- au début de 1990. C'est une expression organisée du mouvement des femmes dont le but est de prendre des initiatives contre les mauvais traitements et la violence à leur encontre. Nous fonctionnons dans le local de la Commission de développement du quartier populaire Brandi et nous tenons également une permanence dans un autre local, dans le centre Montevideo.
Nous accueillons les femmes soit de manière personnalisée, soit en groupe, et nous apportons des informations aux institutions et aux entreprises qui nous le demandent (écoles, lycées, refuges de femmes, entreprises publiques et privées, syndicats, commissions de quartier). Des femmes spécialistes de la santé et de l'éducation, secteurs sans cesse confrontés au problème de la violence, et des femmes victimes de violence participent à nos cours et à nos ateliers afin de se former en tant qu'agents communautaires.
Durant toutes ces années, nous avons mis au point un style de travail qui revêt deux aspects : l'un plus théorique, lié au phénomène de la violence à partir de différentes approches intellectuelles, d'analyses de situations concrètes et des issues possibles dans des cas précis, de réflexion sur les aspects légaux, les syndromes et les profils types de victimes et d'hommes violents. L'autre, plus concret, fonctionne à partir de la Biodanza (système Rolando Toro), de techniques d'autodéfense et analyse nos sentiments, notre situation d'autoestime, nos désirs, nos rêves, notre humeur endogène, notre immunité.
Ces aspects de notre méthode de travail aident beaucoup les femmes qui viennent nous consulter, car ils renvoient à l'intimité de leur intimité, à des aspects de leur identité qui les rendent vulnérables et en font des victimes possibles : leur capacité de réponse, leur capacité de survivre à des situations de crise et leurs capacités créatrices afin d'élaborer des solutions, ce qui dépend souvent de l'attention portée à ces de Luna Nueva aspects particuliers. Nous travaillons sur des situations aussi féminines et propres aux femmes que le chaos, l'incertitude, la recherche d'issues possibles à des situations complexes et nous tissons des réseaux de solidarité, d'aide, de services « invisibles » entre femmes. Quelques exemples
Certaines femmes doivent trouver de quoi se nourrir elles-mêmes car leurs époux ont été arrêtés pour des vols ou des activités illégales de survie. D'autres femmes, n'ayant pas de parents, se relaient pour s'occuper de leurs enfants qu'elles élèvent seules (proportion qui a augmenté à tous les niveaux de l'échelle sociale) et vont travais a tour de role pires envoir re se réunissent pour « conspirer comment aider telle ou telle voisine battue par son mari (51,6 % des cas de violence dans notre pays). Des femmes sont victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail. D'autres sont poursuivies pour avoir répondu violemment, et parfois tué, leur mari, après des années de mauvais traitements. Il y a aussi des cas d'adolescentes maltraitées par leurs petits amis ou dépendantes de la drogue. Le pourcentage déjà élevé des très jeunes filles enceintes (moins de 14 ans) augmente d'année en année dans les secteurs de la population les plus vulnérables. Avec l'augmentation du nombre de femmes au travail, le chômage entraîne un processus de féminisation de la pauvreté.
Le cas des abus sexuels envers les enfants des deux sexes mériterait également d'être développé.
Depuis le début, une de nos tâches principales a été et continue à être l'aide mutuelle et la formation de groupes de femmes qui prennent des initiatives au niveau local et social face à cette réalité injuste. L'aide mutuelle personnelle permet de rechercher de solutions concrètes aux problèmes quotidiens et d'arriver à s'organiser. Les groupes élaborent des réponses
Femmes contre la violence
La violence à l'encontre des femmes prend de nouveaux aspects, dans le cadre de la grave crise économique et sociale, du chômage et de la misère qui frappent l'ensemble du continent latino- américain, où les gouvernements appliquent avec brutalité les mesures d'ajustement structurel imposées par les organismes financiers internationaux, en particulier le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID).
Dans ce contexte, on assiste au développement d'organisations de femmes qui luttent pour leurs droits politiques, économiques et sociaux, et de sexe et qui dénoncent la violence tant individuelle qu'institutionnelle.
Par
Estela Retamoso*
* Coordinatrice générale de Luna Nueva, Estela
Retamoso est conseillère et éducatrice sexuelle, spécialiste de la violence domestique et sexuelle. Elle fait partie de la Commission des femmes du Parti socialiste des travailleurs (PST, section uruguayenne de la IV* Internationale).
corporelles, verbales et collectives et apprennent des techniques d'autodéfense face aux agressions. Nous participons aussi au mouvement social et aux mobilisations des quartiers, où l'on rencontre beaucoup de gens à la recherche d'améliorations globales. Ce sont des groupes mixtes, avec des caractéristiques différentes, réunis par la situation sociale et économique critique et les carences du système de santé. Ainsi, nous réfléchissons et nous mettons en commun notre expérience sociale et de femmes, agissant au sein d'instances plus générales, afin d'amplifier les effets de notre travail et de créer d'autres niveaux de conscience. Les femmes, cibles principales de la violence
La violence a pris de nouvelles formes, en lien avec la situation économique et politique, et est malheureusement toujours latente et présente. Aujourd'hui encore, les réponses institutionnelles ne dépassent pas les déclarations de principes, et des mesures effectives et concrètes ne sont pas prises, en fonction de ce qui existe d'ores et déjà dans la loi.
