Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LES NÔTRES

Turquie : Rifat Kendirligil

Inprecor n° 421, février 1998 · p. 30 · 574 mots

Grèce et Turquie Syndicalisme

Notre camarade Rifat Kendirligil, l'un des vétérans de Yeniyol (Section turque de la Quatrième Internationale), est décédé à Istanbul, à l'âge de 49 ans. Rifat a toujours occupé une place particulière dans notre organisation, dont il était en quelque sorte la - conscience ouvrière ». Alors qu'il n'était pas encore syndiqué, Rifat s'est retrouvé au premier plan de la lutte, lors de la grève de 1974-1975, à l'usine Elka où il travaillait comme ouvrier. Il s'est très rapidement affirmé comme un leader. L'histoire militante de Rifat s'identifie en quelque sorte à celle du syndicat des ouvriers du bois, l'ASIS, qui occupe une place particulière dans le paysage syndical du pays. Il est d'abord devenu secrétaire de la section de Kartal (banlieue ouvrière d'Istanbul), puis dirigeant du siège. Il a été élu à deux reprises (et au 1er tour) secrétaire général du syndicat, lors des congrès de l'ASIS. Il a passé 4 ans sous les verrous, lors de la période de la dictature militaire, au début des années 80. Après sa libération, il a continué à travailler comme ouvrier-encadreur. Lors du congrès de 1991 du syndicat, il a été élu à sa présidence. C'était surtout un geste symbolique de reconnaissance, à l'égard d'un dirigeant ouvrier émérite, issu des rangs de ce syndicat.

A côté de ses activités syndicales, Rifat a poursuivi sans interruption sa lutte politique au sein de Yeniyol, depuis les tout débuts de l'organisation. Il représentait sa - conscience de classe », il était celui auprès duquel on - testait • tout nouveau projet ou ligne politique : s'il ne donnait pas son accord, nous pouvions être certain qu'il y avait une erreur ou un problème dans la conception de ce projet. Il n'avait aucun préjugé dans ses relations humaines et il a maintenu des liens d'amitiés avec des personnes d'horizons très divers, mais sans jamais abandonner sa franchise. Son expression souriante mais déterminée, nous donnait confiance, que cela soit lors d'un débat ou lors d'une grève sauvage

Sa disparition prématurée n'a pas été une surprise pour nous. Les périodes de réaction et l'isolement auquel elles condamnent les militants (et en particulier les militants ouvriers), sont comme un cancer qui mine l'organisme et détruit sa capacité de se régénérer. Le mouvement ouvrier turc n'ayant pas été capable de se relever des coups portés par la dictature militaire, les « anciens » cadres syndicaux n'ont pas pu bénéficier du « sang neuf » qu'auraient apporté les nouvelles générations. Et ce sont des militants « du terrain *, comme Rifat, qui sont les plus désarmés face à ce blocage des luttes.

Sa disparition nous pousse à mieux réfléchir sur la nécessité de développer les liens plus - humains • entre tous ceux qui mènent la même lutte avec les mêmes idéaux. N'oublions pas que dans cette lutte contre ce monde inhumain, les organisations des travailleurs, dans lesquels ils peuvent se sentir en sécurité, sont notre seul rempart. Des individus peuvent résister à un coup d'État grâce à leur force morale, mais s'ils ne retrouvent plus les conditions qui leur permettent de se reprendre, de se multiplier, ils disparaissent, comme Rifat, laissant un vide, qu'il nous sera bien difficile de combler.

Rifat a vécu dignement, comme un militant ouvrier révolutionnaire, internationaliste, prenant toute sa place dans la longue marche de l'humanité vers un monde meilleur. Cette marche se poursuit, désormais sans lui, mais aussi un peu grâce à lui. .

Une erreur sur cette page ?