La coalition islamo-nationaliste d'Erbakan et de Çiller (le « Retahyol ») a finalement dû démissionner, sous la pression des militaires et de l'opinion publique. Le président de la République, Demirel, a nommé le chet de l'opposition Mesut Yilmaz (président de l'ANAP, droite) pour former le prochain gouvernement. Yilmaz a l'intention de former une coalition «laïque » avec la social-démocratie, en débauchant une dizaine de députés du parti de Çiller. Par Erdal Tan Istanbul, le 21 juin 1997 CETTE PRESSION DES MILITAIRES et de l'opinion publique, hostiles au maintien des islamistes au gouvernement (voir Inprecor n°413), avait déstabilisé le DYP (le parti de filler) et une quinzaine de députés de ce parti avaient voté avec l'opposition lors d'une précédente motion de censure. La coalition avait néanmoins réussi à s'en sortir (à 4 voix près !) grâce au soutien in extremis d'un petit parti d'extrême droite. D'ailleurs, jusqu'à maintenant, Çiller n'a pu garder le contrôle sur son parti que grâce aux efforts de son mari, « Monsieur 10 % » (comme le surnomme la presse), qui a eu recours à des méthodes « peu catholiques » : don de grosses commissions et prébendes pour certains députés, chantage avec des dossiers de malversation pour d'autres. FUITE EN AVANT Mais les marges de manœuvres se réduisent de plus en plus Çiller et Erbakan, ont pris acte de la précarité de leur situation. Ils ont décidé de saborder leur propre gouvernement et de tenter une fuite en avant, annonçant la tenue d'élections anticipées avant la fin de l'année. D'ici-là, ils pensaient constituer un gouvernement « Refahyol-bis » sous la directon de filler, en espérant que le changement de premier ministre pourrait freiner l'hémorragie dans le parti de Çiller. Mais en nommant Yilmaz pour tormer le prochain gouver nement, Demeril a déjoué ce plan. Yilmaz s'est mis d'accor avec les deux partis social-démocrates et les dissidents du parti de filler pour tormer une coalition alternative, qui énéficiera du soutien de l'armée, de la bourgeoisie et de médias. Le vote de confiance n'est pas encore acquis pour ce gouvernement, mais les memes facteurs qul ont acculé le ‹etahyol à la démission, pourront sans doute lui assurer le succès, ne serait-ce qu à court terme. Les semaines à venir vont donc donner lieu à une activité fébrile de magouilles
Turquie
du Refahyol
parlementaires. L'armée et la bourgeoisie feront tout pour empêcher le retour des islamistes au pouvoir. MENACES CONTRE LE PARTI DE LA PROSPÉRITÉ (RP) D'ailleurs, le fait que juste le procureur de la République (sans doute « inspiré » par l'armée) se soit adressé il y a quelques semaines à la Cour constitutionnelle pour déclencher une procédure de dissolution du RP, n'est certainement pas le fruit du hasard. Le RP est accusé de « vouloir provoquer une guerre civile » et « d'instaurer un régime islamique ». En tout cas, c'est sans doute la première fois au monde qu'un tel procès est intenté contre un parti qui est au pouvoir avec 21 % des voi› aux élections, et qui détenait le poste de premier ministre et (entre autres) le ministère de la justice. preuve que la justice est réellement indépendante en Turquie ! « TRAITRES À LA PATRIE » C'est parce que le RP a peur que ce procès n'aboutisse assez rapidement, qu'il souhaite de son côté que les élections anticipées se tiennent le plus vite possible. Mais l'armée ne relâche pas sa pression. Récemment, l'état-major a accusé le gouvernement de lui avoir « coupé les vivres » en refusant de financer les frais de l'opération militaire contre le PKK en Irak du Nord. 50 000 soldats sont en effet engagés depuis plusieurs semaines à des dizaines de kms à l'intérieur de la frontière irakienne. Selon les chiffres officiels, plus de 2 000 militants du PKK auraient été tués durant cette opération, qui risque de se prolonger tout l'été. En effet, ce genre d'accusations (relayées par toute la presse et l'opposition parlementaire) est de nature à provoquer une grave crise institutionnelle, puisque dans tout Etat bourgeois qui se respecte, il s'agit d'une accusation équivalente à la « trahison de la patrie » ! En cas de coup d'Etat militaire en bonne et due forme, cela aurait pu devenir un « bon » prétexte pour conduire Çiller et Erbakan