Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

Congrès d'IU : un premier bilan

· Inprecor n° 420, janvier 1998 · p. 3-4 · 1 637 mots

État espagnol

Pedro Montes et Jesús Albarracin * La Ve Assemblée d'Izquierda Unida a réuni quelque 1 500 délégués à Madrid les 5, 6 et 7 décembre 1997. Nous avons présenté dans notre précédent numéro différents points de vue sur la crise qui a secoué IU et les enjeux de ce congrès. A nouveau, nous donnons la parole à notre camarade Jaime Pastor, l'un des principaux dirigeants du courant Espace alternatif au sein d'IU, d'une part; et à nos camarades Pedro Montes et Jésus Albarracin, d'autre part, qui proposent une autre analyse du congrès et des tâches des révolutionnaires au sein d'IU.

Iquierda unida :

un premier bilan

a V Assemblée d'lU s'est achevée sur

_ l'élection d'une nouvelle direction. Su les 1 500 délégués théoriques, 1 370 ont été effectivement accrédités et 1 286 ont participé à l'élection du Conseil politique fédéral (CPF). Il y a eu 112 votes blancs, ce qui est politiquement significatif, motivés par le refus pour diverses raisons de la liste dirigée par Julio Anguita, qui a recueilli

La liste d'Espace alternatif a recueilli 108 voix et celle de la Troisième voie, 102 La majorité obtient ainsi 73 des 89 sièges au CPF (82 %) et chacune des deux autres listes en obtient 8.

Après l'exclusion de la Nouvelle gauche (favorable à Maastricht, préconisant des accords à tout prix avec le PSOE, soutenant les directions syndicales et les pactes signés sur l'assouplissement des possibilités de licenciements et la réduction des pensions de retraite), le spectre politique au sein d'lU n'a pas été sensiblement modifié. Le courant Troisième voie, avec le soutien appuyé de la majorité de la direction des Commissions ouvrières, occupe à droite pratiquement le même espace laissé vacant par le PDNI (Nouvelle gauche), à cette différence près, peut-être due à l'existence de ce parti à l'extérieur, qu'il n'a pas encore exposé ouvertement ses positions, et n'a pas fait montre de la même déloyauté vis-à-vis d'IU. L'avenir dira si cette tendance, à l'implantation irrégulière, défendra loyalement ses positions au sein d'IU, ou si elle poursuivra le travail mené par le PDNI, en salissant l'image publique d'IU et en se livrant en dernière instance à un sale travail au bénéfice du PSOE. Cela aura également des conséquences sur les choix politiques de certains dirigeants de la direction officielle des Commissions ouvrières, notamment leur secrétaire général, Gutierrez, qui tout en dénonçant des interventions imaginaires d'IU et du PCE au sein des Commissions ouvrières, ne se prive pas de mettre le syndicat au service du PDNI et de la Troisième voie. il faut souligner que les résultats obtenus au Congrès par la Troisième voie, même s'ils dépassent leurs attentes et le pourcentage de leurs délégués, correspondent vraiment à leur poids au sein d'IU. En effet, certains qui ne s'en réclament pas ouvertement, acceptent implicitement ses positions et sa pratique tout en se situant dans la majorité fédérale, comme c'est le cas à Madrid et dans d'autres directions intermédiaires. Même si elle ne forme pas un tissu homogène, la droite d'IU est représentée directement ou indirectement par la Troisième voie, et son implantation et son influence sont plus fortes qu'on ne pourrait l'attendre d'une force politique qui se situe dans la gauche anticapitaliste.

a tendance Espace alternatit est plus

_ difticile à caractériser. Les résultats qu'elle a obtenus ne correspondent pas non plus au nombre de ses délégués, ni à son influence à la base. Elle a bénéficié du mécontentement provoqué par la liste majoritaire dans de larges secteurs et du haut pourcentage de votes blancs. Il est significatif qu'à Madrid, où elle est implantée, elle ne s'est pas présentée sous ses propres couleurs, et ses délégués faisaient partie de la majorité de cette fédération qui compte parmi les plus droitières et les plus bureaucratiques d'IU. En outre, Espace alternatif est intégré par un ensemble de secteurs hétérogènes, d'origines diverses, à la faible cohésion, sur des bases communes fragiles. Au-delà du rôle public qu'y jouent des dirigeants comme Jaime Pastor ou les écologistes, Espace alternatif est plus un conglomérat qu'un courant, où priment davantage les réactions contre la majorité fédérale ou l'appareil du PCE que des accords en positif. C'est vrai qu'IU n'est pas exempte de pratiques bureaucratiques, mais leur dénonciation ne suffit pas à donner une cohésion politique à un courant. D'une certaine façon, il s'agit d'une plate-forme sur laquelle s'appuient quelques dirigeants mais dont les bases sont fragiles. On pourrait dire de ces dirigeants qu'ils ont fait un investissement en dissidence, investisse* Jesús Albarracín est membre de la Commission exécutive confédérale des Commissions ouvrières et du Conseil politique fédéral d'IU. Pedro Montes est membre de la Présidence d'IU à Madrid et du Conseil politique fédéral. Tous deux sont militants de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol et membres du comité de rédaction de la revue Quadernos Internacionales.

