Inprecor 1974–2004

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OTAN

La nouvelle OTAN : instrument de la Pax americana

· Inprecor n° 417, octobre 1997 · p. 30-33 · 3 479 mots

Paix et armements France Allemagne États-Unis

OTAN Par Jean-Louis Michel Qui dit centralité de POTAN dit naturellement volonté d'une main mise américaine sans partage tant sur les finalités que sur la mise en œuvre des nouvelles orientations. C'est précisément là que réside la racine d'une crise annoncée entre les États unis et leurs principaux alliés européens engagés dans la construction d'une Europe, certes avant tout économique et monétaire sous les auspices de Maastricht, mais qui ne peut durablement se passer de sa dimension politico-militaire étatique.

La nouvelle OTAN

Plusieurs faits poitiques importants ont affecté le contexte géostratégique en Europe ces derniers mois. Citons en vrac l'acte dit fondateur d'une nouvelle coopétribution des cartes politico-militaires en Europe et à travers elle au-delà. POTAN, nouvel eldorado ?

A en croire les proclamations de L'OTAN qui se présente volontiers comme un « cadre de stabilité, de paix et de prospérité » ou bien celles de ses plus fidèles laudateurs comme le Président tchèque, Havel, l'organisation symbole de la guerre froide serait devenue le passage obligé de la coopération entre les peuples. Fondée en avril 1949 pour faire face « à la menace soviétique », l'Organisation du traité de l'Atlantique nord a toujours combiné une fonction militaire liant ses membres par une automaticité d'engagement dans l'hypothèse où un de ceux-ci viendrait à être attaqué et une fonction économique poli tique et idéologique « d'encadrement » des États Unis sur les affaires européenne A ce titre, l'OTAN a longtemps représent un modèle d'organisation régionale pour Washington qui en a tiré de substantiels même apparu en 1955, les choses ont changé. La fonction militaire n'est plus la même, orientée davantage vers le sud en général et la Méditerranée en particulier et la fonction politico-idéologique ne peut plus se déployer comme avant. Voilà ce qu'a consacré à Madrid le sommet des chefs d'État et de gouvernement des seize États membres (Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, États-Unis, Espagne, France, Grande Bretagne, Grèce, Italie, Islande, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Turquie) en juillet dernier, après celui de Berlin en 1996. La réforme toujours annoncée des structures et modes d'organisation a été une nouvelle fois ajournée faute d'un consensus minimum entre Clinton et les dirigeants européens, avant tout français et allemands. Mais la grande affaire de Madrid, ce fut l'élargissement à de nouveaux membres de l'Est européen.

L'OTAN va donc s'élargir à trois nouveaux pays, la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie. Pas un de plus, contrairement à ce que souhaitaient les Européens qui parrainaient également la Roumanie et la Slovénie. Kohl et Chirac ont dû se contenter d'une simple référence dans le communiqué final à leurs protégés respectifs en vue d'un élargissement ultérieur. Clinton et le Sénat américain redoutaient le coût éventuel de l'opération mais étaient surtout désireux de réaffirmer la prédominance américaine à peu de frais, aucun de leurs partenaires n'étant de toute façon prêt à ouvrir une crise majeure sur le sujet. Au-delà et officiellement, les impétrants doivent satisfaire à plusieurs critères, un processus de « démocratisation » avancée et stabilisée, l'assurance d'un contrôle civil sur les armées, des relations non trop tendues avec leurs voisins et par dessus tout une capacité « à contribuer à la sécurité collective ». Il est d'ailleurs piquant de constater qu'aucun acte de manifestation d'une volonté majoritaire de type référendum ne soit demandé aux nouveaux candidats. Dans le cas de la Tchéquie au moins, Havel n'était pas assuré de l'obtenir.

En pratique, les trois nouveaux membres ont été choisis parce qu'ils peuvent, moyennant un renforcement de l'austérité, consacrer « au moins 3 % de

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leur PIB » à l'effort de défense, le critère de loin le plus décisif. La Pologne dépense actuellement 2,5 % de son PIB pour ses armées, la Tchéquie 1,7 % et la Hongrie 1,4 %. L'OTAN crée le marché sur lequel les industries militaires américaines, désormais très largement restructurées, sont prêtes à fondre. L'OTAN engage ainsi une nouvelle phase de remilitarisation de l'Est européen sous leadership américain. Les réformes marchandes rime toujours avec la militarisation marchande sur le dos des peuples voués de ce fait à l'austérité perpétuelle. Tout le problème résidera à l'avenir dans l'ampleur de cette remilitarisation et les résistances qu'elle rencontrera mais elle annonce probablement des initiatives plus globales et d'une autre ampleur à l'échelle planétaire sans qu'il soit aisé d'en fixer les rythmes.

