La solidarité avec la famille de la petite Loubna violée et assassinée par un pédophile réouvre le débat sur l'égalité des droits et le droit de vote des immigrés.
Vincent Scheltiens fait le point sur cette question. LES FUNÉRAILLES DE LA PETITE Loubna Benaïssa, retrouvée au fond d'une cave près de la maison où elle habitait avec sa famille, se sont transformées en deuil national. Pour la première fois les communautés belges et immigrées se sont retrouvées fortement unies et solidaires dans le chagrin et face aux « dysfonctionnements » des polices et autres institutions de l'État, mais aussi dans l'espoir d'un changement profond. Inouï, 20 000 personnes de toutes origines sociales, nationales et linguistiques, rassemblées autour d'une mosquée, des centaines de milliers clouées devant leurs écrans pour la transmission en direct de ces funérailles, transformées par Nabela Benaissa, sœur aînée de Loubna, et les autres familles touchées, en réquisitoire contre la justice, la politique...
Il s'agit bien d'un événement majeur : pour la première fois l'opinion publique s'identifie avec une famille d'origine maghrébine, dont Nabela est devenue une des figures emblématiques du combat des parents et familles des fillettes disparues, abusées voire assassinées. Par le fait que la petite Loubna a dû être enterrée le lendemain à Tanger au Maroc, loin de ses proches, la Belgique apprit avec étonnement que la communauté musulmane ne disposait pas dans la capitale de cimetières, respectant ses cultes religieux.
C'est dans ce climat de solidarité que le premier ministre social-chrétien Jean-Luc Dehaene — surpris par un journaliste avisé — déclarait à la télévision flamande que « rien n'était plus comme avant » et qu'il était prêt à réouvrir le débat sur les droits politiques des immigrés. Attention : Monsieur Trois Pour-cent n'a jamais déclaré qu'il était en faveur de ces droits élémen-
Droit de vote aux
immigrés
Par Vincent Scheltiens Bruxelles, mars 1996 taires, juste qu'il fallait dorénavant envisager de réouvrir le débat. Du coup, toute la classe politique a commencé à bouger. Capitulant face à la montée électorale de l'extrême droite (avant tout le Vlaams Blok en Flandre), les gouvernements successifs et partis politiques traditionnels avaient supprimé de leurs programmes et accords gouvernementaux toute référence au droit de vote au niveau communal pour les ressortissants non-union européens en Belgique (figurant pourtant dans l'accord gouvernement Martens IV de 1984).
Il fallait une fille d'origine marocaine violée et assassinée et une population mobilisée pour que la classe dominante commence à osciller sur la question. Le führer du Vlaams Blok Filip Dewinter proclama à haute voix que les autres récupéraient le chagrin d'une pauvre famille pour mettre à mal son parti « qui dit ce que la majorité pense ». Le chef de fil fasciste doit déplorer que la majorité pensante s'est transformée en masses mobilisées et parlant pour elles-mêmes. Au parlement flamand Dewinter ne sut pas répondre à la question des Verts, à savoir si le Vlaams Blok avait été au pouvoir la famille Benaïssa aurait-elle été déportée en charter ou d'une autre façon (comme l'exige son programme en soixante-dix points « pour résoudre le problème de l'immigration ») ? L'ÉGALITÉ EST TOTALE OU N'EST PAS
Politiciens bourgeois et sociaux-démocrates se hâtent de limiter le débat sur les droits politiques au seul niveau municipal. Bientôt la Belgique devra appliquer l'article du Traité de Maastricht qui prévoit le droit
DOSSIER
EXTREME
ANTIFASCISME,
ANTIRACISME BELGIQUE
DROITE
de vote au niveau communal et européen pour les ressortissant des pays de l'Union européenne. Pour cela le parlement doit avec une majorité des deux tiers changer l'article 8 de la Constitution.
Les Verts et le Parti ouvrier socialiste (section belge de la Quatrième Internationale) proposent comme démarche l'adoption d'un « changement ouvert » permettant par la suite d'accorder le droit de vote à tous les non-belges par une simple majorité parlementaire. Il s'agit d'une proposition défendue également par le Comité national pour le suffrage universel, organisation toute récente de jeunes immigrés dont le porte-parole Tarik Fraihi déclare « que ce serait bien fou d'accorder le droit de vote à Gino Russo (père de la petite Mélissa assassinée par Dutroux) et pas à Nabela Benaissa ». soulignant ainsi le travail exemplaire de ces deux porte-parole du « mouvement blanc ».
Faute de pouvoir mettre fin au débat sur le droit de vote des immigrés, les politiciens bourgeois et sociaux-démocrates s'ingénient à limiter ses « dégâts ». A l'instar d'un président du PS flamand, Louis Tobback qui a déclaré : « D'accord pour le droit de vote au niveau communal, à condition qu'il n'y ait pas de surenchère, sinon on fait le jeu de l'extrême droite et de l'extrême gauche ». Ce parti, comme le PS francophone, les deux partis sociaux-chrétiens, les libéraux. les nationalistes flamands et les mao-staliniens du Parti des travailleurs belges (PTB) s'alignent en fait — à différents niveaux — sur la voie de la nationalité et non de la citoyenneté. Ils exigent comme condition préalable au droit de vote l'acquisition de la nationalité belge avant de bénéficier de l'égalité des droits. Pour les uns il faut poser des conditions au niveau de « la volonté de
BELGIQUE
DROITE
ANTIFASCISME,
ANTIRACISME
DOSSIER EXTREME
EIGEN VOLK
EERST MAMME
BLOK s'intégrer », pour les autres cette « naturalisation » doit se faire automatiquement après cinq années de résidence en Belgique.
