
• le nombre de policiers à la frontière mexicaine doit être doublé et il faut construire des murs pour réduire le nombre d'immigrants clandestins ;
• les immigrants légaux, y compris les dizaines de milliers qui ont vécu aux USA depuis des décennies, doivent devenir des citoyens de seconde zone, exclus de toute protection sociale ;
• le budget annuel de l'assurance privée (167 milliards $) doit être préservé et le budget militaire (déjà plus de 250 milliards) doit être augmenté ;
• la peine de mort doit devenir plus fréquente et les prisons doivent continuer à se remplir d'usagers de drogues douces, et des victimes des lois « 3 fois c'est fini pour toi » (selon laquelle un double récidiviste est condamné à la prison à vie) ;
• les libertés civiles doivent être sacrifiées pour « combattre le terrorisme ». Une législation récente prévoit l'exclusion de non-citoyens suspectés de terrorisme sur la publiquement ;
• le libre-échange doit passer avant les intérêts des travailleurs ;
D il faut retirer aux lesbiennes et aux gays le droit au mariage légalement reconnu, le droit du conjoint à la protection sociale et à la retraite, le droit à l'immigration, le droit de visite...
D il faut éliminer la Clause Delaney, une réglementation qui date de 40 ans et interdit les carcinogènes de la nourriture industrielle, au profit d'une loi qui autorise des équipes de scientifiques travaillant pour l'industrie alimentaire à établir des « normes d'évaluation des risques » permettant un taux annuel « acceptable » de morts
• la loi de protection des espèces en danger est trop rigide et les industriels du bois et de l'extraction minière ont le « droit d'extraire » dans les forêts publiques à des prix subventionnés ;
• le système actuel de règles électorales iniques et de financement privé des cam-
• en politique étrangère Clinton et Dole sont exactement sur la même longueur d'onde : ils soutiennent des lois comme celle de Helms-Burton, qui essaie de pénaliser tout gouvernement qui aurait des rapports commerciaux avec Cuba.
L'INTRONISATION DE CLINTON il y a quatre ans, a été conduite en fanfare. Il était le premier Démocrate après douze ans de domination de l'aile droite du Parti républicain. Bien qu'il appartienne clairement à l'aile droite démocrate, Clinton avait le look d'un nouveau Roosevelt. En particulier il proclamait vouloir créer des emplois en reconstruisant les infrastructures du pays, un système universel d'assurance-maladie — et il était le premier Président à pouvoir dire mot « homosexuel » sans une moue dégoûtée.
C'était le « candidat » Clinton. Clinton « le président » a remplacé toute idée de stimuler l'économie par l'intervention publique, en raison de son obsession de la réduction du déficit. Empruntant au Parti républicain, Clinton a multiplié les discours décrivant l'incompétence et le gaspillage du gouvernement. Les programmes sociaux avaient été drastiquement réduits sous Reagan et Bush, ils le furent encore davantage par Clinton. Tout gibier était bon à chasser, sauf le budget militaire. Depuis le début, l'agenda de Clinton a été, à tous les instants, dominé par les priorités des riches et des
Aux premiers jours de son administration Clinton s'est opposé à la politique des militaires de licencier les soldats qui assumaient une préférence homosexuelle. Mais presqu'immédiatement il s'est incliné devant les critiques de la droite, passant à une politique du « pas vu, pas pris ». A l'époque ses conseillers essayaient de convaincre le mouvement gay qu'il devaient se satisfaire de ce progrès. Récemment Clinton a signé la très réactionnaire loi de défense du mariage, qui autorise les États à interdire la reconnaissance des mariages entre personnes du même sexe. LA MOLLESSE DE CLINTON ne se limite pas aux questions homosexuelles. Six semaines après avoir assumé la présidence, Clinton a mis en place une équipe de travail pour étudier la création d'un système de santé universel et économique en ressources. Cependant le seul plan qui aurait pu marcher — avec un seul financeur, comme il en existe depuis longtemps au Canada ou en Europe — a été d'emblée rejeté car il impliquait un affrontement avec l'industrie de la santé privée.