à la corde. Mais l'objectif à court terme était de provoquer la panique parmi les députés du DYP, pour que certains retirent leur soutien à la coalition. LA BATAILLE FINALE Les couteaux sont donc tirés et les deux parties, l'armée et le couple Çiller-Erbakan, savent qu'il s'agit d'une lutte sans merci. A court et à moyen terme, les rapports de forces sont favorables à l'armée. La seule question est de savoir si les militaires vont pouvoir tenir les islamistes éloignés du poivoir par le biais de méthodes « parlementaires démocratiques » (!), autrement dit avec la formule de la coalition alternavite qui sauverait les apparences démocratiques du régime et permettrait de maintenir les projets d'intégration européenne de la grande bourgeoisie, ou si (en cas d'échec de ce projet au Parle-
ment) elle sera contrainte de recourir à un « vrai coup d'Etat », qui risque de déraper vers une semi guerre civile. A plus long terme, tout dépendra de la capacité de la bourgeoisie et de son personnel politique à mettre en œuvre une réforme du système politique et institutionnel, qui lui permettrait de présenter une nouvelle alternative bourgeoise et crédible aux yeux des masses. Ce qui va se passer à très court re pas berne des des de pas au son si.
samment effrayés par les militaires pour oser soutenir le gouvernement alternatif, prenant le risque de perdre leur prébendes et de se voir traînés dans la boue par les révélations éventuelles du mari de Çiller à leur encontre. Ce qui est certain, c'est que l'armée, qui représente les intérêts généraux du régime, est désormais allée trop loin dans sa lutte contre les islamistes pour pouvoir se permettre de reculer. Ce dont l'état-major a modifié sa stratégie globale et sa doctrine principale. Récemment, les militaires l'ont d'ailleurs déclaré publiquement : pour l'armée, la « principale menace » (qui a été en vigueur durant les 50 dernières années) n'est plus le « danger communiste venant de l'extérieur avec une 5e colonne à l'intérieur », mais bien la « menace venant de l'ennemi intérieur et de ses supports à l'extérieur », à savoir, « le terrorisme séparatiste kurde et la menace intégriste ». Tout le dispositif de « sécurité » de l'État (police, justice, défense, diplomatie, services secrets) doit donc s'adapter en conséquence. L'arsenal de propagande idéologique de l'Etat va aussi s'adapter, pour relativiser l'anticommunisme et privilégier à sa place le nationalisme unitaire et le laïcisme kémaliste. En politique étrangère, les pays considérés comme « ennemis » seront désormais ceux qui soutiennent le PKK et les islamistes : avant tout la Syrie et l'Iran. C'est cette politique fondamentale qui sera imposée par l'Etat à tous les gouvernements bourgeois qui se succèderont, quelles que soient les nuances de leurs programmes et de leurs étiquettes politiques. LUTTE INTERNE DE LA BOURGEOISIE Quant à la crise actuelle, il s'agit avant tout d'une lutte triangulaire interne de la bourgeoisie, entre trois secteurs qui se battent pour dominer la vie économique, sociale et politique. La principale force est la grande bourgeoisie industrielle traditionnelle et ses alliés (les associations patronales des PME), représentés par l'armée, les médias et les partis de l'opposition parlementaire (donc, y compris la social-démocratie). Leur projet politique est d'intégrer la Turquie à l'Union européenne, avec une démocratie bourgeoise plus ou moins semblable à celles d'Europe. Ils essayent pour cela de gagner le soutien de la classe ouvrière et de l'intelligentsia de gauche, en les effrayant avec le spectre de l'intégrisme islamiste et en agitant la carotte de la démocratisation, pour les convaincre d'accepter les restructurations et les privatisations (autrement dit un « pacte de la Moncloa à la turque »). La seconde force est la bourgeoisie islamiste, qui s'est développée ces dernières années en prenant ses racines dans des fusions d'entreprises moyennes d'Anatolie centrale. Représentée par le RP, cette nouvelle bourgeoisie islamiste veut gagner à sa cause les couches paupérisées et semi-prolétaires du monde urbain, ainsi que la paysannerie kurde, au nom de la « fraternité et la solidarité religieuse ». Ce secteur cherche à briser la concurrence de la