x la menace
europe miltaire
L'euromilitarisation de l'UE est une réalité incontestable, même si elle s'opère d'une manière discrète et à géométrie variable. Ainsi, les progrès se situent sur le plan des coopérations bilatérales entre armées et sur celui de l'industrie militaire.
Sur le plan institutionnel de l'UE qui implique un vrai transfert de souveraineté nationale vers un niveau supranational, les obstacles restent importants. Dans les coulisses, une série de mesures ont été prises qui ont comme objectif de doter l'UE d'une capacité d'intervention plus cohérente et plus opérationnelle. La Conférence Intergouvernementale d'Amsterdam devrait sanctionner cette évolution dangereuse. L'unification européenne sur le plan militaire a été marquée par échec traumatisant. En 1954, la tentative de créer la Communauté européenne de défense (sous l'égide de l'OTAN), échouait spectaculairement. Elle butait sur le réarmement de l'Allemagne, devenu ainsi inévitable Depuis la fin des années 40, le gouvernement américain y était favorable, dans le cadre de sa stratégie de tension et d'affrontement militaire avec TURSS. Mais l'Europe, en premier lieu la France, n'y était pas prête, à cause des blessures de la guerre et par une volonté de contenir le spectaculaire redressement économique de l'Allemagne. Le seul avatar de cette période fut l'Union de l'Europe occidentale (UEO), une coquille vide somnolant au rythme de ses assemblées parlementaires sans pouvoir ni moyens. Cet échec cuisant n'est pas fortuit. Jusqu'à aujourd'hui, les mêmes causes sont à l'œuvre. Elles renvoient à de puissantes contradictions. Premièrement, la question militaire fait partie de la politique étrangère de chaque pays-membre. Celle-ci constitue, à son tour, un support puissant pour ouvrir des marchés, avoir accès aux matières premières, protéger les investissements directs à l'étranger, et plus largement, défendre et étendre une sphère d'influence politique. Chaque classe dominante dans l'UE souhaite certainement que celle-ci parle « d'une seule voix », mais rivalités politiques et compétition économique, au sein de l'UE, sont là pour freiner tout abandon important de la souveraineté nationale. Ceci explique la série de cacophonies que l'UE a accumulées ces dernières années sur le plan militaire : guerre du Golfe, exYougosalvie, Rwanda,...Mais aussi, les désunions où les intérêts des États nationaux l'ont emporté sur l'esprit communautaire (le lien privilégié entre Kohl et Gorbatchev affectant l'équilibre dans UE ; les liens RFA-Croatie, France-Serbie, et la Grande-Bretagne-Bosnie en alliance étroite avec les USA ; les forcinas répétés de la France : dans le Pacifique, au
La menace de l'Europe militaire Moyen-Orient, vis-à-vis de la Chine ; les affrontements souterrains en Afrique entre le couple USAGB et la France, etc.). Cette difficulté vaut d'autant plus pour l'arme nucléaire, qu'il s'agit là non seulement de la quintessence de la « diplomatie globale ». Arme suprême, elle symbolise le pouvoir suprême sur la planète et requiert de surcroît un centre unique pour décider le recours extrême à la
Deuxièmement, les « trois grands » de l'UE se positionnent différemment dans l'arène mondiale, notamment à cause de leurs trajectoires historiques particulières. Leurs relations sont fortement polarisées par rapport aux Etats-Unis. La France, grande puissance (néo)coloniale mais devenue un capitalisme secondaire, essaye de compenser ses faiblesses par une large autonomie de sa politique étrangère et militaire (la bombe nucléaire et son armement en général, la qualité et la polyvalence de son armée). La Grande-Bretagne, premier pays impérialiste sorti victorieux mais affaibli de la deuxième Guerre mondiale, a lié son sort à une « relation spéciale » avec les USA Disposant de l'arme nucléaire, elle tente de garder son rang en opérant dans le sillage de la puissance américaine, seule capable à ses yeux de garantir la stabilité de la planète. L'Allemagne, état défait mais première puissance économique dans l'UE (et deuxième ou troisième dans le monde), ne peut, pour des raisons historiques évidentes, rentabiliser sur le plan politico-militaire sa poussée économique. Elle a besoin de masquer ses progrès sur le plan diplomatique et militaire derrière les USA et TUE.
La nouvelle situation mondiale (l'URSS disparue qui débouche sur une Russie affaiblie, l'instabilité croissante dans le monde en général) et les progrès de l'UE ont relancé le débat sur « la défense de l'Europe ». Cela soulève tout de suite une option fondamentale: soit rester sous le parapluie de l'OTAN qui organise l'hégémonie des USA, soit acquérir une très large autonomie (opérationnelle, technologique, financière) dans une structure indépendante : « muscler » l'UEO et en faire le bras armé de l'UE
Trois évolutions parallèles sur le plan proprement militaire, ont débloqué la situation. La démarche volontariste franco-allemande d'abord, sanctionnée par la mise en place d'une unité militaire intégrée de quelques 50 000 soldats (« l'Eurocorps »), et la mise en place d'un « Conseil de défense commun », réunissant les membres des états-majors et les experts des deux États à intervalles rapprochés et réguliers. La leçon de la guer-
DE L'ARGENT POURLE TiERS MONDE
VITE!
