Albanie incomplète
Georges Mitralias L'insurrection des citoyens albanais s'étant arrêtée à michemin. Elle a été confisquée par un parti socialiste dont le premier souci est maintenant le « désarmement des citoyens armés ».
inalement les elections ont eu lieu, la detaite de Berisha a été écrasante et les socialiste de Fasto Nano disposent de la majorité des sièges requis pour réviser la constitution. A première vue tout va donc très bien dans cette Albanie qui, il y a encore trois mois, se trouvait au bord de la guerre civile généralisée. La première leçon à tirer de tous ces événements, qui ont bouleversé l'Albanie, est manifeste : la lutte paye ! Le Président Berisha et son régime policier qui paraissaient inébranlables, ont été balayés. La revendication prioritaire du peuple albanais a été satisfaite. Le chemin parcouru pendant seulement quatre mois est énorme. L'exemple albanais ne manquera d'inspirer tous ceux — aux Balkans et ailleurs — qui se confrontent à des régimes antidémocratiques de la même espèce.
Ceci dit, cette indiscutable victoire populaire laisse quand même un goût amer. D'abord, c'est une victoire usurpée, confisquée par ceux qui soit s'accommodaient bien de Berisha, de sa police secrète et de leurs « pyramides » (les chancelleries européennes et la Maison blanche), soit limitaient leur opposition à quelques appels au secours lancés vers l'Union européenne et les États-Unis (les directions des Socialistes et des autres partis de l'opposition). Ensuite, C'est une victoire incomplète car les vainqueurs des élections font déjà connaître qu'ils ne sont disposés à satisfaire aucune des autres revendications du peuple (dédommagement intégral des victimes des « pyramides », arrestation de Berisha et de ses collaborateurs, démantèlement des appareils répressifs, etc.) C'est enfin une victoire condamnée à être remise en question car rien n'indique que les vainqueurs des élections du 29 juin soient qualitativement différents des bourreaux d'hier.
Evidement, il faut être éditorialiste du journal Le Monde pour oser titrer « Restauration en Albanie » un éditorial qui commence par cette phrase historique : « les communistes sont revenus au pouvoir en Albanie » ! Pas de panique. Le nouveau premier ministre et homme fort du Parti socialiste albanais, Fasto Nano n'a laissé aucun doute : « les axes centraux de notre politique étrangère seront l'adhésion de l'Albanie à l'Europe unie et à l'OTAN ainsi que le développement de nos rapports avec les États-Unis » a-t-il déclaré en présentant son gouvernement devant le Parlement.
Mais il y a plus. Tandis que Berisha siège imperturbable au nouveau Parlement albanais et que les plus importants des établissements bancaires enrichis grâce aux « pyramides » (par exemple le holding Vefa dont le FMI prévoit la faillite prochaine) continuent leurs activités comme si de rien n'était, le gouvernement Nano a d'autres soucis : le premier ministre lui-même annonce la couleur en déclarant que la priorité des priorités est « le désarmement des citoyens armés » ! Attention, pas le désarmement des bandits, mais « des citoyens armés ». Et l'insurrection ?
Pourtant, ce sont ces citoyens armés et leur insurrection qui ont obligé Berisha à former le gouvernement « de transition » du socialiste Bashkim Fino. Ce sont ces citoyens armés qui ont libéré Fatos Nano des geôles de Berisha. Ce sont ces citoyens armés qui ont résisté aux attaques répétées et ont contraint le régime à accepter les élections. Et ce sont eux armés qui ont finalement voté pour les socialistes et leurs alliés. C'est comme si tout cela n'avait jamais existé pour Fatos Nano, le FMI, l'Europe unie et ... l'éditorialiste du Monde : seulement, « quelques traditions tribales qui ont pris le dessus » quand « les pyramides financieres se sont effondrées » !
Bien au contraire, l'insurrection armée du peuple albanais a bel et bien eu lieu. Malgré ses limites programmatiques (compréhensibles), ses illusions démocratiques (prévisibles) et ses faiblesses organisatonnelles (excusables), l'insurrection s'est de fait constituée en contre pouvoir et a dominé la scène politique albanaise pendant les quatre longs mois qui ont fait trembler l'Albanie. Et maintenant, où sont ces insurgés ? Qu'en est-il de leur insurrection ? La réponse n'est pas facile. A première vue, tout indique qu'ils se sont évaporés sans laisser de traces. Même au Sud révolté et méfiant, Faros Nano, est fêté comme un sauveur de la patrie. Pour l'instant, le nouveau gouvernement règne en maître absolu et il n'y a aucune manifestation de mécontentement.
Ce n'est pas une surprise. Les comités insurrectionnels n'étaient pas préparés à une telle évolution de la situation. Ayant accepté l'éventualité d'une victoire sur Berisha .. par procuration, les citoyens révoltés et leur Comité national de salut public ont fait confiance aux Socialistes qui leur promettaient monts et merveilles (par exemple, la récupération de leurs épargnes escroquées). Fatigués et effrayés par la tournure que prenaient les événements (la stratégie de la tension de Berisha, le développement des