La conjoncture économique américaine y pousse. Reste à savoir si les Européens placés dans des conditions bien différentes suivront. Ils ont montré avec les fusions dans l'aéronautique outre Atlantique une incapacité confirmée à défendre collectivement ne serait-ce que leurs intérêts bien compris, sans même parler de l'intérêt des peuples concernés. Europe et Amérique

Si la question des réformes de structures fit long feu à Madrid, elle n'en est pas moins révélatrice des rapports de forces qui prévalent toujours dans l'Alliance. Formellement, l'exigence formulée par plusieurs capitales européennes d'un partage des principales responsabilités jusqu'alors détenues par des Américains est venue buter sur le problème du commandement sud, celui de Naples et accessoirement sur les divergences entre Européens, Grecs et Turcs d'une part, Espagnols, Portugais et Italiens d'autre part sur la localisation géographique des sous-commandements de ce secteur. Les Européens revendiquaient le commandement de Naples, arguant que si un officier américain gardait le commandement de la sixième flotte US de toute façon non affectée à l'OTAN, il n'y avait aucune raison que les autres escadres nationales en Méditerranée affectées à l'OTAN ne soient pas commandées par un Européen, par exemple par rotation entre la France, l'Italie et l'Espagne

Washington s'y est opposé moins pour des raisons de cohérence militaire ou technique toujours formelles que pour une raison de principe. C'eût été admettre en effet une « européanisation » de l'Alliance dans son secteur stratégique le plus décisif aujourd'hui, celui de la Méditerranée. A cela, les Américains ne peuvent se résoudre sans prendre le risque de perdre à terme leur prépondérance dans l'Alliance. D'autant que l'existence de « l'Euromarforce », un groupement de forces aéromaritimes mis en place par la France, l'Italie, l'Espagne et le Portugal l'an passé et destiné pour le temps de crise à être le bras armé de l'UEO indique suffisamment les velléités d'indépendance européenne. Les grandes manoeuvres « lies d'Or-1997 », en mai dernier, pour ne citer qu'elles et bien qu'elles aient été officiellement destinées à tester la complémentarité des structures de l'OTAN et celles de l'UEO, ont mis en évidence, sous commandement français, ces nouvelles aspirations. L'organisation militaire européenne a forgé un nouveau concept d'emploi des forces pour le cas où suite à un refus américain elle ne pourrait pas utiliser les moyens de l'OTAN. Il s'agit de désigner en un temps record un état-major européen du théâtre d'opérations s'appuyant sur les moyens d'un maître d'oeuvre national d'où son nom de « nation cadre ». L'intervention en Albanie sous commandement italien aura été la première manifestation tangible de ce nouvel état d'esprit. Mais pour comprendre l'enjeu de ce bras de fer entre les États unis et l'Europe, il faut revenir sur l'histoire de la construction militaire européenne, son état d'avancement et ses perspectives Vieille histoire

L'euromilitarisation de l'Union, pour l'essentiel sous l'égide de l'OTAN mais pas toujours, est une réalité déjà ancienne mais fort peu revendiquée par la Commission et les gouvernements de l'Europe des quinze. Elle est à géométrie variable, allant du stade de la collaboration bipartite occasionnelle à l'existence d'un Conseil de défense permanent franco-allemand en passant par l'Euromarforce. Vieille histoire en effet qui remonte à 1954

OTAN avec l'échec de la première Communauté européenne de défense (CED) sous le drapeau de l'OTAN. La coalition des gaullistes et des communistes avait fait capoter l'entreprise au moment de sa ratification par le Parlement français aux accents chauvins d'une union nationale contre le réarme-