La violence au sein du couple, l'impact de la violence sur la santé des femmes, les petites filles et petits garçons victimes d'abus sexuels, la violence familiale, la violence dans la rue et dans le quartier, les viols, le harcèlement sexuel sur les lieux de travail, constituent toujours les différentes facettes de ce monstre si bien connu des temmes.
Sans oublier que l'importante violence envers les femmes dans les pays latino-américains vise aussi à nous « éduquer » et à nous préparer à un avenir où les nous resterons des cibles privilégiées. Paradoxalement, ces situations permanentes de violence quotidienne favorisent les violences contre les femmes en période de guerre. C'est le cas aujourd'hui au Chiapas, où les massacres des paramilitaires et de l'armée fédérale ont pour principales victimes des femmes, souvent enceintes. La priorité au collectif
Notre organisation fonctionne en apportant une aide collective et n'en reste pas à des propositions personnelles, car nous considérons que notre aide doit viser à ce que les femmes s'auto-organisent autour de leurs revendications quotidiennes et collectives.
Depuis quelques années, le mouvement des femmes s'est beaucoup affaibli mais leur participation aux revendications générales et dans les mouvements de quartier est très importante, bien que dispersée. De nombreux mouvements concernant la survie (auto-organisation et luttes pour des solutions dans les quartiers, occupations de terres) sont coordonnés par des femmes.
Leur contribution s'est beaucoup développée dans le mouvement syndical, avec l'apparition de cadres syndicaux féminins, ayant une politique spécifique envers les femmes au travail. La création d'une Commission tripartite au ministère du Travail, ayant pour but d'aligner le code du travail uruguayen sur les conventions internationales, tout particulièrement celles de l'Organisation internationale du travail (OIT), répond directement aux revendications de la commission des femmes de la centrale syndicale PIT-CNT en matière d'égalité des chances et contre les discriminations en termes de retraites et de salaires dans certaines branches. Les femmes et les luttes générales
Nous restons convaincues que les principales conquêtes des femmes ont été obtenues dans un cadre de développement général des luttes populaires dans leur ensemble et qu'il est nécessaire de continuer à articuler nos revendications spécifiques avec celles des autres acteurs sociaux, sans perdre les espaces propres que nous avons déjà conquis. Lorsqu'un gouvernement impose ou approfondit une politique économique allant à l'encontre des intérêts populaires ou une action répressive, les femmes sont toujours dans l'œil du cyclone. Et la violence est un mécanisme très efficace, à cause de son exemplarité
L'État a joué un rôle fondamental dans le démantèlement du mouvement des femmes, intégrant (et déformant) certaines propositions, accordant ou non des subventions, faisant du clientélisme et cooptant des militantes féministes, qui ont fini par capituler face à la crise économique et faute de continuer à croire à une alternative différente au néolibéralisme.
L'agenda des féministes s'est réduit à quelques malheureuses « célébrations » officielles, sans pratiquement aucune proposition autonome. Dans certains quartiers, des activités isolées d'organisation conti-
Femmes contre la violence nuent, comme Luna Nueva. Mais la coordination existant à d'autres époques s'est effritée. Le travail universitaire, le développement de la théorie, la participation à des forums internationaux ont éloigné beaucoup de femmes de la pratique féministe combative et engagée auprès des secteurs populaires.
Face à la mondialisation capitaliste, à l'intégration régionale (dans le cadre du Marché commun du Sud, Mercosur, avec l'Argentine, le Brésil et le Paraguay), une intégration des mouvements sociaux est indispensable, afin de réfléchir sur nos revendications, nos luttes et notre résistance et d'échanger nos expériences multiples, tant politiques que sociales et féministe.
De la capacité à mettre en commun ces expériences dépend aussi la possibilité d'élaborer des propositions alternatives ayant des effets sur l'ensemble de la société, et de pouvoir ainsi éviter la voie étroite du « travail de fourmi » quotidien, immédiat, qui bien souvent bouche l'horizon.
Aujourd'hui, plus que jamais, nous avons besoin de consolider des réseaux sociaux nous permettant de sortir de l'isolement et de combiner nos revendications spécifiques avec les autres revendications de base non satisfaites des secteurs populaires. Nous réaffirmons la validité de notre démarche, qui prend en compte l'évolution personnelle de chaque femme tout en l'associant à l'évolution collective. •
Montevideo, janvier 1998