La défection du Komsomol
Le 4 'congres du l'arti communiste de la Federation de Russie (PCFR), qui a eu lieu à Moscou les 19 et 20 avril est apparu comme le triomphe de son leader Guennadi Ziouganov. Celui-ci devait expliquer son échec aux élections présidentielles de 1996 de même que la décision plus récente prise par la direction du parti de soutenir le budget de l'Etat considéré actuellement comme irréaliste même par le gouvernement. Il devait expliquer aussi la décision d'appuyer Viktor Tchernomyrdine comme premier ministre. Quoiqu'il en soit, le secrétaire général a été réélu « avec une seule voix contre » comme il s'en est vanté. Par B. Kagarlitsky et R. Clarke LA VICTOIRE DE GUENNADI Ziouganov était la victoire de l'appareil bureaucratique. Il ne représentait sous aucun aspect un pas en avant vers la construction d'une opposition unifiée de masse au régime d'Eltsine. Cela est devenu plus clair dans la semaine qui a suivi le congrès. Fin avril, les dirigeants des 21 000 membres de l'Union de la jeunesse communiste russe (Komsomol) ont déclaré leur indépendance politique et organisationnelle vis-à-vis du parti. Durant plusieurs mois, Ziouganov avait été l'objet de critiques sévères par des éléments de la gauche du parti. Des représentants des organisations régionales étaient particulièrement mécontents ; de nombreux députés élus dans des circonscriptions territoriales ont défié la discipline du parti et voté contre
Ce mécontentement ne s'est pratiquement pas manifesté au cours du congrès. Les délégués qui étaient soupçonnés de vouloir poser des questions délicates avaient été tout d'abord écartés au niveau des conférences provinciales. Les délégués critiques qui avaient réussi à participer au congrès ont été empêché de prendre la parole. Des dissidents connus ont été exclus du nouveau
La principale réponse de Ziouganov au mécontentement de la base a été un appel aux membres du parti à se mobiliser massivement pour des manifestations antigouvernementale à l'occasion de la journée du ler mai, de l'anniversaire de la victoire de la Seconde Guerre mondiale (9 mai) et du 80° anniversaire de la révolution d'octobre.
Mais toute illusion que les dirigeants du parti soient disposés à diriger effectivement des luttes de masse contre la politique gouvernementale s'est dissipée dès lors que des représentants de la fraction parlementaire du parti ont rencontré les jours suivants le vice-premier ministre Anatoli Tchoubaïs pour discuter des amendements au budget de l'État. Tchoubaïs exigeait des coupes supplémentaires dans les dépenses de santé et d'éducation tout en rejetant les mesures de soutien à l'industrie et à l'agriculture. La fraction communiste a accepté la plupart des propositions.
Russie
Ziouganov et ses camarades ne partagent pas délibérément les objectifs de Tchoubaïs mais ils n'ont pas été capables d'opposer une résistance sérieuse aux attaques du gouvernement parce qu'ils se sont retrouvés dans un cul-de-sac stratégique. N'ayant pas l'expérience d'un travail de masse et étant peu soucieux de le faire, les dirigeants du PDFR sont en train de présenter tous les symptômes du « crétinisme parlementaire ».
En ayant peur de perdre leur mandat à la Douma et leur place dans les différents comités parlementaires, ils acceptent tous les compromis dans le but d'éviter la dissolution du parlement. Cette attitude de soumission est en train de réduire l'influence du parti et ses chances en cas d'élections anticipées.
COMBLE DE L'IRONIE : la nouvelle presse pro-capitaliste ne renonce pas à mettre en relief la confusion et l'inconsistance de la « menace rouge » représentée par les dirigeants du parti. « Le décalage entre les masses qui se radicalisent et qui exigent des améliorations rapides dans leurs conditions et les actions faibles et inefficaces de la direction du PCFR est en train de provoquer une crise profonde dans l'opposition de gauche » a écrit récemment le journal Viek
Le 29 avril, le leader du Komsomol Maliarov a déclaré au journal de langue anglaise Moscow Tribune que son organisation avait « une position indépendante et n'était pas un appendice du PCFR. (...) Le conflit est destiné à s'accentuer ». A la même conférence de presse Anatoly Baranov, directeur adjoint de la Pravda, a attaqué le PCFR qui d'après lui n'était pas capable d'accomplir son rôle d'opposition à la straté gie gouvernementale. « L'opposition officielle représentée par Ziouganov, a perdu son esprit et ne peut plus accomplir sa fonction » a-t-il dit, en ajoutant qu'« une rupture sérieuse s'était produite au sein de l'opposi-
La défection du Komsomol va fort probablement créer beaucoup de difficultés au PCFR. En raison de sa réputation de « parti de retraités » le PCFR a très peu réussi à attirer de nouveaux militants sauf par l'intermédiaire de son organisation jeune. L'un des facteurs fondamentaux qui a poussé le Komsomol à prendre une attitude indépendante réside dans le fait que les plus jeunes n'aiment pas les conceptions « nationalespatriotiques » affichées avec enthousiasme par les leaders du parti en considérant qu'elles constituent l'arme décisive pour élargir leur influence et réaliser des succès électoraux. L'idéologie nationaliste telle qu'elle est notamment formulée par Ziouganov et ses pairs est très peu attirante pour la plupart des jeunes russes.
EN RUSSIE LES GeNS âgés sont méfiants vis-à-vis des influences étrangères, mais assez peu de jeunes partagent ce sentiment. Ces derniers s'orientent le plus naturellement non pas vers les communistes mais vers des groupes fascistes, dont le nationalisme est plus pur et l' esthétique plus moderne. Les jeunes disposés à rejoindre la gauche sont attirés par le socialisme et non par le « patriotisme d'État ». Ils souhaitent une action politique résolue et non une modération parlementaire avec accords en coulisse avec le gouvernement.
Certains intellectuels de gauche, comme Anatoli Baranov et Boris Kagarlitsky, on exprimé leur soutien à Maliarov et aux dissidents du Komsomol. Ils ont signé ensemble de « nouvelles thèses d'avril », un programme pour une relance de la gauche.
Ces thèses représentent la troisième tentative depuis 1993 de créer une gauche alternative. La première tentative avait été faite en 1994 par des militants de la gauche non communiste en opposition à l'opportunisme croissant du PCFR.
A la veille des élections législatives de 1995, les dirigeants du parti avaient fait un pseudo tournant à gauche en poussant des militants à espérer qu'un PCFR « réformer et renouvelé » pourrait devenir l'élément principal d'un front unique large. Mais tout cela ne s'est pas concrétisé non plus.
Maliarov et ses camarades ont commencé maintenant à chercher des alliés. Les mois prochains montreront si leur declaration d'indépendance aidera à taire apparaître une nouvelle force politique de la gauche russe.