La grève générale de l'Histadrut révele des forces nouvelles
Par
Sergio Yahni
Le 3 décembre 1997, l'Histadrut a proclamé une grève générale totale dans de nombreux secteurs de l'économie.
Cette mobilisation a montré que le temps où la centrale syndicale jouait le médiateur entre l'Etat et les travailleurs est révolu.
C laquelle ont participé 700 000 tra- ette grève, qui a duré 4 jours et a vailleurs, essentiellement dans le secteur public, a impliqué, entre autres, les hôpitaux (qui ont travaillé avec un horaire réduit), l'administration, la compagnie électrique (qui a suspendu toute réparation), les banques, la compagnie téléphonique (Bezek), l'industrie aéronautique, l'industrie militaire, les stations de service, les bureaux de poste, les travailleurs administratifs du fonds général de maladies et les universités. A cause de la grève dans les ports et les aéroports, les personnes et les marchandises n'ont pas pu sortir ou entrer en Israël. Il y a eu aussi des arrêts de travail dans les transports publics.
A la fin de la grève, les dirigeants de l'Histadrut ont pu annoncer avec satisfaction que leurs revendications avaient été dans une large mesure acceptées. Le ministre des finances Yaakov Ne'eman avait entériné les accords sur les retraites signés par l'Histadrut et par le gouvernement travailliste précédent, dont le but était de garantir les fonds de pensions. Avant la grève il s'était refusé de reconnaître la validité d'un tel accord
En Israël il y a trois types de fonds de pensions:
1- les fonds de pensions budgétaires pour les fonctionnaires, qui sont inclus dans le budget de l'État ;
2- les fonds de pensions pour les travailleurs syndiqués, la plupart affilié à l'Histadrut (certains, dont les métallos, ne le sont pas). Ces fonds sont payés en partie par les employeurs et en partie par les salariés et ne font donc pas partie du bud get de l'État ;
3- les fonds de pensions pour les managers, sur la base des compagnies d'assurance privée pour les différentes organisations et entreprises.
Actuellement une discussion orageuse très vive se développe à propos du deuxième type de fonds pour savoir quelle part du salaire constituera la base pour le calcul des retraites. Il est assez fréquent en
Israël que les travailleurs reçoivent des suppléments de salaires indirects sous des formes diverses (par exemple pour des vêtements ou des voyages). Ainsi, il arrive souvent que les salaires soient assez bas alors que leurs compléments sont sensiblement plus importants. L'Histadrut voulait en inclure certains dans le salaire global afin d'améliorer les calculs de pensions, ce qui n'était pas inclus dans l'accord signé par la centrale syndicale et le ministre des finances. L'acceptation de cette revendication a été l'un des acquis les plus importants de cette grève
L'accord comprend d'autres acquis :
• le ministère des finances n'appliquera pas la décision du 13 août 1997 comportant une diminution du montant salarial considéré comme base pour le calcul des pensions dans le nouveau fonds de pensions ;
• les droits acquis par un travailleur dans un fonds de pensions donné seront maintenus dans le cadre d'un transfert à un autre fonds de pensions ;
• aucun changement à la baisse ne sera introduit dans les fonds des travailleurs pour la formation complémentaire, autre forme de salaire indirect ;
• le ministre des finances a accepté de négocier avec l'Histadrut sur une série de questions, y compris le renouvellement des accords salariaux dans le secteur public et la participation de l'Histadrut à la discussion en matière d'allocation pour les enfants
Toutefois, il faut souligner qu'on a signé un mémorandum d'accord et non un accord d'ensemble. Cela a mis fin à la grève. Maintenant les parties concernées commenceront des négociations détaillées sur les questions pour lesquelles il n'y a eu qu'un accord général.
De la même façon le ministre des finances a obtenu l'accord de l'Histadrut pour ne pas proclamer de grève (totale ou partielle) sur les thèmes concernés par le mémorandum d'accord. On peut donc en déduire que le ministre des finances tentera d'introduire des changements de natu-
1 pIna pin pin
5 JIHAD re à réduire les acquis de la grève. Déjà le 21 décembre, le ministre a annoncé qu'il n'est pas disposé à inclure tous les nouveaux éléments du salaire dans le calcul des pensions. Le problème de la compensation à laquelle a droit un travailleur en se transférant d'un fond de pension à l'autre semble aussi être un objet de discussion. Toujours est-il, étant donné que la grève a fait évoluer le rapport de forces en faveur de l'Histadrut, il ne sera pas facile pour le ministre de revenir sur tous ces acquis. En tout cas, une chose est claire, le projet de détruire les fonds de pension est bloqué. Néanmoins, l'accord entre le ministre des finances et l'Histadrut a engendré une paix sociale temporaire. Un certain nombre de différends n'ont pas eu de solutions : le chômage augmente, des ouvriers sont licenciés à la suite des privatisations et des délocalisation d'entreprises (surtout le textile) en Egypte et en Jordanie. Le ministre des finances, le secrétaire de l'Histadrut et la BM
La menace contre les droits de pensions des travailleurs n'est qu'une partie du plan de privatisation extensive de l'économie israélienne dicté par la BM et le FMI.
