La défaite du gouvernement conservateur après 18 ans d'exercice du pouvoir et le succès du «nouveau » parti travailliste de Tony Blair provoquer des changements majeurs dans la politique britannique. Cependant la plupart de ces changements ne seront pas dûs au nouveau gouvernement mais se produiront malgré lui et en riposte à sa politique.
Par Roland Rance
Le parti travailliste a naturellement le plus profité de la détaite écrasante des Conservateurs. Mais d'autres partis en ont bénéficié également. Les partis libéraux démocrates ont doublé leur représentation parlementaire en obtenant 46 sièges, les Nationalistes écossais sont passés de 3 à 6 et le Sinn Fein a gagné 2 sièges en Irlande du Nord. Le journaliste Martin Bell, qui s'est présenté comme un indépendant avec le soutien aussi bien du Labour que des Libéraux démocrates a battu le Conservateur corrompu Neil Hamilton dans une circonscription conservatrice typique de la banlieue de Manchester.
Les partis à la gauche du Labour ont obtenu des résultats inégaux. A Glasgow, Tommy Sheridan membre du Parti socialiste (ancien groupe Militant) et candidat au nom de la Scottish Socialist Alliance (SSA) a fait 11,1 %. D'autres candidats de la SSA ont eu des résultats moins encourageants (en moyenne un peu plus de 1 %). Dave Nellist, ancien député travailliste, candidat du PS à Coventry, a obtenu 6,5 %.
Le dirigeant des mineurs Arthur Scargill, candidat du Parti travailliste socialiste (SLP) à Newport dans le pays de Galle a fait un score de 5,2 %. D'autres candidats du SLP ont eu des résultats encore meilleures : à Cardiff Central, 5,3 % pour Terry Berns sur la base d'une plate-forme explicitement révolutionnaire.
A Ham-est (Londres oriental) l'avocat Imran Khan a obtenu le meilleur résultat du parti : 6,8 % dans une circonscription où le Labour était accusé de ne pas preter suttisamment d'attention aux revendications
Grande-Bretagne
d'une nombreuse population d'origine asiatique. Khan est un militant très connu, il a mené une campagne très active en s'opposant aux candidats d'extrême droite du British Nationalist Party (BNP) qui a fait 3,2 % des voix. Dans l'ensemble les candidats à la gauche du Labour ont obtenu 70 000 voix.
Plus de 1 000 voix se sont dirigées vers le Front national fasciste dans une série de circonscriptions londoniennes. Dans la circonscription de Bethnal Green (Londres orientale) où les trois principaux partis avaient présenté des candidats noirs, le Front a obtenu 7,5 % des voix.
L'homme d'affaire franco-anglais James Goldsmith, avec son parti pour un référendum contre Maastricht, a reuni plus de 8u 000 voix. Puisqu'on calcule qu'il a dépensé dans la campagne 20 millions de pounds, cela veut dire que chaque voix lui a coûté 25 ponds (40 $). Les candidats contre l'avortement ont partout essuyé des échecs. Un des aspects positifs des résultats est l'élection de plus de 100 femmes du Labour.
Après l'annonce des résultats, Blair a déclaré : « nous avons participé à la campagne électorale comme New Labour et nous allons gouverner comme New Labour. » Le gouvernement a réaffirmé son intention de ne pas augmenter l'impôt sur le revenu, de ne pas annuler la législation antisyndicale, et de ne pas rétablir la propriété publique sur des services bradés par les Conservateurs. En même temps il y a eu quelques réformes. Certains des aspects les plus vicieux de la législation anti-immigration ont été atténués ; le gouvernement a promis de mettre fin à la vente des mines terrestres et de mettre en place un gouvernethe future ment local à Londres. En matière constitutionnelle, des changements majeurs se produiront avec la formation dans deux ans d'une Assemblée écossaise avec les prérogatives de collecte d'impôts et la formation probable d'une Assemblée au pays de Galles. Il est également probable qu'il y aura un changement dans la loi électorale par l'introduction d'un système plus proportionnel.
Blair se trompe s'il croit que le rejet massif du Parti conservateur équivaut au soutien à son projet de New Labour. Des Exit polls ont indiqué que 60 % des gens qui ont voté travailliste pour la première fois sont pour une redistribution de la richesse et que 95 % sont contre toute nouvelle privatisation. Pourtant ce sont justement de telles orientations que la direction du Labour s'est engagée à ne pas adopter tout au long de la campagne électorale. Des millions d'électeurs ont voté Labour en dépit de l'engagement de Blair à ne pas augmenter les dépenses pour l'éducation, la santé, les retraites, les logements et les salaires du secteur public. L'aspiration au changement est très forte et il ne faudra pas beaucoup de temps avant que cela ne débouche sur des frictions avec le nouveau gouvernement. Toute tentative de couper les dépenses de l'Etat-providence ou d'imposer un blocage des salaires dans le secteur public afin de respecter les critères de convergence de Maastricht se heurtera à la résistance déterminée d'une classe ouvrière qui a repris confiance à la suite de la défaite massive des Conservateurs.