Inprecor 1974–2004

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INDE

Une grave impasse politique

· Inprecor n° 423, avril 1998 · p. 28-29 · 1 937 mots

Inde et Asie du Sud

Inde une grave impasse politique

Par Pierre Beaudet es élections nationales en inde se son _terminées durant la première semaine de mars dans une grave impasse politique. Le Lok Sabha (parlement) se retrouve avec deux blocs minoritaires, d'une part le grand parti de droite BJP qui reste loin avec ses 254 élus de la majorité parlementaire, et d'autre part le Parti du Congrès (166 élus) qui tente de convaincre les débris du United Front (99 élus) de se rallier et de constituer un bloc anti-BJP. Pour le moment, le BJP va donc constituer le gouvernement mais selon toutes les probabilités, ce sera un moment de transition. Déjà, de nouvelles batailles électorales et extraparlementaires sont en vue et risquent d'être très dures. Le pari (partiellement) raté de la droite

Tel que prévu par tout le monde, le BJP a consolidé ses positions en tant que plus grand parti indien. Dans le nord (notamment dans les États de l'Uttar Pradesh, du Bihar et du Gujarat), le parti de droite a stabilisé et même relativement agrandi sa domination. Dans l'est, des percées importantes ont été réalisées dans les états du Karnataka et de Orissa. Finalement, la plus grande surprise est venue du Tamil Nadu dans le sud où l'allié du BJP, le parti populiste AIADMK, a remporté une grande victoire au détriment du United Front. En dépit de tout cela, le BJP n'a pas obtenu ce qu'il espérait, à savoir la constitution d'une majorité claire et nette. Aussi, pour le président Atal Bihari Valpayee, le bilan doit être négatif. Le projet de construction d'une grande alliance «arc-en-ciel», regroupant les diverses droites autour du projet de l'Hindutva (nationalisme chauvin hindou), par lequel le BJP pensait enterrer une fois pour toutes le Parti du Congrès, n'a pas fonctionné comme prévu.

A cheval entre une droite « modérée » et moderniste et l'extrême droite fascisante nationaliste, le BJP a tenté d'amalgamer les diverses factions de la bourgeoisie avec la petite bourgeoisie hindoue déclassée, tout en ralliant les hautes castes, un peu comme si en France le RPR était allié au Front national. Si l'essentiel des bourgeoisies ont embarqué, une partie substantielle des classes moyennes, musulmanes comme hindoues, a préféré la tradition du Parti du Congrès. Le facteur caste a aussi joué en défaveur d'un BJP dont l'image reste liée aux groupes dominants, notamment dans le nord (Uttar Pradesh et Bihar) où les castes dites « supérieures » pratiquent une sorte de féodalisme prévalant encore largement dans les zones rurales. Selon Vinod Mishra, secrétaire général du groupe libération (une des factions communistes), le BJP repose sur un « projet de dictature fasciste dont les éléments sont la confrontation avec le Pakistan par la militarisation et la nucléarisation de l'Inde, l'imposition de l'idéologie hindouiste qui signifie la transformation des minorités religieuses en citoyens de deuxième classe, l'affaiblissement de l'État fédéral, la répression brutale par la police et l'armée combinée à la mise en place de milices privées dans les régions rurales pour écraser les mouvements populaires, l'élimination des mouvements d'autodétermination et plus généralement, de l'opposition politique et intellectuelle ».

Chose certaine, le BJP ne se contentera pas de constituer un gouvernement minoritaire et de jouer les règles du jeu. Les secteurs dominants dans le parti, et qui sont liés aux réseaux fascisants du RSS, espèrent encore s'infiltrer au gouvernement, et profiter de ce fait pour amorcer des changements structurels dans l'État, accentuer le clivage communaliste (essentiellement par des campagnes anti-musulmanes), réformer le système d'éducation et surtout s'emparer des appareils de sécurité (armée et police). Pire encore, le BJP pourrait accentuer les grandes fractures qui traversent déjà le pays entre les communautés, entre les castes et entre les régions et espérer émerger du chaos comme le seul garant de la stabilité. C'est du moins ce message qui est relayé par la bourgeoisie et ses médias, notamment le India Today et l'essentiel des grands quotidiens. Le retour du Parti du Congrès

