Centenaire du mouvement sioniste Par Gilbert Achcar* mois d'août 1897, les délégués à la conférence de fondation du Mouvement sioniste mondial se réunissaient à Bâle, en Suisse. Répondant à l'appel du Parti du Travail de Suisse, SolidaritéS et d'organisations israéliennes et palestiniennes (Alternative Information Center, General Union of Palestinian Women), 300 personnes au total — venant de Suisse pour la plupart, mais avec un grand nombre de participants en provenance du Moyen-Orient et d'autres pays — se sont réunies pendant 3 jours pour discuter en ateliers et séances plénières, souvent passionnédifférentes questions relatives l'histoire et à la réalité actuelle du sionisme et du peuple palestinien.
Parmi les participants qui se sont adressés à la conférence figuraient Saleh Abdel-Jawad (Palestine), Albert Aghazarian (Palestine), Abdel-Bari Atwan (Palestine/Grande-Bretagne), Khaled Ayed (Palestine/Liban), Erica Deuber-Pauli (Suisse), Meir Gal (Israël/USA), Tikva Honig-Parnass Israel), Islah (Egypte/Palestine), Elias Khoury (Liban), Jakob Moneta (Allemagne), Akiva Orr (Israël), Maurice Rajsfus (France), Abraham Sertaty (Maroc/France), Ella Habiba Shohat (Israël/USA).
D'autres personnalités connues ont assisté à la conférence, telles que l'ex-président algérien Ahmed Ben Bella et l'ex-détenu politique tunisien Khemais Chammari. Le programme comprenait aussi des activités culturelles, telles que la projection de films du réalisateur palestinien Michel Khleifi, une exposition d'œuvres de l'artiste israélien Meir Gal et une soirée musicale avec le chanteur palestinien Marwan Abado. Divers médias ont couvert la contérence : plusieurs médias suisse, radio et télévision comprises, le BBC World Service et divers organes de la presse arabe.
En général, et par rapport à l'objectif modeste que s'étaient fixés les organisateurs avec leurs moyens financiers limités, la contérence fut indéniablement un succès. Au-delà de l'intérêt évident pour tous d'écouter tant de spécialistes du problème israélo-palestinien, l'importance clé de l'événement fut certainement pour beaucoup le fait qu'il a rassemblé plusieurs figures politiques et intellectuelles du combat antisioniste, originaires des diverses communautés impliquées d'une façon ou d'une autre dans le conflit arabo-israélien. Des Palestiniens de Cisjordanie, mais aussi d'Israël et de l'exil, des Israéliens d'origine européenne comme des Mizrahim (Juifs orientaux), des personnes venant d'autres pays arabes, y compris des Arabes juifs, comme des Européens d'origine juive : la composition « ethnique » de l'assistance était assez diverse pour permettre de couvrir les nombreux aspects de ce problème politique et historique des plus complexes. n ne peut que regretter que de telles rencontres de penseurs et de militants d'origines si diverses et partageant néanmoins des valeurs progressistes communes ne soient pas organisées plus souvent comme alternatives aux nombreuses réunions internationales conventionnelles autour du problème israélo-palestinien. Cela contribuerait certainement beaucoup à faire avancer la convergence nécessaire entre points de vue antisionistes de gauche arabe et israélien, et offrirait aux partisans du combat antisioniste progressiste les moyens d'une meilleure compréhension du problème pour l'aborder de la meilleure façon.
A cet égard, il me semble nécessaire d'insister sur un point que j'ai souligné dans l'atelier sur antisémitisme et antisionisme que j'ai co-animé.
L'accent n'a pas été suffisamment mis à la conférence, à mon avis, sur la question du racisme et de l'antisémitisme aujourd'hui et la façon de les combattre. La réunion ayant lieu en Europe, avec une majorité européenne, et sachant que le sionisme était à l'origine une réaction, aussi erronée tût-elle, à la résurgence de l'antisémitisme en Europe ; sachant, en outre, qu'il y a actuellement sur le continent une nouvelle résurgence du racisme, qui n'est pas seulement antijuif cette fois, mais aussi et surtout anti- musulman — cette question aurait dû être mise en évidence comme l'un des thèmes-clés de la conférence.
Cela était d'autant plus nécessaire que personne n'ignore que les frontières entre antisionisme et antisémitisme ne sont pas toujours claires en Europe, l'antisionisme servant de paravent à des vues antisémites dans certains cas — rares, mais néanmoins très visibles, ou mis en exergue ! D'autre part, il est vrai aussi que les frontières entre antisionisme et racisme ou fanatisme anti-juif sont souvent franchies dans le monde arabe. Certes, il n'y a aucune identification possible entre le racisme des opprimés et le racisme des oppresseurs, et le sionisme, qui est raciste et oppresseur par nature, n'est pas en position de reprocher aux Arabes leur « antisémitisme ». C'est là toutefois un argument idéologique clé utilisé partout par le sionisme pour gagner la sympathie de beaucoup de personnes myopes et bien intentionnées. En outre, l'antisémitisme européen, comme le racisme anti-musulman, est purement oppresseur. La l'esprit que la priorité en Europe ''est pourquoi il faut garder clairement n'est pas l'antisionisme, mais la lutte contre le racisme sous toutes ses formes et couleurs. C'est un combat dans lequel musulmans et juifs sont objectivement aujourd'hui du même côté de la barricade, et ce n'est que sur la base de ce combat sans compromis que la solidarité avec le peuple palestinien peut et doit se développer en Europe et dans le reste du monde. C'est pourquoi il aurait été plus efficace de placer la conférence de façon évidente sous deux grands titres — non seulement ce à quoi le sionisme a abouti, mais aussi : Israël est-il la réponse à l'antisémitisme actuel et comment combattre au mieux cette « force motrice » du sionisme (selon Herzl dans L'État des Juifs), qui se trouve combinée aujourd'hui avec la haine contre les musulmans. • * Cet article est repris et traduit du numéro d'octobre de News from Within, la publication de nos amis de l'Alternative Information Center à Jérusalem.