D'après l'économiste français Maxime
7112 0 ПУТИ 11
• 4.
Fi pinna pin pin
JIHAD 3 4°
Durand : « Les retraites par répartition consistent en effet à déconnecter le versement de la pension de l'effort individuel d'épargne, et à organiser une forme de solidarité sociale entre actifs et inactifs. C'est la société (et non une compagnie d'assurances) qui garantit à ceux qui paient aujourd'hui des cotisations qu'ils recevront plus tard une retraite, selon certaines règles qui ne sont pas strictement individualisées » (Inprecor n°416, septembre 1997).
Le ministre des finances israélien, adepte du néolibéralisme, a voulu détruire le fonds de pension mais il s'est heurté à une forte résistance inattendue de la part de l'Histadrut. Toutefois, par rapport à d'autres pays, les luttes ouvrières lancées par l'Histadrut étaient dans une certaine mesure plus facile à déclencher le gouvernement a fait des concessions majeures après 4 jours de grève générale alors qu'en France, en novembre-décembre 1995, il a fallu davantage de durée de grèves et de manifestations. La nouvelle politique de l'Histadrut
La dernière confrontation entre l'Histadrut et le ministre des finances a été le premier conflit du travail qui a échappé au contrôle aussi bien de la bureaucratie de l'Histadrut que du ministre. Jusqu'ici les
18 10073 0777 затори тети півплилз л ТІШЛ ТІПЛ Т '3 1733 1250 П mind nu
7011
D1 317 193 зера вид пле 12 леті УДІ ФОТУ МІНКЛа 31 138 Укти 113 237к міллила т ТУшЛ тІл 1 3Ш muna affrontements avaient toujours eu lieu dans un cadre fixé par avance par l'Histadrut et le système dominant. L'équilibre entre les institutions gouvernementales et la centrale syndicale n'était plus total depuis 1977, au moment où un bouleversement électoral avait amené le Likud au pouvoir pour la première fois depuis 1948. Jusqu'alors le parti travailliste avait été à la tête aussi bien du pouvoir politique que syndical avant même la formation de l'État. Depuis la formation de la centrale syndicale en 1920, le Mapa'i, prédécesseur du parti travailliste, avait toujours été la force hégémonique aussi bien dans le mouvement syndical que dans les institutions de l'État en formation. Mais, avec l'avènement du Likud au pouvoir cet équilibre a commencé à se briser puisque le Likud considérait aussi bien le Parti travailliste que l'Histadrut comme des ennemis à détruire pour consolider son emprise sur le pouvoir. De surcroît, le Likud était idéologiquement hostile à l'État providence. Néanmoins, pendant toute la période du Likud, l'Histadrut est apparu comme un modèle de « responsabilité nationale » et a continué à jouer son rôle pacificateur.
L'Histadrut qui avait été le deuxième emploveur du pays n'a jamais été un syndicat dans le sens européen du terme. Le département syndical n'était qu'une des nombreuses ailes et sections de l'Histadrut qui comprenait aussi des sociétés comme
le Solel Boneh (société de construction), le réseau sportif HaPoel, Kupat Holim (fonds de maladie), les mouvements des Kibboutz, la banque Poalim et Tnuva (pour la commercialisation des produits agricoles et autres). Le département syndical n'avait pas du tout une place préférentielle par rapport aux entreprises capitalistes ou quasi-capitalistes de l'Histadrut. Son rôle était d'établir un équilibre entre capital et travail pour atteindre les objectifs du sionisme (avant 1948) et servir les intérêts de l'État après sa formation. || remplit cette fonction de même que d'autres institutions sionistes.
La libéralisation de l'économie et les crises qui l'ont secouée dans les 30 dernières années ont sapé progressivement ses capacités depuis 1980 et jusqu'à 1990. Toutefois, paradoxalement, ces démarches libéralisatrices ont renforcé le département syndical pour la simple raison que contrairement au Kupat Holim, aux entreprises industrielles et aux banques, le département syndical ne pouvait pas être privatisé. Par conséquent, si l'Histadrut ou du moins ses dirigeants voulaient se maintenir, ils devaient prendre leur rôle syndical plus au sérieux.
La grève générale récente a montré que le temps où l'Histadrut jouait le médiateur entre l'État et les travailleurs est révolu. Aujourd'hui il agit comme un parti qui oblige le gouvernement à prendre en considération les besoins des travailleurs. D'un autre côté, il reste une organisation bureaucratique dont le premier souci est son propre intérêt institutionnel et qui n'a pas un programme socio-économique alternatif au néolibéralisme du gouvernement. En effet, on pourrait dire que ce qu'il demande est une application plus lente et plus humaine du plan gouvernemental et non son annulation. Le ministre des finances : du conservatisme au fascisme ?