grande bourgeoisie classique et du marché mondial, en créant un « marché islamique privilégié », basé sur un « mode de vie et de consommation spécifique de ghettos islamiques ». Ils veulent s'éloigner de l'UE en adoptant un système néo-protectionniste de reglementation, qui leur permette de rejeter les normes ontraignantes de l'impérialisme occidental (brevets, ISO normes syndicales, taux d'intérêts, etc.). Leur chiffre d'affaires atteint les 2 milliards de dollars, avec 800 millions de dollars d'exportations vers les pays du Moyen-Orient (ils veulent d'ailleurs privilégier les relations avec le Moyen-Orient et l'Asie du sud-est). ÇILLER ET LA MAFFIA Quant au 3e secteur, il s'agit de la bourgeoisie « parallèle » c'est-à-dire la maffia et les trafiquants de drogue ainsi que leurs réseaux financiers à l'étranger. Son étoile a surtout brillé durant les « années du miracle Ozal » (politiques ultra-libérales des années 80 et 90) et grâce à la « sale guerre » dans la région kurde. Elle se base tout naturellement sur le lumpenprolétariat, la « lumpentelligentsia » nationaliste, la police et les grands propriétaire terriens (surtout les féodaux ‹urdes). Les bourgeois aventuriers, qui sont partis à la conquête des nouveaux marchés de l'ex-URSS, sont également proches de cette mouvance. Çiller et son parti, qui est le représentant politique de ce secteur, étaient à l'origine alliés du premier secteur. Mais coincée par ses propres dossiers de malversations, Çiller a renversé ses alliances il y a un an, pour se rapprocher des islamistes. C'est cette « trahison » de Çiller qui est à l'origine du désordre politique actuel. Quant aux néofascistes du MHP (les « loups-gris »), qui étaient les alliés naturels de Çiller depuis le début, ils se sont etrouvés en porte-à-taux avec ce renversement d'alliance e ont entrés dans une grave crise interne après la récent mort de leur leader historique, le « basburg (« führer ») Si les travailleurs et le peuple kurde, qui n'ont pas actuellement un rapport de forces en leur faveur, ne veulent pas faire les frais de cette bataille interne et confuse de la bourgeoisie, ils doivent développer une politique très bien caliorée, pragmatique et rusée. En cette période délicate, trouble et confuse, la seule boussole qui nous permettra d'éviter les pièges et de creuser notre propre tombe par des alliances catastrophiques et inopportunes (ou une passivité criminelle) sera la ligne d'indépendance de classe et la défense des droits et acquis démocratiques. « NE REFAHYOL NE HAZIROL ! » C'est à cela que s'est attelé l'ÖDP (Parti de la liberté et de la solidarité). Sous le slogan : « Ne refahyol ne hazirol ! » (ni refahyol (initiales des partis d'Erbakan et de Çiller), ni le «Garde à vous ! » (devant les militaires), ce parti, fondé il y a un peu plus d'un an, grâce à la convergence de la plupart des courants de l'extrême gauche turque des années 70 (et ans lequel militent également nos camarades de Yeniyol, la TQI), a organisé le 26 mai dernier une grande manifestatior à Istanbul. 35 000 personnes (selon les estimations de la presse bourgeoise) ont en effet répondu « présents » à l'appel de T'ÖDP, qui a reçu à cette occasion le soutien des syndicats de gauche, DISK et KESK, des associations de gauche et des cercles d'étudiants, du HADEP (parti nationaliste kurde, ayant amené plus de 3 000 sympathisants), de plusieurs intellectuels et artistes renommés, ainsi que d'une série de journalistes démocrates de la grande presse bourgeoise (la manifestation a fait les titres à la une des principaux médias, avec des commentaires très favorables). Avec cette manifesțation, L'ODP a sans doute réalisé l'initiative politique la plus importante et la plus massive de sa courte histoire politique. Ayantestato etait part chise pour laper un plat à pette manifestation était particulièrement opportun : tique étant limitée à la confrontation entre l'armée et le gouvernement islamo-nationaliste, il était en effet important de
