Editorial Par Michel Warschawski
Israël-Palestine :
Vers l'explosion!
• laura suffit d'un double attentat-suicide pour que l'Autorité palestinienne soit à nouveau acculée : - la défensive et que le gouvernement de Netanyahu passe du banc des accusés à celui de la victi me. Pourtant cet attentat était inévitable, provoqué et voulu. Mais tout se passe comme si l'opposition israélienne et l'opinion publique internationale n'attendaient qu'un prétexte qui leur permette de retrouver leur rôle traditionnel, à savoir soutenir Israël face au soi-disant terrorisme palestinien.
Ceux-là même qui une semaine avant l'attentat accusaient Netanyahu de provoquer les Palestiniens à commettre des attentats, qui prédisaient que la poursuite de la colonisation en Cisjordanie minait l'autorité de Yasser Arafat et poussait la population palestinienne à des actes désespérés, font aujourd'hui les surpris et se scandalisent du soi-disant laisser-faire du Rais face aux organisations intégristes. Quelle hypocrisie !
Tout d'abord, rien n'indique que les deux suicides viennent des territoires contrôlés par l'Autorité palestinienne ; il semblerait, au contraire, qu'ils soient venus de l'étranger, par les postes-frontalières israéliens. Rien non plus n'indique qu'ils appartiennent au mouvement Hammas : Hizballah — qui n'a aucune présence en Palestine — serait, d'après des sources israélienne, l'instigateur du dernier attentat. S'il y a des lacunes du côté des renseignements et de la sécurité préventive, c'est plutôt du côté israélien qu'il faut chercher les coupables. Mettre à genoux Arafat
Mais, en fait, la responsabilité n'est pas à chercher auprès des services secrets, qu'ils soient israéliens ou palestiniens, mais chez les dirigeants israéliens qui ont pris des décisions politiques dont les derniers événements sont les conséquences inévitables, prévues, voire même voulues.
Entre l'ouverture du tunnel sous l'esplanade des mosquées de Jérusalem en automne dernier et la décision récente du maire de Jérusalem de commencer la construction d'une colonie juive dans le quartier de Ras el Amoud, la coalition de droite n'a pas manqué une seule occasion pour mener le processus négocié à une impasse et tenter de réouvrir les accords signés entre l'OLP et le précédent gouvernement israélien. Pour Netanyahu et ses alliés de l'extrême droite, Yasser Arafat n'est pas un partenaire qu'il faut ménager, mais un adversaire qu'il faut mettre à genoux, jusqu'à ce qu'il accepte d'être le Pétain de l'occupation israélienne. Pour ne pas le devenir, le président de l'Autorité palestinienne avait annoncé, après l'ouverture des travaux de la nouvelle colonie de Har Homa sur la colline d'Abu Ghneim à Jérusalem, qu'il cessait la coopération militaire avec les Israéliens. « Tant mieux » avaient répondu les proches collaborateurs du premier ministre israélien, et contrairement à l'avis des responsables de l'armée et des services de renseignements qui savent que la police de Yasser Arafat est indispensable pour neutraliser les organisations islamistes.
Pour Yasser Arafat il ne saurait y avoir de coopération militaire sans un minimum de coopération politique et de négociations. Diktats politiques israéliens et refus de respecter les engagements pris auparavent (passage garanti entre Gaza et la Cisjordanie, ouverture d'un aéroport à Gaza, libération de détenus politiques, et surtout redéploiement substantiel de l'armée israélienne en Cisjordanie) empêchent le Rais de poursuive la coopération en termes de sécurité, sous peine de perdre le peu de crédit qui lui reste auprès de l'opinion publique palestinienne.
Le chef des services secrets israéliens le comprend qui, il y a quelques semaines, exigeait du gouvernement israélien de décider clairement s'il voulait l'affaiblissement de Yasser Arafat et à terme la fin de son pouvoir, ou, au contraire, un partenaire fiable qui puisse imposer à son peuple les conditions d'un accord minimal. Benjamin Netanyahu s'est bien gardé de répondre à la question, mais les initiatives gouvernementales prises avant et après les attentats sont sans équivoques : aux yeux de l'équipe Netanyahu, Arafat reste un leader terroriste qu'il faut acculer à la capitulation, et pour ce faire, tous les moyens sont bons, en particulier un resserrement du bouclage des territoires occupés qui
Editorial Par Michel Warschawski aggrave encore d'avantage la misère de la population palestinienne de Gaza et de Cisjordanie. Le chantage à la famine n'est pas nouveau, Rabin en était un partisan convaincu, mais dans l'état actuel des choses il ne peut avoir qu'une implication politique : la recrudescence des opérations armées et des attentats contre les militaire et les colons, mais aussi contre la population civile israélienne, auquel cas, Netanyahu pourra claironner que le terrorisme reste l'obstacle principal à la reprise des négocia-
Sans véritable option alternative, le Président de l'Autorité palestinienne navigue à vue : sous pression américaine, il accepte d'arrêter quelques militants islamistes et de donner à Israël certaines informations concernant les organisations de l'opposition, mais parallèlement, il organise, à Gaza et à Ramallah, des rencontres d'union nationale avec les dirigeants de l'opposition pour recréer un front uni contre les pressions israéliennes. Tout semble indiquer que le peuple palestinien est prêt à soutenir Arafat dans ses tentatives de résister aux provocations israéliennes, et le propre parti du président, le Fatah, vient d'annoncer des mesures de mobilisation de ses militants, qui n'excluent pas un retour à des moyens militaires, en particulier contre les colons. Une direction divisée
Face à l'union nationale qui se dessine dans le camp palestinien, la direction politique israélienne est de plus en plus divisée : soutenus par l'appareil militaire, mais aussi par l'administration américaine et les chefs d'États arabes, les ministres israéliens de la défense et des affaires étrangeres, essaient de sauver le processus négocié, et font pression sur la bande à Netanyahu pour que celle-ci lâche du lest et redonne au président palestinien un bout de ficelle où il puisse raccrocher le dialogue israélo-palestinien en train de sombrer. Mais le silence lamentable d'Ehud Barak, nouveau leader du parti travailliste, ne leur rend pas la tâche facile. Dès son élection, il y a trois mois, ce dernier a décidé d'éviter tout débat de fond avec Netanyahu, misant sur les conflits internes au Likoud et à la coalition gouvernementale. Le problème est que ces conflits ne déboucheront sur une crise institutionnelle que si le principal parti d'opposition décide de partir en bataille. Il s'avère que l'ancien général en chef devenu leader politique n'est pas un bagarreur et préfère jouer des muscles à l'intérieur de son parti, contre tous ceux qui risqueraient de ne pas accepter ses méthodes dictatoriales. Toujours est-il qu'avec une telle opposition, Netanyahu a les coudées franches pour continuer sa politique aventuriste, qui tôt ou tard mènera à une explosion dont personne ne peut prédire les conséquences.
----- photo credits and running heads -----
1?!. 170