Du côté francophone le PS évolue vers « la nationalité (presque) automatique » (sur simple demande). Même les libéraux francophones du PRL évoluent et n'excluent plus le droit de vote au niveau communal, rejoignant peu à peu les Verts francophones, avec lesquelles ils discutent en vue d'un changement de coalition. Le SP flamand semble être gagné pour la voie de la citoyenneté. Néanmoins, tous ces partis y compris les Verts — se limitent au droit de vote au niveau communal.
Une telle limitation empêcherait une partie de la population de s'exprimer sur les politiques fédérales : austérité, privatisations, affaires, systèmes de protection, etc. Le CVP (chrétien démocrate), parti du premier ministre, diffère sa décision. Quelques ministres CVP au gouvernement flamand sont pour accorder le droit de vote au niveau communal. Les autres mettent l'accent sur la procédure pour l'acquisition de la nationalité belge qui a été assouplie, permettant à certains immigrés de devenir Belges(1). Le CVP sait que c'est décisif pour une éventuelle majorité de trois tiers. UNE OCCASION POUR LE MOUVEMENT ANTI-RACISTE
Le mouvement anti-raciste doit maintenant passer à l'offensive. Ce mouvement puissant il y a quelques années (1992, manifestation de 200 000 personnes à Bruxelles, grèves et manifestations lycéennes...) s'est essoufflé peu après, en raison des victoires électorales successives des fascistes et par manque de relais dans le monde politique. Il est impératif, d'abord, de rassembler ce mouvement, dont la direction de l'aile francophone est institutionnalisée et trop liée aux « piliers » du gouvernement. Lors de la journée internationale contre le racisme du 21 mars, antiracistes flamands et francophones manifestaient séparément, étant ainsi en total décalage avec la conscience et la mobilisation actuelle (crise blanche, solidarité au-delà des frontières linguistiques avec les travailleurs de Renault-Vilvorde et Forges de Clabecq).
Il faut maintenir, et renforcer la pression sur les politiciens, et s'imposer dans le débat en cours en tant que mouvement social. Battre le fer tant qu'il est chaud, telle doit être notre devise. Bien que l'obtention du droit de vote au niveau communal serait un pas très important, il faut — par la mobilisation — ouvrir complètement cette brèche et se battre pour le droit de vote et d'éligibilité à tous les niveaux, sans conditions préalables en ce qui concerne la nationalité. Parce que l'égalité sera totale ou ne sera pas. ¡ABONNEMENT (11 numéros par an) I France - DOM-TOM - Europe I Afrique du Nord - Moyen-Orient 200 FF pour six mois. | Afrique - Amériques - Asie ¡ Pli fermé France - Europe BP 85, 75522 Paris CEDEX 11, France. • Virements postaux à "PECI", CCP n° 3.900.41 N Paris. Abonnement 'Moins de 25 ans et chômeurs (120 FF, 6 mois) ¡Institutions (600 FF, 1 AN) I « Lecteurs solidaires » « Découvrir INPRECOR » * (75 FF, 3 mois) * (Réservé aux nouveaux abonnés) Nom -Prénom 'Rue :... ¡ Commune / Code postal Ville :.. ¡ Pays :..
La coordination anti-raciste du côté flamand, Hand in Hand (Main dans la Main)
appelle à une nouvelle manifestation de masse en novembre. Il faut que tout le monde y réponde positivement et que, une fois de plus, la capitale voit défiler des centaines de milliers de personnes. Quant au blocage politique, il faut noter la remarquable tribune dans le quotidien Le Soir
(19/3/97) d'Albert Faust, président de la
FGTB-Bruxelles. Défendant le droit de vote il s'exclame : « Peut-on encore espérer un sursaut de la gauche du Parti Socialiste ?
Faut-il songer à relancer un nouveau Parti
Communiste aiguillon de la gauche ou un
"PSU" à la sauce belge ou un mouvement de progressistes ? ». En effet, une fois de plus la question de la recomposition politique de la gauche se pose... avec toujours plus d'urgence.
1) En réalité la procédure de naturalisation comporte toujours une enquête de police sur « l'intégration » de la personne demandeuse de nationalité. L'arbitraire règne donc encore. 190 FF pour six mois. 360 FF pour un an.
380 FF pour un an. 240 FF pour six mois. 460 FF pour un an. 250 FF pour six mois. 500 FF pour un an. ¡ • Chèques hanquaires et chèques postaux libéllés à l'ordre de "PECT", à adresser à PECI, • Virements bancaires à "PECI", à adresser au Crédit du Nord, Agence Paris-Nation, 11 rue Jaucourt, 75012 Paris, France, compte n° 30076 / 02044 / 15718500200 / 94.
Réabonnement
(150FF, 6 mois)