dégager une 3e issue. En deuxième lieu, l'axe était particulièrement bien choisi, car en cette période de menaces de la part de ce gouvernement reactionnaire ou de larmée, il était important de mettre en avant un mot d'ordre démocratique et légitime, qui puisse rassembler les masses au-delà de l'audience immédiate de l'ODP. Le lieu de la manifestation, la Place Sultanahmet d'Istanbul, était aussi symboliquement important, puisqu'une semaine auparavant, d'abord Çiller, puis le RP, avaient réuni leurs troupes sur la même place, à un jour d'intervalle. En effet, le RP avait rassemblé près de 100 000 personnes à Sultanahmet, venues à la rescousse des écoles religieuses (menacées par la réforme de l'enseignement public que les militaires veulent imposer), alors que la veille, Çiller n'avait pu réunir que 6 à 7 000 personnes sur cette même place, malgré une préparation tapageuse durant un mois — et à grand renfort de movens tinanciers. Il tallait donc du culot et une sérieuse détermination politique pour oser affronter ces deux partis au pouvoir (près de 20 % des voix chacun), sur le même terrain. Finalement, le pari a été gagné, puisque la manitestation de l'ODP ne faisait pas rougir à côté de celle du RP, ni en nombre ni en militantisme, et dépassait très largement celle de filler. L'ALTERNANCE ÖDP Désormais, et grâce (entre autres) au succès de cette initiative, YÖDP apparaît aux yeux de larges masses, sinon comme une puissante alternative, du moins comme un interlocuteur sérieux, efficace, crédible et légitime, à la gauche de la social-démocratie. En fait, cette mobilisation (qui est la manifestation autonome la plus imposante initiée par l'extrême gauche depuis les années 70) s'inscrit dans un mouvement ascendant qui remonte à plusieurs mois. Tout d'abord, lors de « l'affaire de Susurluk » (qui avait dévoilé les liens entre la maffia, la police, les milices d'extrême droite et des ministres de Çiller), les militants de l'ODP ont été à la pointe de la réaction populaire massive contre ce scandale. Par la suite, le 13 avril l'ODP a convoqué un rassemblement « sauvage » (sous prétexte de « conférence de presse ») en plein centre d'Ankara, avec près de 25 000 personnes. De même , au premier mai, le cortège le plus impor-
ABONNEMENT "(il numéros par an) France - DOM-TOM - Europe 190 FF pour six mois. Afrique du Nord - Moyen-Orient 200 FF pour six mois. Afrique - Amériques - Asie 240 FF pour six mois. I Pli fermé France - Europe 250 FF pour six mois. 1 • Chèques banquaires et chèques postaux libéllés à l'ordre de "PECI", à adresser à PECI, I BP 85. 75522 Paris CEDEX I1. France. • Virements bancaires à "PECI". à adresser au Crédit du Nord, Agence Paris-Nation.
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500 FF pour un an tant était une fois de plus celui de plus de 25 000 personnes à
Istanbul, plus de 15 000 à Ankara, plusieurs milliers dans chacune des différentes villes de province où il y avait ur cortège. L'ODP avait également lancé, au début de l'année une campagne de « Signatures pour la paix dans la régior kurde » et a réussi à récolter un million de signatures, qui ont été officiellement remises au président du Parlement le mois
Il est clair que malgré tout ces succès, la taille relativement modeste de TÖDP (dans un pays de 65 millions d'habitants)
ne lui permet pas encore de se présenter comme une alternative de masse candidate au pouvoir ! Mais les débuts de ce parti pluraliste sont plus que prometteurs.
100 ans de Sionisme : libération ou oppression ?
Du 15 au 17 août 1997 à Bâle (Suisse) se tiendra une Conférence alternative à la célébration officielle du centenaire du premier congrès sioniste à Bâle en 1897. Organisée par, entre autres Sozialistische
Alternative-Bâle, Association Suisse-Palestine-Berne, Association pour l'union entre les peuples juit et palestinien-Geneve et Alternative information Center-Jerusalem, la conférence développera les thèmes
1) histoire et idéologie du sionisme ;
2) histoire de la résistance palestinienne ;
3) le mouvement ouvrier européen et la « question juive » ;
4) crise de la société israélienne, crise du sionisme ;
5) anti-sémitisme et antisionisme : une confusion intéressée ;
6) mizrahim-racisme et discrimination en Israël ;
7) 100 ans de sionisme ; une critique.
Conference August 1997, Postfach 143, 4013 Basel, Suisse
14° congrès de la Quatrième
Internationale
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Inprecor nº389
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