Etant donné que c'est le financement privé qui alimente les campagnes électorales américaines, Clinton a promulgué l'ALENA mais pas l'assurance maladie universelle. Le tiers des juges qu'il a nommés sont des millionnaires. C'est davantage que Reagan (24 %), ou que le dernier président démocrate, Jimmy Carter (4 %).
Bien que la duplicité de Clinton soit intéressante à analyser, le fait est que tant les Démocrates que les Républicains passent leur campagne électorale à essayer de tromper les électeurs pour qu'ils votent pour eux, sachant qu'ils poursuivront leurs
propres priorités, qui, étant donné leurs financeurs, sont celles des intérêts privés. Bien sûr, le capital n'a pas un intérêt unifié, et il existe une aile « progressiste » et une aile « conservatrice ». Mais vu les contraintes d'une économie qui enrichit les riches et appauvrit les pauvres, même l'aile libérale soutient l'ALENA et la dérégulation.
En outre, les fondamentalistes chrétiens constituent un quart de la base des Républicains. Ces gens peuvent être d'utiles fantassins pour approfondir un programme ultra-conservateur, mais ils sont un peu trop infréquentables pour les dirigeants républicains. Le Parti voulait qu'ils écrivent la plate-forme — bien que Bob Dole ait clairement laissé entendre qu'il n'entendait absolument pas s'y laisser enfermer.
Depuis que les lois électorales et du financement ont rendu très difficile à un troisième parti de présenter un candidat (à moins que son candidat, comme Ross Perrot, ne soit milliardaire), les progressistes ont tendance à voter pour le moindre mal (presque toujours le candidat démocrate). C'est ainsi que les sociaux-démocrates et le Parti communiste ont justifié leur soutien aux Démocrates depuis 50 ans, jusqu'à aujourd'hui. Jesse Jackson, défendant le point de vue de la bourgeoisie noire, l'explique : « je sais toute la déception causée par le mandat Clinton. Un enfant sur quatre dans ce pays riche — et un afro-américain sur deux — naît dans la pauvreté. La capitulation du président à propos du système d'assistance est injustifiable, c'est un acte qui met en danger des millions d'enfants. Son adhésion au consensus économique conservateur — depuis l'ALENA jusqu'à la réduction des déficits - enfonce le pays dans la mauvaise voie. Politique-
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ment, je connais de près la politique de renoncement cultivée par la Maison Blanche. Et pourtant je vous demande de vous engager, pas d'abandonner » (Voting right, Nation, 23/09/1996). LA POLITIQUE DE RENONCEMENT dont il parle comprend l'abandon de deux nominations d'afro-américains, Lani Guinier au poste de Procureur général et Henry Foster comme Directeur de la Santé, après que l'extrême droite les aie attaqués. La droite a orchestré des campagnes sordides contre les deux : Guinier, parce qu'elle a écrit sur la nécessité de réformer la loi électorale, et Foster parce qu'il défend une position modérément pro-avortement. Clinton
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B n'a jamais déclenché une contre-campagne, • mais a honteusement retiré les nominations. Il a aussi viré Jocelyn Elder, haute responsable au Ministère de la santé, et noire au verbe haut, qui avait affirmé que la masturbation des adolescents était « normale et sans danger », ce qui avait horrifié la droite.
Jackson présente Clinton comme la seule option disponible pour éviter le désastre social qui suivrait inévitablement l'élection de Dole. Il fait le silence sur la capitulation de Clinton devant la droite et maintient que cette élection est « un référendum sur le programme anti-populaire, pro-capitaliste, anti-étatique de Ginrich et Dole ». De la même façon, le Parti communiste déclare que « Clinton est l'outil pour battre l'extrême-droite dans la course présidentielle, il n'y a pas d'autre option...» (extrait d'une brochure du District du Michigan du PC). LE PC A TOUT À FAIT TORT. En 1996 il y a plus d'intérêt et d'activité autour de formations alternatives qu'il n'y en a jamais eu depuis la 2° Guerre mondiale. Ceci inclut en particulier les candidats du Parti vert et du Parti socialiste au niveau des États, tout comme la campagne présidentielle de Ralph Nader. Nader est dans la course dans 20 États et candidat (?) dans 25 autres.