Il semblait alors improbable que les pays européens se réorientent vers pareille tentative, chacun suivant l'inclinaison de ses propres intérêts immédiats : dans une stricte subordination à Washington dans le cadre de l'Alliance de l'Atlantique nord pour ce qui concerne l'Allemagne ; avec une posture semblable mais avec une marge d'indépendance supérieure en ce qui concerne la Grande-Bretagne bénéticiant de son statut de puissance déclinante mais victorieuse à l'issue de la guerre ; avec enfin une revendication plus marquée de « grandeur » et d'indépendance de la part de la France, sanctionnée par le départ de Paris du commandement militaire intégré de l'OTAN en 1966, à l'initiative de Charles de Gaulle. Seul avatar de cette période, l'existence de l'Union de l'Europe occidentale (UEO) qui est longtemps restée une coquille vide somnolant au rythme des assemblées parlementaires qui lui fournissaient sa substance

L'obstacle résidait dans l'existence de l'armement nucléaire qui supposait une clé unique et donc une autorité unique susceptible de prendre la décision du recours extrême à la bombe. Londres et Paris en étaient dotés, les autres pas. S bien que pendant deux décennies, on s'est écharpé dans les instituts de recherches stratégiques et dans les états-majors pour trouver une solution à cet inextricable casse-tête: comment s'en servir à plusieurs sans qu'il y ait un premier et un second, un consulté et un décideur. En règle général, les observateurs les plus lucides considéraient que si ce problème avait une solution, elle n'était concevable qu'avec l'avènement d'un État européen supranational, doté de tous les attributs de la souveraineté. La chute des dictatures bureaucratiques de l'Est a bien évidemment bousculé cette certitude en remisant les arsenaux nucléaires, ou plus exactement leurs théories d'emploi, aux musées des académies militaires. Euromilitarisation dans l'OTAN

Depuis, deux processus parallèles ont accéléré la construction militaire européenne : la démarche volontariste franco-allemande d'abord, sanctionnée par la

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OTAN mise en place d'une unité militaire intégrée de quelques 50 000 hommes, « l'Eurocorps », et la mise en place d'un Conseil de défense permanent réunissant les membres des états-majors et les experts des deux États. Une culture commune d'approche des problèmes rencontrés à la sortie d'une guerre du désert dans les sables du Golfe où la puissance impériale américaine avait réduit les uns au rôle d'auxiliaires, les autres à celui de bailleurs de fonds. S'y ajoutent les rebuffades d'une vieille puissance coloniale, la France, en butte à un entreprenant concurrent US dans ses chasses gardées d'Afrique noire comme l'illustre le récent épisode zaïrois. Paris et Bonn tirent donc l'attelage de l'Europe militaire vers une politique toujours plus poussée d'intégration.

L'autre accélérateur de l'intégration militaire européenne renvoie à la crise dans le contexte de la mondialisation. Le secteur de l'armement reste étroitement dépendant de l'intervention étatique. Du processus de « recherches et développement » à la commercialisation sous contrôle, rien n'échappe à l'Etat commanditaire. La culture des entreprises de ce secteur industriel n'a pas grand chose à voir avec celle des secteurs civils, ce qui d'ailleurs rend les perspectives de reconversion souvent aléatoires. Enfin, le référent « dollar informatique militaire » par rapport à son correspondant civil dégage de moindres possibilités de profits comme l'ont montré diverses études de l'ONU. Résultat, la mondialisation a percuté de plein fouet, du moins dans un premier temps, le secteur des industries militaires aux États-Unis comme en Europe de l'ouest. Les restructurations se sont partout emballées avec une réduction drastique de la production et de l'emploi, les crédits militaires étatiques connaissaient à leur tour les affres de l'austérité budgétaire réduisant d'autant les marchés captifs. Une fois achevé, du moins outre Atlantique, la remise en ordre, c'est l'inversion de tendance qui guette avec une virtuelle relance sélective de la course aux armements par le Pentagone.

L'Europe n'en est pas au même point, en retard d'une guerre comme l'affirment les militaristes les plus zélés. Mais on ne compte déjà plus les programmes mis en route par les quatre principaux « marchands de canons » européens, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et l'Italie. Tous n'iront pas au bout bien sûr mais ce processus est facteur d'intégration et de constitution d'un authentique « capital militaire européen ». En tous cas, es Etats-Unis ne s'y sont pas trompés et cherchent à contrôler le processus à détaut de pouvoir l'endiguer. L'élargissement de l'OTAN et les modalités retenues à Madrid le confirment. Une affaire avant tout franco-allemande

