Inprecor 1974–2004

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UNION EUROPÉENNE

L'euro est là... et maintenant ?

· Inprecor n° 425, juin 1998 · p. 17-22 · 4 056 mots

Europe Allemagne France

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EURO

par François Vercammen L' Union européenne (VE) vient de décider, à son sommet de Bruxelles des 23 mai 1998, une des plus importantes réformes monétaires de ce siècle. Dans sa forme concrète, l'union monétaire entre de grands pays capitalistes n'a pas de précédent. Cette Union monétaire (UM), qui fera désormais partie de la Constitution de l'UE (les traités de Rome, Maastricht, Amsterdam, Bruxelles), entrera en vigueur au 1er janvier 1999. Elle affectera directement le fonctionnement des économies. Les citoyens et citoyennes n'auront l'euro en mains (billets et pièces) qu'à partir du jer janvier 2002. L'opération peut-elle réussir ? Et si oui, sous quelles conditions? A part les propagandistes zélés de l'UE, les commentateurs avertis de tout bord soulignent les difficultés et les incertitudes du projet que certains appellent une « véritable aventure ». Du lancement à sa stabilisation, il y aura du chemin, et il sera ardu, à tout point de vue.

Risquée ou pas, l'UM est une importante victoire du grand capital européen. Elle ouvre la voie à un recul dramatique

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URI des conditions d'existence des masses populaires et à une régression historique de la démocratie politique. Cela ne se fera pas sans contradictions, ni sans batailles. Il importe que le mouvement ouvrier et social prenne clairement conscience des changements qui se préparent, pour repenser stratégie et programme. Une grande victoire de la bourgeoisie

Ce saut dans l'inconnu, réussi dans l'immédiat, a créé parmi les "décideurs" une ambiance mélangée de perplexité et d'arrogance, d'euphorie et d'anxiété. Il n'y a que les cercles bruxellois qui affectent l'air blasé des gens qui « l'avaient toujours dit »... Pourtant, il y a quelques mois encore, on ne donnait pas cher pour le respect de la date de lancement officiel de l'euro (le fameux dilemne entre respecter des critères de convergence ou respecter la date butoir). Il est certain que le sommet du Bruxelles s'est tenu dans « des conditions inespérées pour la mise en place » de l'UM (1).

Chance ou pas, le résultat est là. La volonté du grand capital a prévalu. L'UM

L'euro est là...

et maintenant ?

est lancée.

Elle va tout de suite bouleverser le cadre institutionnel de l'UE. Et introduire, en cascade, une série de transformations qui vont apparaître, au fur et à mesure, et à des rythmes différents.

Dans l'immédiat, l'euro, en supprimant les monnaies nationales dans "l'Euroland" (les 11 membres de l'UM), réduira nettement le coût des transactions monétaires, ainsi que les incertitudes qui y étaient liées (favorisant un euro fort et des taux d'intérêt bas) ; il créera la transparence des prix, favorisant les échanges des services et des marchandises, donc la consommation. La Commission, qui est très douée en prévisions alléchantes, a calculé que cela ferait un gain "mécanique" de 0,5% du PIB des pays participants.

Le marché unifié des obligations d'État (c'est-à-dire la dette publique globale des pays membres de l'UE), désormais libellées en euros, représentera 2 trillions de dollars (2) ; il pourrait attirer « instantanément une masse de 500 milliards à 1 trillion de dollars », qui se transformeraient en euros (3) (avec tout son impact sur la valeur boursière de l'euro). La bourse des actions, de son côté, pourra quadrupler, et monter jusqu'à 800 milliards de dollars. De surcroît, ce marché entièrement libéré deviendra beaucoup plus "liquide" (apports accrus et circulation plus rapide des capitaux). L'avantage sera exclusivement pour les grandes entreprises, creusant encore l'écart entre celles qui s'approvisionnent en capital à la bourse, et les entreprises moyennes et petites obligées à s'endetter auprès des banques. Cela pousserait au développement du "modèle 1. Véronique Riches (économiste, Société générale, Paris), Le Monde de l'économie, 14 avril 1998 2. 1 dollar = 1,8 DEM = 5,9 FF = 36,2 BEF = 1,98 NLG = 1,2 ECU (qui annonce la valeur de l'euro). 3. Étude de F. Bergsten, cité dans A Survey of EMU, 11 avril 1998.