Aucun citoyen américain n'est aussi connu que Nader pour son opposition aux intérêts capitalistes. Son livre, « Dangereux à toutes les vitesses », a provoqué le vote des lois sur la sécurité automobile et sur la sécurité des autoroutes en 1966, et depuis il n'a cessé de travailler sur les questions de santé et de sécurité. Il a participé à des campagnes pour la démocratie syndicale à la fois chez les Teamsters et les mineurs, et a écrit que « la capacité d'organiser un syndicat est pratiquement impossible dans ce pays à cause de la manière dont le droit du travail et son interprétation sont biaisés en faveur des employeurs ». Nader a contribué à fonder plus de cinquante associations, parmi lesquelles le Centre pour l'étude de la responsabilité légale (Responsive law), qui vise à dénoncer les crimes des entreprises et à traquer les complaisances des autorités envers les firmes capitalistes.
La campagne présidentielle de Nader contient plusieurs aspects intéressants :
• « nous voulons avancer vers ce que nous appelons les Principes de concorde (..) Ces principes sont les instruments de la démocratie qui élargissent le pouvoir des travailleurs, des consommateurs, des actionnaires, des citoyens-électeurs, et des contribuables, et qui le font sans coûter un sou au contribuable. Il s'agit de faciliter l'organisation collective des gens » ;
• « nous voulons favoriser l'émergence d'une nouvelle génération de militants qui veulent réformer la politique et diriger leur énergie vers des issues plus productives et justes » ;
• « ceci est un message aux Démocrates et aux Républicains, que les jours sont finis où ils pouvaient dire à des millions d'Américains désabusés qu'ils n'avaient aucune
Nader n'a aucune chance de gagner. Mais des stratèges du Parti démocrate, comme James Carville, sont inquiets par l'éventualité que Nader pourrait pomper des votes à Clinton dans certains États clés comme la Californie. C'est pourquoi les Démocrates étaient déterminés à ce que Nader ne participe à aucun des débats télévisés. Quand l'ennuyeux Bob Dole a débattu avec le terne Bill Clinton, le premier débat télévisé de la campagne présidentielle a obtenu la plus faible audience de l'histoire.
La campagne de Nader vise principalement à dénoncer comment la démocratie américaine est démantelée par les grands trusts, qui contrôlent le gouvernement et ses infrastructures. Nader se polarise sur cet aspect comme la principale raison de l'injustice, au lieu de reprendre une plateforme plus générale et large comme celle du Parti vert. Ceci peut affaiblir sa campagne, car beaucoup d'électeurs veulent connaître les positions du candidat sur des questions brûlantes comme l'action anti-discriminatoire (Affirmative action), la politique d'immigration et le droit à l'avortement et à la contraception. IL EST CLAIR QUE NADER conçoit sa campagne comme un défi concret au duopole des Démocrates et des Républicains. Dans son discours d'investiture à la convention du Parti Vert, Nader a remarqué que « ce que nous allons faire, c'est un jalon pour le futur. Les Verts et autres progressistes font les premiers pas pour construire le premier mouvement politique populaire démocratique dans les années à venir ».
Le faible intérêt du public pour l'élection présidentielle est le résultat direct de sa conscience d'être dominé par les ressources financières colossales des grandes entreprises et des lobbies. Mais tant que l'opinion dominante est que rien ne peut, ou ne va être fait contre cela, le niveau élevé d'apathie et le taux d'abstention de 50 % vont persister.
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