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ment de bon rapport vu le souci de la majorité de démontrer que le pluralisme est un signe d'identité d'IU. L'ambiguïté d'Espace alternatif est telle qu'il est difficile de dire s'il se trouve à gauche ou à droite de la majorité (tout est dans « l'alternatif »). Sur le plan social, de ce qui touche à la lutte des classes, on peut montrer qu'ils se situent à droite. Partisans d'une alternative « rouge, verte et violette », le rouge y est quelque peu délavé (certains membres d'Espace alternatif sont liés au secteur majoritaire des Commissions ouvrières). Enfin, il y a une brèche préoccupante entre les déclarations et la pratique d'Espace alternatif, comme en témoigne le cas de Madrid où, alors qu'ils se posent en champion de la démocratie interne, ils soutiennent une direction bureaucratique et peu scrupuleuse. Le succès remporté par ce courant dans la Ve Assemblée peut s'avérer artificiel et éphémère du fait de sa faible cohésion idéologique et de la diversité de ses composantes. Son influence réelle est réduite, même si on peut s'attendre que les médias la montent en épingle pour poursuivre leur campagne contre IU, présentée comme une organisation divisée et soumise à des tensions internes permanentes.

tuant à la majorité tédérale, elle est sortie du Congrès aussi bigarrée et confuse qu'elle y était entrée. Aucun des graves problèmes de direction n'a été résolu, qui font d'lU une organisation peu efficiente, dans le sens où son discours, ses décisions et ses objectifs ont une faible traduction pratique, avec une capacité de mobilisation pratiquement nulle. La continuité a prévalu, comme le montre le fait que, malgré un bilan critique de la gestion passée, tous les membres du CPF élu lors de la IVe Assemblée ont été reconduits

La sortie du PDNI n'a pas permis, contrairement à ce qu'on a pretendu et qui aurait été souhaitable, de procéder à une clarification politique au sein d'IU jusque dans les rangs de la majorité fédérale. Au contraire, on se retrouve avec le même magma idéologique. Même si les documents politiques — le Manifeste et les Axes programmatiques - traduisent une ligne de gauche cohérente, renforcée même - objectifs anticapitalistes, lutte contre le néolibéralisme, autonomie face au PSOE, proposition d'unité d'action de la gauche, les 35 heures, la mobilisation comme axe central, l'Etat fédéral - la direction proposée et le CPF élus reconduisent l'existant, avec des gens élus qui ont combattu les positions de la direction fédérale, activement ou passivement, et sont très proches de la Troisième voie. On peut affirmer qu'une politique clairement à gauche a été majoritairement définie dans la Ve Assemblée, mais qu'il n'y a pas de direction capable de la mener à bien. (...)

ymptomatiquement, cette absence de direction s'est fait sentir lors du dérou lement même du Congrès où aucune équipe dirigeante n'a été à même de suivre les débats, défendre les documents de la direction sortante, imposer une liste pour le CPF déterminée par des critères politiques pour faire pièce aux pressions considérables des fédérations, des partis et des collectifs. Sur un sujet aussi crucial que les statuts, des changements très importants ont été introduits dont personne ne semblait à même d'évaluer les répercussions (1) Pour ce qui est du fonctionnement « fédéraliste » d'IU, alors que les documents présentés visaient à un renforcement de l'autorité de la direction fédérale, l'Assemblée s'est prononcée pour un élargissement des compétences des fédérations. En définitive, le Congrès s'est déroulé sans contrôle politique et il n'est pas encore possible de connaître l'état définitif des résolutions ni la portée des amendements adoptés.

La majorité est donc toujours indéfinie, en proie aux mêmes divisions et tensions. Il faudra attendre la mise en place de l'équipe de la Présidence et de la Commission exécutive pour voir comment ont évolué les rapports de forces entre les diverses sensibilités, et si se dessine une plus grande clarté politique. Le renforcement apparent des secteurs de gauche reste à vérifier. Pour ces secteurs, le plus important de cette Ve Assemblée tient à l'apparition d'une nouvelle force qui s'identifie à IU en Catalogne. Après la rupture des rapports politiques entre IU et Iniciativa per Catalunya (IC), certains secteurs de cette dernière se regroupent avec différents partis et collectifs, comme le PCC et Esquerra Alternativa (Gauche alternative - IVe Internationale) pour créer une nouvelle formation, sur des postulats clairement anticapitalistes, ce qui lestera IU à gauche, d'autant plus que contrairement à ce qui se passait avec IC, ils participeront au CPF avec droit de vote.• 1) Les propositions de la commission sur les statuts qui conduisaient à un recul du pluralisme et de la démocratie ont été largement amendées et corrigées. Ainsi, une large majorité de délégués a repoussé la proposition que 50 % des membres de la direction sortante soient - délégués d'office • aux congrès. De même, les délégués ont soutenu la direction d'IU en Euskadi dans sa condamnation de la sentence du tribunal prononçant 'emprisonnement de la direction de Herri Batasuna, ce qui revenait à désavouer Julio Anguita qui avait critiqué cette déclaration.

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