Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

Les femmes dans l'UE, une persistante inégalité

Inprecor n° 414, juin 1997 · p. 17-18 · 2 211 mots

Femmes France Allemagne Belgique

inégalité persistante

La restructuration profonde du capitalisme européen comporte une attaque d'ampleur contre le droit au travail des femmes. L'extension du temps partiel en est un axe essentiel.

On constate partout, depuis le début et surtout le milieu des années 80, une aggravation de la situation des femmes sur le marché du travail plus ou moins rapide et prononcée. Cette degradatior suit celle de la situation des salariés er avec une ampleur et des caractéristiques accentuées liées à l'oppression spécifique des femmes.

Partout persistent des écarts de salaires d'environ 30 % entre hommes et femmes ; l'érosion du pouvoir d'achat est ressentie d'autant plus durement par es temmes que ce sont elles qui occupent, dans une torte proportion, les emplois les plus mal payés au départ Au début de la décennie 90, le taux de chômage des femmes est partout supe rieur à celui des hommes, dans des proportions allant parfois jusqu'au double ou au triple. Les deux seules exceptions sont le Koyaume-Uni, ou le taux de chô mage des hommes est plus élevé (ct Amérique du Nord) et la Suède, où l'écart est insignitiant. On retrouve en gros le même sur-chômage, avec les memes exceptions nationales, en ce qul concerne les jeunes temmes, avec le triste record d'un taux de chômage de plus de 40 % en Espagne. Enfin, les temmes sont plus souvent au chômage de longue durée que les hommes.

On trouve trois sortes d'exceptions tout d'abord, les pays à faible taux de chômage et à fort taux d'activité des emmes, tels le Danemark ou la Suède mais également des pays à taux de chômage élevé où il apparaît donc a priori plus difficile de retrouver un emploi rapidement : l'Irlande, le Royaume-Uni ; et entin des pays à faible taux de chômage otticiel mais où le taux d'inactivité des temmes qui ont des enfants en bas âge reste relativement élevé : l'ex-RFA, les Pays-Bas.

Dans ces derniers cas, la différence s explique sans doute par un retour a inactivité : c'est ce que l'OCDE / Organisation de coopération et de développement économique appelle dans un doux euphémisme, les « chômeurs découragés ». Les femmes mariées avec entant ne sont pas vraiment considérées comme chômeuses dans certains pays et en Irlande, par

MMES

exemple, exe entiere en sont de chimennisées a ne sont Une résistance diffuse

Cependant, on constate partout, tout au long des années 80 et 90 une tendance générale à l'augmentation du taux d'activité des temmes, qui prolonge et parfois amplifie l'évolution amorcée pendant les années 70. Malgré la crise, le chômage et les différentes pressions gouvernementales, les femmes restent sur le marché du travail. Cela témoigne du fait qu'en l'absence de luttes centralisées sur ce thème et d'une forces syndicales d'une bataille pour le reprise en charge conséquente par les droit à Lemploi des temmes, existe a une échelle de masse une résistance ditfuse, sinon organisée, à toutes les tenta tives pour rogner ce droit.

Les écarts de salaires persistent, et partois s accentuent, entre hommes et emmes, en dépit des directives euro peennes et des legislations. C est en partie parce que les lois sont insuffisam ment contraignantes pour les employeurs et que les dispositits de contrôle n'existent pas. est auss parce que les hommes et les temmes n'occupent que rarement les mêmes emplois et bien souvent, ne travaillent ainsi observer en Europe, depuis début des années 80 une évolution structurelle globale : le déplacement des emplois de l'industrie vers le secteur tertiaire. Cette évolution comporte des conséquences contradictoires pour l'emploi des temmes : aspect « positit » au sens ou, compte tenu de la division sexuelle sur le marché du travail l'aggravation du chômage des femmes a pu s'en trouver limitée c'est ce qui explique qu'au Royaume-Uni, pays oi a désindustrialisation et la croissance du secteur des services a été la plus marquée, l'écart des taux de chômage éminin et masculin soit inverse par rap port aux autres pays d'Europe. Mai téminin n'est pas nor plus épargné exemples récents (ct. Moulinex en

En outre, les emplois créés dans les « services », et surtout dans le commer ce, torment de véritables ghetto d'emplois féminins sous-payés, ultra-précaires et à temps partiel. . Le cas extrême est celui du Royaume-Uni, mais la France n'est pas en reste avec le secteur de la grande distribution. De surcroît, dans olusieurs pays, les seuls emplois nets crées depuis plusieurs années ont été des emplois à temps partiel. Le temps partiel une attaque frontale depuis, une quinzaine d'annet connu

