Les 14, 15 et 16 novembre la différence des précédents anniversaires de la Révolution russe; il ne s'agissait pas
A de « commémorer », mais bien de réfléchir et débattre. Sur Octobre, et a parur s'est tenu le colloque d'Octobre...
« Octobre 17, causes, impact,
Coïncidence des dates, le Livre noir du communisme venait d'être publié. Vecteur prolongements », d'une puissante entreprise idéologique et médiatique de criminalisation du communisme, à l'Université Paris VIII, cet ouvrage monumental par sa taille (800 pages) se réduit quant à sa portée à une idée :
de Saint-Denis. Plus d'une la nature criminelle du communisme. Une comptabilité macabre prenant valeur de verdict centaine de contributions définitif : « Communisme - 85 millions de morts ». Tout est dit ! Plus besoin de débattre, écrites, la présence de très de réfléchir, de travailler.
nombreux chercheurs
Des questions toujours actuelles français, britanniques,
Ce colloque symbolisait en quelque sorte la démarche inverse : Octobre reste un objet allemands, russes, cubains, d'étude, prête à des lectures différentes, invite à ouvrir de nouveaux chantiers de mexicains, américains...
recherche. Certes, cela n'est pas nouveau. Une des soirées les plus vivantes fut celle
Des spécialistes éminents consacrée à « Octobre vu de France » où furent exposées et analysées les lignes de partade diverses disciplines ge et les lectures diverses auxquelles donna lieu immédiatement Octobre dans le mouveintervenant au cours de ment ouvrier français. Mais, dans le contexte présent, c'était un acte politique que de plusieurs tables rondes...
témoigner qu'Octobre n'a pas été englouti dans la disparition de l'URSS, qu'il reste actif,
La richesse des participane serait-ce que par les questions qu'il soulève de façon plus impérieuse que jamais.
tions fut à la hauteur du défi que représentait ce colloque.
Les intitulés des divers forums du premier jour donnent une idée du champ des questions posées : « La révolution : coup d'État ? Mouvement populaire ? » ; « Le système : l'effondrement était-il fatal ? »; « L'impact mondial»
Les ateliers du deuxième jour travaillèrent sur « La révolution : stratégies politiques » ; « Le système : les enjeux des années 20, genèse du stalinisme » ; « L'impact mondial : en Europe » ; « La révolution : émancipation et révolution culturelle » ;
« Le système : le modèle et sa crise » ; « L'impact mondial : dans les pays du sud ».
Le dernier jour fut consacré à une table-ronde sur le thème : « Quels bilans ? ».
Un pluralisme assumé
Le second défi était qu'un tel acte ne saurait être du ressort d'un courant politique donné, d'une unique tradition : il appelle un pluralisme assumé. Tel fut le choix décidé d'emblée par les organisateurs, c'est-à-dire l'association Espaces Marx, le Centre Ernest
Mandel, la formation doctorale Culture et société dans la CEI et les pays d'Europe centrale et orientale de l'Université Paris VIII, l'Institut d'histoire contemporaine de l'Université de Bourgogne. Par ailleurs, furent invitées à coopérer à l'initiative les revues
Cahiers d'Histoire, Critique communiste, Recherche socialiste, Nouvelle Alternative, Notes de la Fondation Jean Jaurès, La Pensée, Politique La Revue, Recherches internationales,
Regards...
A l'heure des bilans, on put regretter que le colloque n'ait pas créé l'événement comme il était en capacité de le faire. Sans doute cela tint pour une grande part à la faible participation du courant social-démocrate et à une implication insuffisamment vigoureuse des diverses familles politiques qui étaient partie prenante. L'autre regret, mais celui-ci est tonique, est lié à l'insuffisance de temps laissé aux débats entre participants. Il est vrai que tant de problèmes soulevés appelaient à de vraies confrontations approfondies, alors que les conditions matérielles faisaient qu'il fallait trop souvent se contenter d'une juxtaposition d'interventions. Une invitation à ne pas se cantonner à ces trois journées, mais à envisager une suite. Au-delà de la publication des contributions, la mise en place d'un réseau d'échanges et de recherches est envisagé.
Francis Sitel