Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BELGIQUE

Etapes d'une normalisation inachevée

Inprecor n° 421, février 1998 · p. 11 · 695 mots

Belgique

14 octobre 1996 : Le juge Conerotte de Neufchâteau est dessaisi de l'enquête Dutroux par la Cour de Cassation. Juge honnête et populaire ayant plusieurs réussites judiciaires à son actif, il entamait une longue enquête sur les réseaux d'exploitation sexuelle et avait écrit au Roi pour dénoncer l'infiltration par la grande criminalité des hautes structures du

18 octobre 1996 : Après une semaine de mobilisation où l'on frôle une grève générale hors de tout contrôle, le pouvoir joue sa dernière carte : la monarchie. Le Roi reçoit, au cours d'une table ronde, les parents d'enfants disparus ou assassinés, dénonce les failles des enquêtes et promet que les choses changeront. Il appelle à manifester dans le calme pour la Marche blanche du 20 octobre.

0 octobre 1996 : Alors que la Marche blanche n'en finit pas de s'étirer sur les boule ards de la capitale, le Premier ministre Dehaene reçoit les parents des victimes et énon ce une série de promesses, dont la mise sur pied d'une Commission d'enquête parle-

28 octobre 1996 : Le syndicat socialiste FGTB organise une grève générale d'un jour dans le but, clairement exprimé par son président national, de • canaliser - l'énergie déployée par ses troupes vers des revendications - traditionnelles ».

16 novembre 1996 : Première opération de diversion et de désorientation de l'opinion publique. Sur la base d'un dossier fabriqué de toute pièce par la gendarmerie, le vice-premier ministre socialiste Elio Di Rupo est traîné dans la boue par une certaine presse où l'on amalgame homosexualité et pédophilie.

Mars-avril 1997 : Lorsque les médias parlent des actions des comités blancs, c'est désormais pour en souligner la faible participation. Le pouvoir tente de diviser les parents des victimes entre • parents médiatisés » et - non-médiatisés » en utilisant l'association pour enfants disparus - Marc et Corinne », proche de la gendarmerie. Le Centre pour enfants disparus, l'une des promesses de Dehaene énoncée le 20 octobre 1996, sera privé (et non public comme le voulaient les parents Russo-Lejeune notamment) et, nouveau camouflet, patronné par un technocrate issus du monde de la finance !

30 avril : Ecœurés par ces manœuvres, les parents Russo • jettent le gant • et déclarent ne plus intervenir publiquement.

Mai-juin 1997 : Plusieurs intellectuels, journalistes et juristes commencent à affirmer que les réseaux organisés d'exploitation sexuelle d'enfants et d'adolescent(e)s ainsi que les protections dont ils bénéficieraient relèvent du - fantasme •. Dans le même temps, 5 enquêteurs chargés du dossier 109 sur les réseaux et les protections sont mutés. Enfin, plusieurs fuites (notamment orchestrées par un élu d'extrême-droite) sur les séances à huis clos de la Commission d'enquête parlementaire discréditent cette derniere. Le Premier ministre Dehane peut ainsi déclarer qu' - Il faut oser dire que ces commissions (parlementaires d'enquêtes) posent un certain problème ».

Juillet 1997 : En plein été, sans débat digne de ce nom, le Sénat vote, un projet de loi du ministre de la Justice Ce projet, modifiant les articles 342 et suivants du Code pénal, sous couvert de s'attaquer aux organisations criminelles, est suffisamment vague et ambigu pour permettre la répression de tout mouvement ou individu contestataire.

17 septembre 1997 : Une émission télévisée ainsi que plusieurs titres de presse lancent une véritable opération de désinformation en affirmant l'inexistence des réseaux et des protections (qualifiés de - fantasmagories collectives •), la fausseté des témoignages de victimes de ces réseaux (taxées • d'affabulatrices ») ainsi que le manque de sérieux des enquêteurs récemment mutés de Neufchâteau (accusés de « manipulations =).

Octobre 1997 : De nouvelles révélations quant au rôle néfaste joué par la gendarmerie relancent l'attention publique. Un an après la Marche Blanche, 10 000 personnes appelées par les comités blancs manifestent à Neufchâteau. Le roi convoque aussitôt une nouvelle table ronde avec les parents des victimes.

Décembre : La procureur général du roi de Liège, Anne Thily, ordonne au procureur du roi à Neufchâteau, Michel Bourlet, proche de Connerotte, de cesser de divulguer toute information sur l'enquête et d'entretenir des relations privilégiées avec les parents Russo-Lejeune. Elle menace également de poursuites les journalistes qui divulguent des révélations sur l'enquête en cours et son fourvoiement.

Une erreur sur cette page ?