'années, une extension quasi-generale, y compris dans les pays où il était peu répandu, encouragé par des politiques gouverne mentales incitatrices. les situations natio : des retient de ranges de da rités : dans certains pays_|l'Europe

, le Luxembourg, la Finlan 1905, temps partiel representait en moins de 10 % de l'emploi total. !. comptait en revanche plus de 20 % de Pays-Bas, en Grande Bretagne. Sa Fran emploi en Scandinavie, en Suisse ce, la Belgique, l'Allemagne se situant dans la categorie intermediaire autour de 15 %. Entin, partout, le temps par tiel est tres maioritairement téminin dans des proportions qui en dépassaient 80% en France ge, en Suisse, au Royaume-Uni, et 85 % en Allemagne, en Belgique et au Luxem bourg. A partir de ces chiffres, une coutume en vigueur dans les cercles dominants présente le temps partiel comme un critère de « modernité » des en des marchés du travail des différentes économies nationales : une classitica Ion statistique permet ainsi de 'Europe entre les pays du Nord (Scar le taux d'activité et de salarisation des temmes est élevé mais très fortement a temps partiel et les pays du Sua (Espagne, Portugal, Grèce, Italie) auxquels est partiellement assimilée l'Irlan de, où le taux d'activité des temmes est faible, souvent dans le cadre familial et e temps partiel peu développe. A cett classitication principale viendrait s superposer un autre axe, qui séparerait un capitalisme « rhénan » à dominante industrielle, caractérisé comme en Allemagne par un faible taux d'activité des temmes, et un capitalisme • anglo saxon », où la désindustrialisation relati ve et le développement du secteur terfaire auraient pour corollaire la situa tion inverse. A lire aujourd'hui les diffé rents rapports officiels, l'importance quantitative du temps partiel fait quasiment figure de critère de convergence implicite ! Cette torme d'emploi te, aussi bien du point de vue du patio dat gue des tant count une saie terme, qui prennent une place plus ou

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Taux d'activité des femmes

Espagne Grèce de 15 a 64 ans 1980 32,0 33,0 1988 39,4 41,7 1995 45,6 45,3 RFA Belg de 15 a 64 ans en 1980 20,0 47,0 1988 54,4 51,4 1995* 60,4 52,4 Danemark de 15 a 64 ans 1980 71,0 1988 78,3 1995 74,6 * Cinq ans après la réunification. moins grande selon les pays et les formes de temps partiel s y étant concrè tement développées. Ainsi, le temps partiel constitue un peu partout la garantie que les femmes ne pourront pas devenir des salariées comme les auront toujours un pied au foyer. En effet, le retour massif des temmes au tover, sil constitue un rêve déologique caressé par la droite et par extrême droite, est irréalisable du strict point de vue de la rationalité capitaliste, comme d'ailleurs le renvoi des immigrés dans « leur » pays d'origine. Le temps partiel est présenté comme l'élé ment idéal de conciliation d'un travail salarié avec des charges familiales. L'Europe capitaliste est en effet une Europe où en période de chômage massit, les temmes sont considérées sur le marché du travail, encore aujourd hui et peut-être de plus en plus, en tonction de leur situation tamiliale. Ainsi, partout où le temps partiel se développe, on constate qu'il s accompagne mesures qui remettent en cause leur droit a une autonomie financière. (Belgique demi indemnisation au • conjoint » ; France: l'allocation parentale de « libre-choix » étendue au deuxième entant ; projet d'un « salaire parental de libre choix » ; ex-RDA remise en cause du droit à ún emploi à emps plein, alignement sur la norme

Pays-Bas comme modèle: inactivité féminine élevée et temps partiel très répandu). Le temps partiel est donc compris un peu partout comme une nesure de politique tamiliale, c'est-à dire un dispositit destiné à aérer l'articulation entre l'utilisation de la maind œuvre téminine et la justitication de son rôle dans la sphère de la reproduc tion de la main-d'œuvreSon extension au mieux des intérêts capitalistes. aboutit à la mise en place progressive d'une discrimination structurelle entre les forces de travail téminine et masculine On en voit la version policée dans des pays où il existe un certain libéralisme des mœurs, où les temmes ont accès depuis longtemps à l'IVG et où la conception de la famille évolue (divorces, extension du concubinage etc.) des naissances hors mariage, C'est le cas dans les pays scandinaves.