Dans le contexte de l'opportunisme caractérise la culture politique en
Israël, Yaakov Ne'eman est considéré comme un professionnel et un juriste de premier plan dont le palmarès moral est sans taches. Il est vrai qu'il n'est membre d'aucun parti, mais il est un ultra-droitier non seulement sur le terrain économique (il a été un des fondateurs de Gush Emunim, le mouvement de colons de la droite nationale religieuse) mais également sur la question des colonies.
« Ne'eman est l'ennemi le plus résolu de la classe ouvrière, une personne qui s'efforce d'éliminer définitivement tous les acquis de la classe ouvrière depuis la fondation de l'Histadrut en 1920 ! II n'hésite pas à attaquer les travailleurs et à pousser l'opinion publique dans ce sens » (Haim Baram, Kol Ha'ir, 17-5-97).
Les positions politiques de Ne'eman s'expriment dans son projet de budget de 1998 et d'arrangement de la loi économique qui vise à faciliter la privatisation du système de santé. Les lois en question imposent aux retraités de payer les cotisations de l'Assurance nationale (sécurité sociale), même si jusqu'ici ils en ont été exemptés. Elles prévoient de réduire les allocations pour le premier et le deuxième enfant, et de privatiser le système de santé qui est aujourd'hui la principale cible des attaques gouvernementales.
Le projet de Ne'eman propose des changements structurels majeurs dans la loi sur l'assurance maladie, ce qui permettra aux fonds de maladie de demander des cotisations supplémentaires, de transformer les hôpitaux publics en des unités économiques différenciées comme premier pas vers la privatisation et de privatiser des hôpitaux gérontologiques. Ces changements impliquent la destruction des services de santé. Ainsi, on est en train de créer un système de santé à deux vitesse.
En revanche, le budget de l'État pour 1998 ne fait pas de discrimination dans les rangs des riches : aussi bien les colons de droite dans les territoires occupés que les Kibboutzim « de gauche » en bénéficieront. La privatisation des terres appartenant à l'Etat (93 %), qui a commencé sous le gouvernement travailliste va continuer et les Kibboutzim et les moshvim vont recevoir des aides spéciales. En effet, en conséquence de la privatisation de la terre, ces derniers sont en train de recevoir un cadeau de 907 millions de nouveaux Shekels accordés par la trésorerie de l'État. Le projet de budget prévoit aussi 300 millions de nouveaux Shekels pour les colonies dans les territoires occupés en 1967 De même qu'une augmentation de 10 % en termes réels du budget du ministère des affaires religieuses
En fait, la grève récente a aussi révélé des signes préoccupants en ce qui concerne la « nouvelle droite en Israël ». Au cours de la grève il y a eu sur les murs de Jérusalem des posters placés par Match, quartier général du Ma'amatz, un groupe d'extrême droite appelant à briser la grève puisqu'elle était dirigée contre le gouvernement nationaliste. Jusqu'ici la droite israélienne a été caractérisée par le nationalisme au niveau politique, et le populisme ou conservatisme au niveau socio-économique. La droite traditionnelle israélienne a été capable d'exprimer une idéologie nationaliste de « toute la terre d'Israël » tout en donnant l'apparence d'un souci social pour le peuple. Maintenant Ma'amatz a adopté une nouvelle approche qui établit explicitement un lien entre nationalisme radical et opposition aux organisations ouvrières. Le mot approprié pour une telle approche : le fascisme. La gauche en Israël: le vœu de silence ?
En Israël, le droit de grève n'est pas garanti par la loi. L'État a le droit d'obliger les travailleurs à ne pas quitter leur poste et peut même demander aux tribunaux de déclarer une grève illégale. Lors de la dernière grève le gouvernement a non seulement eu recours à de telles possibilités, mais le maire de Tel Aviv, Ronnie Milo, (connu comme une colombe du Likud (mais décidément un faucon en matière sociale) a même recruté des briseurs de grève contre les éboueurs grévistes. Si les photos des briseurs de grève de Milo étaient arrivés des territoires occupés, la gauche israélienne aurait organisé des protestations. Mais en l'occurrence elle est restée silencieuse. En outre la plupart des commentateurs économiques ont soutenu Ne'eman et le leader du parti travailliste Ehud Baraka s'est abstenu d'exprimer toute solidarité avec l'Histadrut.
Le rôle de la gauche parlementaire et extraparlementaire est de protéger le droit légal des travailleurs à faire grève. Il serait bien que la gauche extraparlementaire consacre une partie de ses efforts à soutenir la lutte des victimes de Ne'eman et Milo. Puisque la gauche israélienne a exprime, au moins en principe son opposition aux violations des droits de l'homme dans les territoires occupés elle devrait élever sa voix contre leur violation à Tel Aviv, qui se base sur la doctrine infâme de Rabin : briser les os. •