Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BELGIQUE

Combat pour la vérité

Inprecor n° 421, février 1998 · p. 12 · 461 mots

Belgique

Depuis juin 1997, l'enquête sur les réseaux d'exploitation sexuelle d'enfants et d'adolescent(e)s est au point mort. Pire, les nouveaux enquêteurs s'acharnent à démontrer les - manipulations • de leurs prédécesseurs et la fausseté des témoignages de jeunes femmes (dont l'identité n'est pas publiquement connue pour des raisons de sécurité) ayant été victimes de ces réseaux. Face à ce constat, l'hebdomadaire francophone - Télémoustique » et le quotidien néerlandophone - De Morgen • ont pris la courageuse décision de publier en série des extraits des témoignages. Ces témoignages sont accablants. Sans préjuger de leur exactitude totale, il est clair que des éléments importants de vérité y sont contenus. Tous confirment l'existence de réseaux parfaitement organisés en Belgique dans lesquels des personnalités influentes seraient impliquées et qui bénéficieraient de protections solides dans la magistrature, les forces de police et le monde politique. Plusieurs faits ont été corroborés, plusieurs témoignages se recoupent. Les témoins décrivent les scènes de violence, les pratiques sexuelles atrocement cruelles et la mise à mort (dont certaines auraient été filmées) de plusieurs enfants et adolescent(e)s. Plusieurs affaires non élucidées de disparitions et d'assassinats d'enfants et d'adolescentes, pourraient ainsi être expliquées. La publication de ces témoignages a évidement ravivé la polémique. La plupart des médias soulignent avec insistance les contradictions et le peu de foi qu'il faudrait accorder à ces jeunes femmes • affabulatrices ». En dépit du bon sens, l'existence de réseaux et de protections est sans cesse remise en cause alors que plusieurs pays d'Europe reconnaissent officiellement leur existence en leur sein. Bref, tout est fait pour troubler l'opinion publique. Comment ne pas voir dans tout cela une (énorme) pointe de sexisme envers ces femmes - hystériques •. Comment ne pas voir, dans les affirmations sentencieuses et « à priori - sur la fausseté des témoignages, la peur que n'éclate au grand jour une vérité trop déstabilisante pour le régime en place ? Comment ne pas voir ainsi une complicité objective des médias avec la stratégie du silence qui prévaut aujourd'hui ? Le nécessaire combat pour la vérité est loin d'être achevé. Les voix isolées de quelques journalistes ne suffisent pas. Pour extirper la vérité, pour rompre avec le fatalisme et la désorientation actuelle, seule la mobilisation des masses est efficace. Dans ce sens, le mouvement blanc a encore un rôle important à jouer, à condition que, cette fois au moins, il soit rejoint par l'ensemble des mouvements progressistes et associatifs du pays, y compris les syndicats, trop souvent absents sur ce terrain jusqu'à aujourd'hui. Le combat pour la vérité et la transparence doit être aussi leur combat. Car en cas d'échec, c'est le mensonge, la manipulation, l'opacité et les injustices de toutes sortes qui en sortiront renforcées, dans tous les domaines de la société.

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