On en voit la version « hard » un peu Italie Portugal Irlande plus au 39,6 57,3 36,3 sud, OỦ 43,9 59,1 37,6 d 43 61,4 47,9 réseaux France Pays-Bas Roy-Uni anti-avor54,4 35,5 58,3 tement 55,7 44,0 63,5 dévelop61,2 58,5 76,5 pent une activité Suède intense, 74,1 les 80.1 gouverne78 ments mettent en œuvre une politique formes tamiliales mentionnée plus haut. D'où la croisade pour le retour aux valeurs du précédent gouvernement conservateur en Grande-Bretagne, attaques répétées contre les mères célibataires. D'où en France une politique iscale et de prestations sociales qui tavorise sans vergogne les couples mariés et les tamilles nombreuses. Flexibilité maximum

La lutte contre le temps partiel doit prendre en compte également le rôle najeur qu'il joue dans les strategies de déréalementation du marché du travail Il correspond bien plus à une stratégie des entreprises cherchant à s'adapter au plus juste aux fluctuations de la demande et a comprimer au maximum eurs couts de production. Le temps partiel est un élément central d'extension de la flexibilité du travail et de démantèlement par le patronat de la norme de travail à temps plein, à durée indéterminé, héritée de la période de torte expansion économique. C'est ainsi qu'i est souvent cumulé avec d'autres élé ments de précarité : travail temporaire, sous-traitance, CDD; qu'il présente sou ent des horaires aberrants et laissés c la discrétion de l'employeur, particulie rement dans la grande distribution qu'il concerne majoritairement des emplois déqualifiés sans perspectives de formation ni de promotion ; et qu'entin il est non seulement souvent mposé, comme seule alternative au chômage, mais souvent irréversible : le retour ou l'accès au temps plein es quasi impossible. Ce type de temps partiel domine en France, en Belgique et surtout au Royaume-Uni qui en constitue le cas extrême. C'est dans ce pays en ettet que les durées du travail sont es plus courtes et qu'en dessous d'un certain seuil l'égalité de traitement (pro portionnalité de la rémunération ou des prestations, garanties, etc. disparaît. S le taux d'activité des temmes est relati vement élevé la norme socialement admise est celle de ménages à deux actits d importance tres inegale omme apportant le revenu principal la temme travaillant quelques heures par semaines pour compléter et gérant tota ement seule la charge des entants, en l'absence de modes de garde. A noter que s'il s'agit dans ce cas d'un temps partiel « sauvage », laisse totalement d a discrétion des entreprises, le gouvernement conservateur n'en a pas moins, bien avant la France, mis en place des incitations financières !

Les rapports officiels ont commencé à stigmatiser ce type de temps partiel ni un emploi au rabais, mais doit au contraire être normalisé et recevoir Toutes les garanties dont bénéficie un emploi à temps plein. C'est également e sens de l'accord cadre qui vient d'être signé entre la Confédération européenne des syndicats, l'Union de.

ndustries de la Communauté européen ne et le Centre européen de l'entreprise publique. La recommandation de ce texte est double: éliminer, certes …les discriminations subies par les salariéle/s à temps partiel, mais aussi identitier les obstacles limitant le recours au temps partiel et autant que possible les éliminer. Le temps partiel serait ainsi rendu acceptable, voire souhaitable, pour une majorité de salariées. On touche ici la signification profonde et à long terme guen prie alie on parce.

En ettet, même dans ces conditions, extension du temps partie temmes repose toujours sur l'idéologie du « choix ». Ce qui revient à occulter es conditions réelles de ce choix pour les salariées : absence de insuffisange des tâches ménagères, absence des modes de garde d'entant manque de temps, travaux pénibles, peu qualifiés, peu payés. Ce qui revient surtout à entériner l'idée touiours dominante que le travail des temmes est une éalité contingente, réversible et leu ¡alaire un salaire d'appoint. Entin l'extension du temps partiel constitue pour le patronat et les gouvernements le moyen pour éviter d'être contraints à une réduction du temps de travail généralisée pour toutes et tous, qui serait porteuse d'une nouvelle répartition des

Get aussi d'une nouvelle organimener aujourd'hui en Europe se situe donc autour de la norme d'emploi : défendre l'idée que l'aspiration de toutes et tous à travailler moins et à vivre mieux ne doit pas être résolue par des expédients individuels, tacteurs de pauvreté, de précarité et de discrimina voire aux 32 heures passagen Europe ion: lutter tout de suite, sans perte de salaire. •

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