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anglo-saxon" de la grande entreprise. Et aiderait puissamment à la formation de ce que certains appellent une « super-ligue » européenne d'environ 300 multinationales (4). On mesurera l'effet qu'aura cette course accélérée à la productivité et la compétitivité avec ses conséquences sociales. Le mouvement des "méga-fusions" transfrontalières (avec comme centre de gravité actuel, le secteur des banques et des assurances) s'amplifiera encore.

L'aspect politique à signaler, c'est que ce mouvement de concentration qui traverse l'UE provoque un nouvel affaiblissement de l'emprise des États nationaux sur certains secteurs économiques ou entreprises qui constituent leur base matérielle "naturelle" (finances, énergie, communication, industrie militaire). Les effets sur des conditions de travail risquent d'être dévastateurs. Pour résumer : « Des chocs économiques successifs vont bouleverser les fondements de l'Europe.... Dans les cinq ans à venir, un TRO travailleur sur cing va changer d'emploi. » S'il en trouve un ! La perspective étant : « A leaner corporate Europe », qu'on pourrait traduire par une Europe faite d'entreprises allégées, avec un maximum de flexibilité (5).

Dans la compétition mondiale, l'UE s'affirmera comme une "nouvelle" superpuissance. Constituant la plus grande zone économique du monde, à même de rivaliser avec les États-Unis, elle suit ceux-ci à la trace. Elle les rejoint ou les dépasse pour ce qui concerne le produit intérieur brut, le commerce extérieur, le marché intérieur... L'euro pourrait damer le pion, à terme (10 ans?), au dollar comme monnaie de référence dominante dans le monde. Si la tendance générale ne souffre pas de doute, l'ampleur quantitatif et les rythmes sont l'objet d'une vaste discussion (6). 4. Lionel Barber, The Birth of the Euro, dans Financial Times Survey, 30 avril 1998. 5. The Euro, Special Report, Business Week, 27 avril 1998. 6. cf. Peter Praet, economiste en chef de la Générale de banque, Bruxelles, Tendances, 23 avril 1998. Entre parenthèse, la force économique de l'UE combinée à son degré d'indépendance vis-à-vis du marché mondial (les exportations des pays de l'UE comptent pour 11% dans la formation du PIB-UE) fournit un argument puissant pour plaider la cause d'une politique alternative rompant avec le néolibéralisme...

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Une percée de l'État supranational

Le deuxième élément de victoire, c'est la véritable percée vers un appareil d'État supranational. Cela nous amène à revenir sur un jugement traditionnel du marxisme révolutionnaire avancé tout au long de ce siècle, selon lequel les (grands) pays impérialistes seraient incapables de constituer un État supranational tant par des méthodes pacifiques (cf. toutes les tentatives dans ce sens depuis la première guerre mondiale), que par la guerre (la tentative du capital allemand sous Hitler)

La configuration institutionnelle autour de l'euro constitue un noyau qui résulte d'un transfert de souveraineté nationale. Et s'agissant de la monnaie, elle est propulsée par une dynamique intrinsèque qui tend à créer les conditions d'efficacité qui manquent ou qui sont insuffisantes. Tout le pouvoir exécutif de l'UE (la Banque centrale européenne [BCE) et la Commission, le Conseil des ministres, dont bien sûr l'Ecofin) sera revigoré : "obligé" de diriger et de s'élever.

