Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

COLOMBIE

« Ici, la lutte armée est la seule voie vers le pouvoir »

· Inprecor n° 424, mai 1998 · p. 6-9 · 3 528 mots

Brésil

Tant le president Samper lui-meme que ses généraux ont dû le reconnaitre : l'armée a subit une véritable débâche militaire, la pire de ses dernières années, dans la zone de la jungle du Caguan, dans le département de Caqueta, au sud-ouest du pays. L'offensive des Forces armées révolutionnaires de Colombie - Armée du peuple (FARC-EP, 12 000 combattants, plus de 70 fronts) a remis au premier plan le conflit entre la guérilla et le gouvernement visant à modifier ceux que beaucoup d'observateurs qualifient d'"'équilibre stratégique" du rapport de forces. Afin de connaître l'opinion de la principale force insurrectionnelle colombienne, nous avons rencontré Marco Leon Calarca, membre de la Commission internationale des FARC-EP. Inprecor : D'après de nombreux analystes, journalistes et politologues, la guérilla a redéfini ses objectifs. Elle ne viserait plus la révolution socialiste ou la construction de /'"'homme nouveau" et sa stratégie privilégierait le contrôle politique de certaines régions et municipalités ainsi que la mise en place de "clientèles armées". Ainsi, Alfredo Rangel Suarez, consultant du Conseil présidentiel pour la sécurité nationale, déclarait-il récemment : « La guérilla ne rêve plus à renverser l'armée ni à prendre le pouvoir dans le pays, elle n'aspire qu'à déloger la police du plus grand nombre possible de villages pour acquérir de nombreux pouvoirs locaux et élargir son contrôle territorial dans le but d'être plus apte à négocier quand arrivera le moment opportun de le faire. » L'offensive militaire actuelle des FARC pour modifier de manière significative le rapport de forces se place-t-elle, en dernière instance, au coeur d'une stratégie visant à forcer l'État à une sortie négociée de la guerre ? Marco Leon Calarca : En fait, le problème, c'est que toutes les actions militaires de la guérilla sont analysées comme si elles avaient pour but l'ouverture de négociations. Or, en réalité, les FARC n'ont jamais parlé de négociations. Nous avons juste évoqué la possibilité d'un dialogue avec l'ensemble du pays sur les réalités nationales et sur nos aspiration pour ce pays. Nos campagnes et nos opérations militaires s'inscrivent dans une volonté de prise du pouvoir par et pour le peuple. Quand nous agissons militairement, ce n'est pas en ayant uniquement en ligne de mire une négociation censée résoudre le conflit armé, économique et social qui dure depuis pratiquement cinquante ans. Nous le faisons aussi dans le but de prendre le pouvoir : les objectifs historiques des FARC n'ont pas changé. En fait, il s'agit de deux voies parallèles et non contradictoires. C'est pour cela que les analystes et les politologues se trompent quand ils disent que la guérilla a abandonné son objectif de prise du pouvoir. C'est vrai que, simultanément, nous construisons des pouvoirs locaux grâce à nos appuis sociaux et à notre expérience auprès des communautés dans différentes régions du pays. Il est clair que cela fait de l'ombre aux partis traditionnels car maintenant le travail politique de masse renforce le mouvement révolutionnaire. Mais, j'insiste là-dessus, le fait que nous développions une politique de construction de pouvoirs locaux ne signifie pas que nous ayons laissé de côté la prise du pouvoir par et pour le peuple. • Si on considère le contexte international défavorable et l'échec du prétendu "socialisme réel", cette option de "prise du pouvoir" semble dater d'un autre âge, personne dans la gauche latino-américaine ne parle plus de la question du "pouvoir". Y compris un courant révolutionnaire radical, celui des zapatistes, théorise la non prise du pouvoir... M. L. C. : Tel bien est le problème actuel. La disparition du camp socialiste a eu comme résultat pour la gauche l'abandon, parfois consciemment et parfois pour des raisons politiques, tactiques ou pragmatiques, de la perspective de la prise du pouvoir. Nous pensons que la seule véritable alternative au néolibéralisme est le développement d'une société socialiste Actuellement, on entend beaucoup parler d'alternatives au néolibéralisme, y compris dans des secteurs dits de gauche. Or les propositions avancées ne sont que de légers correctifs du modèle néolibéral en vigueur, des manières de le viabiliser et d'en éliminer les aspects les plus irritants, mais elles ne visent pas à changer le modèle. • Un conflit stratégique pour le pouvoir n'implique pas seulement un rapport de forces sur le terrain militaire ou la capaci-