Kohl et Chirac, comme avant lui Mitterrand, sont les principaux initiateurs de la « visibilité » européenne en matière de Défense. En adoptant à l'automne 1996 à Nuremberg un document commun sur les problèmes de défense, le Chancelier allemand et le Président français ont pris appui sur les facteurs objectifs pour leur donner un prolongement politique direct au plan bilatéral comme à celui de l'Union. De quoi alerter Washington. La nouveauté ne réside pas tant dans les termes mêmes du relevé de conclusions de Nuremberg, que dans le caractère précis et cohérent d'un document ramassé qui permet de mesurer le chemin parcouru. A contrario, le semi-échec d'Amsterdam dans le cadre de la Conférence intergouvernementale met en évidence la longueur d'avance qu'a le couple infernal de la construction européenne sur ses partenaires. Les deux pays ont intensifié depuis longtemps leur coopération en matière de défense et de politique étrangère. Mais Kohl et Chirac n'ont rien laissé de côté, pas même ce qui fâchait jadis les uns ou les autres. Un compromis explicite entre Bonn et Paris pour la définition d'une politique de défense strictement commune, presque intégrée.

Côté français, Paris a tiré les conclusions logiques de la fin d'un mythe, celui de l'indépendance de son arsenal nucléaire. La réintégration dans le commandement militaire intégré de l'OTAN que la France avait quitté en 1966, même si elle est négociée au meilleur prix, sonne le glas du vieux rêve gaulliste. Les socialistes qui dénoncent formellement la dérive atlantiste oublient qu'ils ont eux mêmes initié le processus très tôt sous le premier septennat de François Mitterrand. Ils lui avaient simplement substitué une tout aussi illusoire et ruineuse perspective de défense européenne indépendante fondée sur les arsenaux nucléaires français et britanniques. Chirac est plus réaliste et se rallie sur ce point à la position allemande. Le document de Nuremberg souligne en conséquence que « la garantie suprême de la sécurité des Alliés est assurée par les forces nucléaires stratégiques l'Alliance, en particulier celles des États-Unis » ; les arsenaux « indépendants » français et britanniques ne « contribuent à la sécurité ylobale des Alliés » que comme complément. Une inflexion qui souligne les limites actuelles des ambitions européennes, les bornant à l'OTAN, ce qui ne peut que satistaire Washington.

Côté allemand, l'engagement des troupes sur des théâtres extérieurs, impensable il y a quelques années encore, est désormais envisagé. Le texte du document de Nuremberg précise que « La politique définie en commun a pour objet de préserver et de rentorcer la stabilité du bassin méditerranéen ». Et pour mieux entoncer le clou, il explicite, « nos deux pays peuvent être amenés à participer, sous des formes très variées, à des missions de ges-

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tion de crise ». C'est bien à ce niveau que réside le danger principal d'aventures militaires à répétition qui ne se heurteraient plus aux limites physiques et financières de l'armée française. Sur ce point malheureusement, les partis de gauche en Europe sont restés trop souvent silencieux. Bonn espérant en contrepartie obtenir un siège au Conseil de sécurité, tout autant justifié à ses dires par ses nouvelles responsabilités que par le niveau de sa contribution onusienne

Le document de Nuremberg prévoit également un renforcement du niveau de coopération militaire et industrielle directe, déjà fort avancé, « pour une plus grande complémentarité » en particulier dans les domaines « des moyens de commandement, du renseignement, de la logistique, du transport à long rayon d'action » ainsi que pour « la formation et l'entraînement des hommes ». Tout cela au sein de l'Alliance atlantique, bien sûr, tout simplement parce que les gouvernements français et allemand considèrent que c'est aujourd'hui la voie la moins coûteuse par rapport à leurs autres préoccupations budgétaires. C'est la seule compatible avec une réduction en volume de l'effort financier de défense accompagnée d'une concentration de leurs efforts concurrentiels face aux États-Unis sur les seuls « créneaux porteurs ». Partenariat avec la Russie

Dans ce contexte, la Russie d'Eltsine et des marchés demeure un enjeu de premier plan dans les relations entre les principales puissances occidentales. Non pas que sa puissance militaire inquiète ou que son opposition à l'élargissement de l'OTAN à d'anciennes Républiques soviétiques, en pratique les trois Etats baltes, soit susceptible de modifier la nouvelle donne stratégique, mais parce que les uns et les autres, Américains et Européens, entendent contrôler la situation à leur avantage. Le jeu qui consiste à faire jouer à Moscou un rôle de puissance dominante dans les crises régionales, quand cela lui permet de renforcer son propre leadership, est devenu un classique de la diplomatie américaine. Le Moyen-Orient en fournit l'exemple le plus achevé. Quant aux capitales européennes, qui ont parfois joué la carte russe, ne serait-ce que dans les Balkans, elles souhaitent tout autant maîtriser la situation dans le grand Est européen. C'est sur cette toile de fond que l'OTAN, à l'initiative de Chirac et Kohl, a signé à Paris, en mai 1997, avec la Russie, un accord de partenariat, complément de l'invitation lancée à Eltsine à siéger à part entière au sommet des pays industriels au nom de la même logique.