Prévu au début du processus électoral comme le grand perdant de l'exercice, le Parti du Congrès a su bien manoeuvrer pour réapparaître non seulement comme deuxième plus grand parti mais aussi comme la seule force nationale capable de faire échec au BJP. Il a su maintenir des positions un peu partout. Egalement, il a réussi une grande percée au Maharasthra (dont la capitale est Bombay), au grand détriment du BJP et de ses alliés d'extrême droite du Shiv Sena. Dans cet état phare où domine le capitalisme de pointe, le vote s'est polarisé et la majorité des classes moyennes et populaires, hindoues comme musulmanes, a voté contre le BJP plutôt que pour le Parti du Congrès. Dans l'absence d'une troisième force crédible, c'est le Parti du Congrès qui en a profité

Durant l'élection, le Parti du Congrès s'est replié sur la tradition Ghandi en sortant des boules-à-mite Sonia Ghandi (la veuve de Rajiv Ghandi), une personnalité plutôt effacée et qui n'a aucune perspective définie. D'ailleurs, toute la campagne s'est faite, en plus de la mythologie ghandienne, sur la peur du BJP et de son programme communaliste. Ce vote par défaut fait du Parti du Congrès un aspirant au pouvoir bien fragile. Non seulement le parti n'a pas l'ombre d'un programme face aux grands défis qui attendent l'Inde à l'heure de la mondialisation et alors que se profilent les menaces d'éclatement, mais il est lui-même porteur des mêmes contradictions qui affectent la droite du BJP. A la fin du règne d'Indira Ghandi et également durant la brève période où Rajiv a présidé le pays, le Parti du Congrès aussi a joué la carte des divi-

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AK died Kashmir (province Bakistanaise) -A.C: Alsal Chin (oesiqué par la Chine) J.K: dammu and Kashmir (Etat indion) PAKISTAN Tibet G.*Borkha Sikkim BHOUTAN NEPAL Rejasthan Uttar Pradesin 3 Bihar Madhya Pradesh Bengale Occidental Maharashtra Andhra Predesh Madrat Kerala SRI LANKA sions pour faire passer son programme de libéralisation sauvage, tout en accélérant le pillage des ressources publiques au protit d'une poignée de corrompus. Reste à voir ce que fera Sonia qui dit-on, attend son heure pour renverser le gouvernement minoritaire du BJP et réinstaller le Parti du Congrès au pouvoir. A plus long terme cependant, la population reste sceptique et la base d'appui au Parti du Congrès mince et fragile. Le grand perdant

Pendant 18 mois, le United Front avait gouverné l'Inde d'une manière minimaliste, sans changer les grande orientations économiques néolibérales mises en place par le Parti du Congrès depuis la fin des années 80, tout en tentant d'atténuer les contradictions sociales et politiques. Autour de ce corps hétéroclite s'étaient amalgamées des forces centristes comme le Janata Dal, les partis régionalistes (surtout dans le sud et l'est), ainsi que la gauche dominée par le Communist Party of India (Marxist), le CPM.

Cette coalition a littéralement implosé durant les élections du mois passé. Le Janata a perdu presque toutes ses positions. Plusieurs partis régionalistes, notamment au Bihar, ont fait défection et d'autres ont été battus à plate couture (au Tamil Nadu). De toute évidence, le Front n'a pas su ni capter l'intérêt des électeurs sur ses propres bases ni se constituer en rempart contre le BJP. Jusqu'à la dernière minute d'ailleurs, la tactique électorale n'a

SOURCES DE TENSIONS INDIENNES pu être déterminée clairement, entre une faction qui préconisait d'emblée une alliance avec le Parti du Congrès et une autre qui voulait au contraire que le Negaland Front se démarque, :Напірит - T: Tripora notamment sur le Mizoram plan des politiques - C: Mants de Chiteging économiques. BIRMANIE Paradoxe parmi les paradoxes, le CPM, dont les bas-

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Pointe chauds récents ou actuels vés, risque d'être le grand perdant de cet échec. Il y a quelques avant même les élections, le parti s'était d'ailleurs assez profondément divisé. La direction menée par le secrétaire général, Harkishan Singh Surjee, et le président de l'État du Bengale, Jyoti Basu, avaient argumenté pour que le parti embarque dans le gouvernement du United Front, au lieu de rester à l'extérieur tout en l'appuyant. Ce grand saut aurait, selon les chefs du CPM, permis au parti de sortir de ses niches traditionnelles et d'apparaître comme une force nationale.