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té de construire des "parcelles" de pouvoir, cela exige aussi un rapport de forces sur les plans social et politique. Car il s'agit de s'affronter à l'Etat dans son ensemble, à ses rapports sociaux, à ses institutions. En Colombie, il a toujours existé un déphasage entre la lutte armée dans les campagnes et les luttes des secteurs urbains. Les FARC sont-elles conscientes de ce problème, agissent-elles sur ce tissu social et politique ? M. L. C. : Je voudrais préciser clairement que les FARC ne sont pas une armée : les FARC sont une organisation politico-militaire dont l'objectif est la prise du pouvoir. Nous ne sommes pas des propagandistes de la lutte armée mais, en Colombie, la lutte armée est la seule manière d'arriver au pouvoir. Ici, l'opposition et la résistance se basent fondamentalement sur la gué-

En même temps, nous sommes tout à fait conscients que le problème n'est pas simplement militaire ; c'est pour cela que nous travaillons avec les gens dans leurs organisations de masses (syndicats, mouvements de quartiers, paysans en lutte pour la terre) et aux différents niveaux de la confrontation politique et sociale. La lutte militaire n'est qu'une composante de la stratégie révolutionnaire... • Non seulement les FARC rejettent toute éventualité de participation aux élections, mais vous qualifiez les élections de « foire aux filous et aux corrompus ». M. L. C. : C'est vrai. Dans le cas colombien, nous affirmons que les élections n'ont rien de commun avec la démocratie. Il s'agit d'une foire d'empoigne où les postes se vendent et s'achètent grâce aux flots d'argent investis par le narcotrafic dans le financement des partis et des campagnes politiques. Il est absolument impossible que des secteurs démocratiques, progressistes et révolutionnaires puissent se battre à égalité avec les partis traditionnels du système.

Dans le cadre du processus électoral, qui a débuté en octobre 1997 par les élections départementales et municipales et qui culminera en mai, ou en juin s'il y a un second tour de l'élection présidentielle, pour la première fois de notre histoire, nous appelons au boycott électoral et nous nous opposons aux élections car nous pensons que nous sommes arrivés à un point de rupture et qu'il n'existe pas d'espaces démocratiques pour la politique électorale. Selon nous, actuellement, les élections ne peuvent légitimer aucun type de gouvernement dans ce pays. • Mais le Parti communiste, lui, participe aux élections... M. L. C. : Oui, des secteurs du Parti communiste y participent. Ils font une autre analyse et considèrent qu'il existe réellement des espaces démocratiques et électoraux. Mais, dans la pratique, on voit chaque jour que ce n'est pas le cas. Lors des élections parlementaires du 8 mars, es listes de gauche sont restées totalement à l'écart et n'ont pas eu suffisamment de voix pour obtenir ne serait-ce qu'un seul député. Voilà le résultat de la corruption et du pouvoir de l'argent des dirigeants du pays et des narcotrafiquants, dans un cadre où les garanties démocratiques sont totalement absentes. Ainsi, pour l'élection présidentielle, il n'existe pas d'options populaires, démocratiques ou progressistes : toutes les candidatures reflètent les intérêts des classes dominantes, des partis qui exercent le pouvoir politique. • Alors comment expliques-tu le développement des Mouvements civiques citoyens, qui ont souvent obtenu des scores corrects au niveau régional ? Ou par exemple, le phénomène de Navarro Wolf, qui vient de rallier de nombreuses voix alors que le M-19 ou l'Alliance démocratique n'ont pratiquement plus d'expression politique aujourd'hui. M. L. C. : Cela est dû à différents facteurs. En premier lieu, le mode d'organisation des mouvements régionaux leur permet d'échapper à la logique de la guerre sale ; ils se construisent à partir des revendications concrètes des communautés, ce qui leur ouvre la voie de l'expression politique. En second lieu, le phénomène de Navarro Wolf ne doit pas être compris comme une réussite du M-19 ou de la gauche : il a mené sa campagne en prenant ses distances avec le M-19 et en affirmant haut et fort qu'il n'était pas opposé au système. Espérance, Paix et Liberté, mouvement issu de l'ancienne Armée populaire de libération (EPL), a également connu un succès électoral dans la zone des plantations bananières, mais il jouit de la bénédiction et de l'appui des groupes paramilitaires de Carlos Castaño et ce résultat ne peut donc pas être considéré comme un succès de la gauche. C'est une tromperie développée par la presse car ces secteurs ne représentent pas les mouvements populaires. • Depuis l'étranger, la perception que l'on peut avoir de la situation colombienne, généralement à travers les médias, est qu'il y a une guerre entre la guérilla, l'armée et les paramilitaires. Et que ce sont surtout les paysans qui en payent le prix. Les bilans sont réellement dramatiques : des milliers de morts et presque un million de déplacés ou "réfugiés internes", chiffre impressionnant. En un mot, les victimes de la violence n'appartiendraient à aucun des secteurs armés. D'autres observateurs préfèrent parler d'un affrontement pour se disputer la base sociale paysanne entre la guérilla et les narcotrafiquants, en particulier dans les régions où prédomine la culture de la coca. Comment répondez-vous à ces questions ? M. L. C. : Au million de déplacés de l'intérieur, il faut ajouter des milliers d'exilés. En ce qui concerne les acteurs du conflit, l'un d'entre eux est superflu : les paramilitaires ne font qu'un avec l'armée. Deux forces sont en présence : d'un côté le gouvernement, les pouvoirs

