Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

URUGUAY

Les nôtres : « El Cubano » un inconnu irremplaçable

Inprecor n° 422, mars 1998 · p. 35 · 407 mots

Nouvelles du monde URUGUAY N autant le dire sans périphrase, pour échapper aux euphé- otre camarade Fernando Riestra est mort. Mort d'un cancer mismes et doubles langages de cette société capitaliste). Il avait à peine 29 ans. Orchestreur des bas-fonds, danseur, ouvrier des transports, syndicaliste, mi-chrétien mi-socialiste, el Cubano était militant du Parti socialiste des travailleurs (section uruguayenne de la IVe Internationale). Sa mère assure que jusqu'à ces derniers moments il parlait de nous tous. Une perte irréparable. Comme pour tout révolutionnaire.

L'information n'a pas eu droit à la moindre ligne ni dans les journaux, ni au journal télévisé. Normal. Il était inconnu. Cet événement malheureux nous appelle à renforcer notre engagement militant et, plus encore, à faire œuvre de mémoire tenace, pour empêcher que les classes dominantes et leurs serviteurs ne continuent de séquestrer l'expérience sociale des gens du peuple.

On dit que le dissident polonais Karol Modzelewski, quand on s'étonne de sa fidélité à ses engagements, répond simplement : « C'est par loyauté vis-à-vis des inconnus ». Car au-delà de l'adhésion aux grandes idées, il y a cette loyauté, ces fidélités moléculaires, ces liens infinis de mémoire et d'action.

Le capital à l'offensive trouve d'anciens combattants recyclés dans la raison d'Etat, englués dans l'institutionnel, séduits par les salons de la macropolitique, ou réfugiés dans l'individualisme du carriérisme. Il est alors plus nécessaire que jamais de restaurer la mémoire, socialiser les expériences risquées, intenses et multicolores de tous ces inconnus irremplaçables à l'image d'el Cubano.

Nous ne voulons pas non plus oublier Alejandro Pazmiño, l'Equatorien qui dormait entouré de tubes d'encres et de ronéos ; ni « Zezinho », un Brésilien gay et Pétiste de cœur ; ni le Chilien Yañez, un trotsko-sectaire, qui a vécu ses derniers jours en gardien d'un local syndical ; ni Sabino Estrada Guadalupe, indigène de l'Etat de Guerrero au Mexique, mort dans un « accident » de la circulation ; ni « Carlos », le Colombien, guérillero ou quelque chose dans le genre, assassiné au mois de mai l'an dernier ; ni Roberto Mac Lean, noir, Colombien, révolutionnaire, assassiné par des nervis paramilitaires à Barranquilla ; ni Felipe Vasquez, Bolivien, dirigeant mineur ; ni Dolores Rodriguez Noriega, plus connue sous le nom de « Lola », Mexicaine de Basse-Californie, qui n'a pas hésité à rejoindre, solidaire, le Nicaragua sandiniste.

A l'égard d'eux tous, nous avons une inéluctable dette de loyauté.

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