Mais le rêve de Surjee et de Basu de transformer le parti à l'italienne n'a pas fonctionné. D'une part l'Inde n'est pas l'Italie (!) : la configuration politique et sociale, dans une polarisation qui s'accentue, ne permet pas de constituer une alliance centre gauche bénéficiant d'une masse critique au niveau des classes populaires et moyennes. D'autre part, les bases du CPM n'ont pas voulu endosser une transformation qui aurait forcé le parti à accepter la politique économique néolibérale. Notamment ceux qui dirigent les organisations de masse comme les syndicats, se sont révoltés et ont empêché, dans un vote très serré au comité central, la direction de rejoindre une « gouvernement bourgeois ».

Depuis, le CPM ne s'est pas remis, incapable de lâcher ses alliés du United Front, incapable aussi de constituer un pôle alternatif.

L'instabilité actuelle et qui résulte de la lente désintégration du Parti du Congrès et de son projet de construction nationale bourgeois, ne disparaîtra pas rapidement.

Inde D'un côté, le BJP se heurte à de formidables obstacles pour établir une nouvelle hégémonie. De l'autre, le Parti du Congrès s'accroche à la fois à l'image d'un passé glorieux et à la peur du communalisme. Entre les deux, une troisième force qui n'émerge pas, en bonne partie parce que la gauche n'a pas réussi à articuler un projet alternatif. Les tempêtes à venir

Dans cette confusion, le danger est grand que les deux grands blocs politiques combattent sur le dos des classes populaires, soit, pour le BJP en suscitant la haine inter communautaire (comme il l'avait fait à Bombay en 1993) et en militarisant davantage les confrontations rurales (surtout au Bihar), soit pour le Parti du Congrès, en reniant ses engagements démocratiques et unitaires pour refaire le plein des votes des classes moyennes hindoues (ce qui avait été le pari de Rajiv Ghandi au début des années 1990).

Pour éviter cette polarisation, la gauche se doit de rebâtir un grand projet populaire, qui sache mettre ensemble les aspirations à la démocratie et à la coexistence entre les communautés et la lutte contre les effets dévastateurs du néolibéralisme. Pour le moment, le CPM reste le grand obstacle à ce projet. Les deux autres principaux groupes communistes, le parti communiste (CPI) et le groupe Libération, n'ont pas réussi, du moins à date, à le convaincre de constituer un front uni de la gauche. C'est que les clivages dans le mouvement communiste ne datent pas d'hier et reposent sur une histoire passablement ensanglantée, notamment dans le Bengale (1). Ce qui complique également le débat est le fait que le CPM, dans ses bastions du Kérala et du Bengale, a de plus en plus tendance à agir comme un parti régionaliste, délaissant la perspective de constituer un projet réellement national. Ce régionalisme affecte également Libération dont l'essentiel de l'influence reste confiné au Bihar. Mais fondamentalement selon Vinod Mishra, « nous n'avons le choix que de tenter de nous réunir, sinon nous serons tous écrasés ». 1. Au début des années 1970, les groupes maoïstes (dont Libération est l'héritier) avaient déclenché la lutte armée dans le cadre d'une politique largement aventuriste et substituiste. Le CPM dont ils s'étaient détachés avait alors collaboré avec les forces répressives pour écraser les quelques poches insurrectionnelles que les maoïstes avaient réussi à organiser.

----- photo credits and running heads -----

carte tirée de Hérodote n°49, 2° tir- mestre 1988, éd. La Découverte.

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