LARAIT TATATA
re du Golfe (1991) a joué : la puissance impériale américaine a réduit les uns à un rôle auxiliaire (France, mais aussi Grande-Bretagne), les autres à celui de financier (Allemagne, cfr. aussi le Japon). La France subit et recule devant les assauts insidieux de son concurrent américain dans ses chasses privées d'Afrique (traverse par un couloir nord-sud « angiophone »). La deuxième évolution concerne l'Allemagne : ce pays a supprimé l'auto-limitation de son armée, imposée par les Alliées et inscrite dans sa Constitution. Celle-ci peut désormais opérer hors de ses frontières. L'impuissance de T'UE en ex-Yougoslavie, la poussée politique de l'impérialisme américain (en Europe et dans la Méditerranée) et la démagogie humanitaire ont balayé les oppositions de la gauche réformiste allemande (SPD, Grünen). Il s'agit d'un retournement discret mais hautement significatif.
Le troisième facteur : la mondialisation a percuté de plein fouet le secteur des industries militaires (que ce soit en Europe ou aux États-Unis). Elle a donc accéléré, au sein de l'UE, la coopération et l'intégration de ce secteur. Celui-ci dépend étroitement de l'intervention de l'Etat. Du processus de « recherche et développement » à la commercialisation sous contrôle, rien n'échappe à l'Etat commanditaire. Et le référent « dollarinformatique-militaire » par rapport à son correspondant civil souligne également de moindres possibilités de profit. Les restructurations ont été imposées suite à la réduction drastique de la production (et de l'emploi) et aux restrictions budgétaires (imposés par Maastricht). Globalement, les secteurs de pointe, ceux orientés vers l'espace notamment, s'en sortent, tandis que ceux des armements classiques traversent une crise majeure D'ou l'attrait ON 4 BESOIN sous couvert de coopération
DE MUNITIONS
intergouvernePOUR MATER mentale pour les coopérations bi LES OPPOSANIS ou multipartites
Men vue de la production de nouveaux armements. De fait on ne compte plus les programmes mis en route par les principaux « marchands de canons » européens, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et l'Italie. En filigrane, dans ce secteur, se constitue un authentique « capital européen ».
Le véritable tournant date du document franco-allemand de Nuremberg (novembre 1996). La coopération ponctuelle prolongée débouche alors sur la définition précise d'une politique de défense strictement commune. Sa portée est politique sur le plan bilatéral et sur celui de l'UE. Il s'appuie sur un double bouleversement. La France admet la fin d'un mythe : l'efficacité opérationnelle de son arsenal nucléaire indépendant. Elle abandonne la perspective tout aussi illusoire et ruineuse d'une défense européenne indépendante fondée sur les arsenaux nucléaires français et britanniques. Du coup, la France intègre le commandement militaire de l'OTAN. La France et l'Allemagne rejoignent la Grande-Bretagne (qui n'a jamais eu de doutes sur ce point) pour placer leur armement nucléaire, comme « complément », sous le parapluie américain. L'Allemagne brise le tabou et se donne les moyens d'opérer hors de ces frontières, notamment pour œuvrer à « la stabilité du bassin méditerranéen ». Les deux pays « s'engagent à participer (ensemble) sous des formes très variées, à des missions de gestion de la crise ».
La perspective de transformer l'UEO en bras armé autonome de l'UE est définitivement abandonnée, au profit d'un « pilier européen » au sein de l'OTAN, et cela pour des raisons proprement militaires, technologiques et financières. L'organigramme complexe (hiérarchie de commandement, répartition des zones géopolitiques et des moyens matériels, direction des opérations, ...) qui en a résulté, devra passer le test de la pra-
La menace de l'Europe militaire tique quant à sa fiabilité et son efficacité Pour les pays-clé de l'UE, la voie est ainsi dégagée vers une complémentarité croissante dans les domaines « des moyens de commandement, du renseignement, de la logistique, du transport à long rayon d'action, ainsi que de la formation et l'entraînement des hommes ». Ce rapprochement militaire se base sur un mélange de supranationalité et d'intergouvernementalisme. La conséquence pratique est de toute évidence un renforcement militaire de l'UE pour peu que les intentions politiques coïncident. Dès lors ce rapprochement substantiel sur le plan militaire requiert obligatoirement un renforcement de la « politique étrangère et de sécurité » (la PESC) - qui devrait désormais être décidée par des « majorités qualifiées » et non à plus l'unanimité. Cette PESC dont fait partie la construction militaire va de pair avec |'« espace policier et judiciaire commun ».
Cette euro-militarisation croissante constitue un vrai danger. Et cela d'autant plus que la peur d'une guerre et de l'instabilité (à la périphérie est et sud de l'UE), l'idéologie européaniste (contre le nouvel esprit offensif des Etats-Unis), et l'hypocrisie humanitariste (face au Tiers monde) ont détruit le mouvement « pacifiste » des années 80, dévasté les associations et ONG (organisations non-gouvernementales), qui en furent la colonne vertébrale, et brisé l'opposition de la gauche réformiste (politique et intellectuelle), au sein de la social-démocratie et des Verts. Ce gain politique et idéologique aggrave le danger.
Il faut donc ouvrir une perspective de remobilisation militante et de réarmemement politique, qui reprenne à la fois les « vieux » mots d'ordre n'ayant malheureusement rien perdu de leur valeur et formule de nouvelles propositions :
• contre l'OTAN et notamment contre son pilier européen: dissolution de l'eurocorps, pas au nom d'une quelconque défense nationale, mais au nom de l'antimilitarisme;
• la 7° flotte américaine hors de la Méditerranée ;
• réorientation de la recherche militaire vers des objectifs civils et sociaux ;
• réduction drastique du budget militaire, au profit de la satisfaction des besoins sociaux;
• abandon total, immédiat et sans conditions de l'armement nucléaire ;
• transparence et contrôle public sur l'ensemble du secteur de l'armement et, plus largement du secteur de l'industrie militaire (commandes, production, échange) dans la perspective de sa reconversion:
• démystification systématique des interventions militaires sous couvert d'aide humanitaire ;
• vers le désarmement généralisé. *