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politiques corrompus, l'armée et l'impérialisme qui les soutient ; de l'autre, ceux qui luttent pour la démocratie, la souveraineté, pour une patrie juste et digne. Il n'y a pas de conflit pour les bases sociales, c'est très réducteur de voir les choses ainsi. Nous sommes confrontés à une stratégie développée par les États-Unis, qui a déjà été vaincue ailleurs, visant à sortir le poisson de l'eau. On ne nous dispute pas nos bases sociales, le but est d'en finir avec elles... C'est pour cela que dans la zone d'Uraba il y a eu tant de massacres et de déplacements forcés. Ils sévissent maintenant dans d'autres régions comme Putumayo. Et ils prétendent tout étouffer sous couvert de liens supposés entre la guérilla et le narcotrafic. Dans la région d'Uraba, par exemple, il n'y a pas de culture de coca, les gens travaillent majoritairement comme journaliers agricoles dans les grandes bananeraies. Je veux que cela soit clairement dit : les FARC ne sont pas uniquement implantées dans des régions de plantation de la coca, les FARC ont une implantation nationale et dans tous les secteurs sociaux. • Cela signifie-t-il qu'on assiste à une modification sociale de la composition des organisations de guérilla, que le poids urbain et des secteurs jeunes et syndicaux est plus important? M. L. C. : Il n'y a pas davantage de poids urbain, mais les FARC ne sont plus le groupe de paysans né en 1964. Si les paysans continuent à y jouer un grand rôle, on assiste à l'intégration toujours plus importante de secteurs en provenance des universités et des quartiers populaires, d'employés, de femmes au foyer, etc. Ce n'est donc pas une "armée paysanne" ni par sa composition, ni par ses propositions, qui sont des propositions pour tous les Colombiens. • Il y a quelques années, les organisations de guérilla développaient une stratégie politico-militaire plus articulée, qui s'exprimait par exemple dans le développement ou le soutien de fronts de masses. Ainsi les FARC entretenaient d'étroites relations avec le Parti communiste et son front élargi, l'Union patriotique. L'ELN, elle, était liée à "A Luchar". La répression contre les militants exposés à la "légalité" a eu un prix très élevé. Aujourd'hui les organisations insurrectionnelles semblent avoir suspendu cette expérience. Est-ce un simple revirement tactique ou croyez-vous que la confrontation militaire doit prédominer ?