Le numéro d'Eltsine annonçant à cette occasion le désarmement unilatéral de son arsenal nucléaire — de toute manière obsolète — dirigé contre « les pays amis » fut pris pour ce qu'il était, un simple effet de manche d'un dirigeant qui ne sait plus quoi inventer pour tenir son rang. Sur le fond, cet accord de partenariat prévoit la mise en place d'un Conseil conjoint permanent OTAN-Russie qui se réunira tous les mois ou à la demande de l'un des partenaires. Selon Javier Solana, le secrétaire général de l'OTAN, ses fonctions et compétences élargies lui permettront d'aborder notamment « la prévention et le règlement des conflits, le maintien de la paix, la prévention de la prolifération des armes de destruction massive et l'échange d'informations sur les politiques et les forces de sécurité et de défense, ainsi que la conversion des industries de défense, les questions d'environnement en rapport avec la défense et la préparation civile aux situations d'urgence ». Il s'agit donc bien d'un « encadrement » de la Russie par l'intermédiaire de l'OTAN même si les formes sont respectées par l'acte en question qui mentionne la possibilité d'un engagement conjoint sous la responsabilité du Conseil de sécurité de l'ONU ou de la Conférence sur la sécurité commune en Europe. L'intervention en Bosnie a d'ailleurs permis de tester ce type de partenariat qui a désormais toutes les chances de se pérenniser. Le droit de regard américain est cette fois encore reconnu dans un acte de coopération international affectant avant tout le théâtre européen et ses prolongements en Méditerranée. Un équilibre instable

L'évolution du contexte stratégique et des rapports de forces entre les différents partenaires de l'OTAN n'est pourtant pas joué d'avance car les tendances lourdes qui sont à l'oeuvre sont contradictoires.

OTAN Jusqu'alors, il est vrai que les États Unis ont maintenu leur leadership et paraissent même l'avoir renforcé depuis la chute du mur de Berlin, dans le cadre d'un monde parfois décrit comme « unipolaire » au lendemain de la guerre du Golfe. Mais d'un autre côté, jamais dans toute son histoire la construction d'une Europe militaire, non plus virtuelle mais bien réelle, n'a paru aussi avancée. La mise en place de la dernière phase de l'Union économique et monétaire ne peut qu'accélérer le processus dans ses différentes dimensions, par le haut au plan politique à l'initiative du couple franco-allemande et par le bas par la coopération renforcée jusqu'à une quasi-intégration des forces militaires sur plusieurs théâtres d'opérations éventuels, en Méditerranée en particulier. En tout cas, l'antagonisme structurant entre l'Europe et l'Amérique du nord constitue désormais une des données lourdes de l'évolution de la situation internationale et l'OTAN devient le cadre privilégié du bras de fer entre les deux partenaires adversaires. Le combat contre la vieille machine de guerre impérialiste, même repeinte aux couleurs du temps présent, avec l'objectif de sa dissolution n'en prend que plus d'importance. Un combat qui se décline en tout premier lieu autour du refus d'intégration voire de réintégration dans les structures du commandement intégré sous hégémonie américaine dans les Etats concernés. Cela vaut en tout premier lieu pour l'Est européen comme, à un autre niveau, pour la France et l'État espagnol. L'exigence démocratique d'une consultation de la population est à l'ordre du jour partout. Ensuite, la dimension anti-austérité toujours plus difficile à articuler avec le refus de la militarisation, parce qu'elle suppose une alliance de classe ou d couches sociales inégalement sensibles à l'un et l'autre thème, redevient d'actualité. Enfin, la résistance à une probable relance sélective de la course aux armements à l'initiative de Washington devrait s'imposer avec d'autant plus de force qu'elle n'a aucun alibi idéologique. Reste que nous n'en sommes qu'au début de cette nouvelle phase et que son cours actuel recèle encore nombre d'incerti-

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