M. L. C. : Non. L'Union patriotique fut proposée par les FARC dans le cadre du dialogue ouvert en 1984 ; cette proposition politique avait réussi à obtenir un appui très important au sein de la population colombienne. Mais cette démarche a été noyée dans le sang. Le bilan en est tragique : plus de 4000 compatriotes ont été assassinés par le terrorisme d'État. Cependant, ce résultat dramatique et le manque d'espaces démocratiques ne peuvent empêcher les gens de s'organiser et de lutter pour leurs revendications spéci-

C'est pour cela que nous avons proposé la création d'un mouvement politique clandestin, nommé Mouvement bolivarien pour la Nouvelle Colombie, distinct des FARC : c'est une organisation de masses qui, tirant le bilan des expériences passées, est pour l'instant clandestine pour protéger ses membres de la répression. Tant que le mouvement est en train de se constituer, les FARC en exercent la direction, mais elles ne se dissolvent pas en son sein, et ce sera ensuite le Mouvement bolivarien pour la Nouvelle Colombie lui-même qui choisira ses structures de direction nationales et intermédiaires. • Il y a quelques mois, une proposition de paix présentée par le candidat à la président Juan Manuel Santos et l'écrivain Gabriel Garcia Marquez a été diffusée internationalement. Selon ce dernier, il s'agit de faire cesser la guerre ou, comme il l'a dit, de « répartir la défaite ». Deux personnes étaient discrètement présentes au second plan : l'Espagnol Felipe Gonzalez et le Canadien Adam Kahane, qui a participé à l'élaboration de la "transition pacifique" en Afrique du Sud. Dans un premier temps, les FARC semblaient favorables à cette initiative, même si elles posaient comme condition la démission du président Samper. Au début de notre entretien, tu disais que vous ne prévoyiez pas de négocier et n'envisagiez pas d'accords de paix. Mais, en Amérique latine, au Salvador et au Guatemala, il y a deux expériences récentes de mouvements révolutionnaires qui, après des décennies de guerre civile, ont finalement signé un pacte politique mettant fin à l'affrontement militaire et sont entrés dans la lutte civile. Est-il hasardeux d'établir une analogie ? Écartez-vous définitivement toute possibilité de ce type ? M. L. C. : En premier lieu, je tiens à dire clairement que nous n'avons marqué ni appui ni intérêt pour cette proposition en particulier. Avant qu'elle soit connue, nous avions rendue publique notre initiative de quitter cinq municipalités afin de faciliter la vie de la population touchée par la guerre. Nous, nous ne parlons pas d'une négociation mais d'un dialogue, ce que nous avons redit le 15 juin en rendant 60 prisonniers de guerre en notre pouvoir. Je t'assure donc qu'il n'y a eu aucune prise de position spéciale vis-à-vis de l'initiative de Santos, de Garcia Marquez ou d'autres personnages. En fait, nous démontrons, par la pratique, nos intentions de conquérir la paix. Mais, j'insiste, cela n'a pas de relation de cause à effet avec l'élaboration de nos plans militaires. Tant qu'une solution politique viable n'apparaîtra pas, nos plans militaires continueront à viser la prise du pouvoir. • Ces plans militaires impliquent-ils ce que d'aucuns appellent « la recherche de l'équilibre stratégique » ? M. L. C. : Non, cela a été le cas mais cela ne l'est plus. Les plans militaires prévoient la défaite du système. La défaite sur tous les terrains tant militaires que politiques ou sociaux... • En termes de propositions politiques, les FARC proposent-elles toujours de convoquer une Assemblée constituante ? M. L. C. : Dans le cadre de solutions politiques globales, une Assemblée constituante représente une conclusion logique

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pour commencer un débat sur le pays que nous voulons, ce qui implique d'indispensables changements de la Constitution. • En Colombie, la situation de guerre quotidienne est dramatique avec des milliers de morts, des disparus, des prisonniers politiques, des exilés et presque un million de réfugiés internes. Les assassinats de paysans, de syndicalistes et de militants de gauche sont quotidiens. On assiste à une violation systématique et planifiée des droits de l'homme les plus élémentaires, or il n'existe pas de campagnes de solidarité au niveau international telles celles d'appui au Chiapas et aux zapatistes qui ont un grand impact en Europe. A quoi attribuez-vous cela ? La campagne médiatique orchestrée depuis les Etats-Unis sur les prétendus liens des FARC avec le narcotrafic ou les accusations disant que la guérilla est également responsable de massacres de civils en sont-elles les seules explications ? M. L. C. : Il faut prendre en compte différents aspects. D'abord, il y a eu une campagne d'occultation de la réalité colombienne, les médias ont tendu un rideau de fumée baptisé narcotrafic. Dans les médias, jusqu'en 1990-1993, tout ce qui se passait en Colombie se résumait au narcotrafic. On cachait la lutte du peuple, tant au niveau militaire qu'au niveau politique ou social. Mais les grands médias et les Etats-Unis ont également utilisé très habilement la reddition de certains secteurs de la Coordination guérillera Simon Bolívar, essentiellement le M-19, qui disposait d'un vaste appareil de propagande, en réalité peu en rapport avec ce que cette organisation représentait réellement. L'idée avancée alors était que la lutte armée était terminée et que nous vivions en démocratie. Ce à quoi il faut ajouter la campagne de diffamation contre les FARC, visant à nous lier au narcotrafic.

Tout ceci a eu lieu dans le cadre de l'offensive idéologique de la droite, qui propose le conformisme, s'oppose au socialisme et en particulier à toute lutte visant à remettre en question le système établi. Dans une telle situation, une partie importante du travail de notre Commission internationale est de présenter la réalité colombienne, nos propositions et d'expliquer pourquoi les FARC luttent. De toutes manières, avec l'ampleur prise par la guerre, la situation colombienne commence à être vue d'une manière différente. • Les FARC, aux côtés d'autres organisations de gauche, font partie du Forum de Sao Paulo. La majorité des partis membres du Forum ont des sénateurs, des députés, des maires, ce sont des partis avec une présence politique, sociale et institutionnelle très importante. Cela se traduit-il en termes de solidarité avec la lutte du peuple colombien et avec ses organisations ? M. L. C. : Nous échangeons des idées avec les camarades des autres organisations colombiennes qui appartiennent également au Forum et nous avons décidé en commun de lancer un appel urgent à la solidarité, ne serait-ce qu'en termes de dénonciation des violations des droits de l'homme. Nous aimerions y compris qu'il y ait des prises de position en faveur d'une solution politique du conflit. • Aujourd'hui au sein du Forum de Sao Paulo, prédominent les partis « à vocation de gouvernement » tel le Frente Amplio d'Uruguay, le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) salvadorien, le Parti des travailleurs (PT) du Brésil ou les « partis à succès » selon Ricardo Pascoe, dirigeant du Parti de la révolution démocratique (PRD) mexicain. Les organisations de guérilla font de plus en plus figure de mouvements archaïque dans cette structure. Comment analysez-vous l'évolution du Forum de Sao Paulo ? M. L. C. : Nous avons décidé de participé au Forum, lors qu'il a été créé en tant que rassemblement de partis de gauche, essayant de réfléchir aux problèmes du continent. Nous ne sommes pas des propagandistes de la lutte armée, nous pensons que les voies et les stratégies pour des solutions nationales doivent être définies par les organisations propres à chaque pays et c'est pour cela que nous trouvons importants les divers points de vue des camarades du Forum. Nous savons que nous avons des divergences mais nous respectons toutes les opinions, y compris les critiques de notre stratégie de lutte armée, mais nous soulignons qu'en Colombie il n'y a pas d'autre solution. Nous pourrions aussi faire de nombreuses critiques aux dits « partis à succès » de Ricardo Pascoe, parce qu'ils ont souvent oublié du jour au lendemain que les revendications et les objectifs fondamentaux définis dans des périodes antérieures étaient des objectifs essentiels pour nos peuples.

Mais le Forum n'est pas le lieu où avoir ce type de débats. Nous ne désirons pas que le

Forum se prononce en faveur de la lutte armée mais nous ne permettrons pas non plus que le Forum privilégie uniquement la lutte électorale institutionnelle. De toutes manières, nous croyons que le Forum doit aider à mettre en commun les analyses sur l'Amérique latine et à prendre des initiatives pour affronter le néolibéralisme.

• Lors de la récente réunion du Groupe de travail du Forum de Sao Paulo, les organisations colombiennes (Présents pour le socialisme, Parti communiste et FARC) ont présenté un document. Peux-tu nous en présenter les grandes lignes ?

M. L. C. : Nous avons présenté ce document afin que les camarades du Forum ait une idée plus précise de la situation colombienne, de l'absence d'espaces démocratiques, de la répression de l'État et également des importantes luttes du peuple colombien, telles celles des syndicats, des mouvements civiques, des étudiants. Nous y demandions aussi que les membres du Forum utilisent tous les moyens à leur disposition pour mettre sur pied une solidarité plus active.

Propos recueillis le 21 mars 1998 par Ernesto Herrera

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