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Les classes dominantes y gagneront un poste de commandement centralisé et autoritaire, loin du regard et de la pression de l'opinion publique et des classes subalternes. C'est une avancée considérable pour elles, qui sanctionne une politique mise en œuvre depuis plus de 10 ans : empêcher que ne se transfèrent, sur le plan des institutions européennes, les conquêtes sociales et démocratiques que le mouvement ouvrier européen avait imposées par plus de cent ans de luttes. Le mouvement inverse s'en trouvera aggravé : l'appareil d'État despotique façonnera les institutions politiques et sociales des pays membres, en vidant de son contenu la démocratie parlementaire et le système de lois sociales garanties par la force et le contrôle du mouvement ouvrier.

Por el empleo

By la solidaridad HORAS

1º MAYO 1998 L'Union monétaire fonctionnera....?

La mise en œuvre de l'euro posera dès le départ la question pratique des taux d'intérêt de l'UM. C'est la BCE qui en décide souverainement, dans le cadre de sa tâche principale, la stabilité de la monnaie. La politique des taux d'intérêt influe directement sur la gestion des dettes publiques nationales. Or, cette dette est très différente selon les pays, quant à son ampleur, sa composition et son environnement (court et long terme, taux d'épargne intérieur...). Du coup, les États nationaux, qui, comme tels, continueront à émettre des obligations d'Etat, le feront à des taux différents en fonction de leur crédibilité internationale ("rating"). Cela peut coûter cher à certains pays membres. Comment réagiront-ils face à la politique de la BCE ? Il y a là un premier test avec des implications sur le plan national. Avec des retombées sociales : le niveau et la politique du loyer de l'argent (prêts) touchent toutes les couches de la population, et ils correspondent à une longue histoire sociale.

Ceci n'est qu'un élément.

Il renvoie à une (deuxième) problématique beaucoup plus vaste, à savoir la faisabilité même de cette UM, dans les conditions actuelles et telle qu'elle a été conçue.

Les critères de convergence, alibi pour imposer l'austérité aux travailleurs, ont été utiles en partie, mais insuffisants (partiellement contre-productifs) pour créer une « zone monétaire optimale ». Cette théorie, très pratique, fut élaborée par Robert Mundell au début des années soixante (7). Elle soulève le problème d'un État qui abandonne la souveraineté sur sa monnaie (au sein d'une zone monétaire) et qui est affecté différemment que les autres pays de la zone par un "choc" (de l'intérieur ou de l'extérieur). Cet État doit pouvoir s'adapter plus radicalement. La "flexibilité" monétaire lui étant enlevée (dévaluation, inflation,...), il lui reste en théorie : la mobilité de la main-d'œuvre ; la flexibilité des prix et des salaires ; un transfert ("aide") de ressources venant des autres pays de la zone.

Pour ce qui concerne l'UE, c'est dès 1985 que le "choc asymétrique" a fait son entrée dans ses préoccupations. Cette année fut publiée une étude qui partait de l'hypothèse d'un nouveau mai 68, son "prix" à payer et son impact sur une union monétaire (8). Récemment, on a pu voir en Europe les effets de deux de ces "chocs asymétriques" : la réunification allemande (avec l'union monétaire RFA7. Pour un résumé, cf. A.-M. Schoor, La monnaie unique, Que sais-je ?, PUF 1995. 8. Revue économique de l'OCDE, automne 1985, cité par P. Riche et Ch. Wyplosz L'Union Monétaire, Seuil, 1993, pp. 215-218.

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RDA à la clé), et l'effondrement du commerce extérieur de la Finlande avec l'ex-URSS. On pourrait en imaginer d'autres : une crise bancaire quelque part dans le monde qui affecterait différemment le secteur bancaire dans un ou plusieurs pays de l'UM ; une hausse spectaculaire de l'euro, monnaie forte, et son impact négatif sur les capacités exportatrices de certains pays membres ou de certains secteurs économiques de l'UE ; une explosion sociale dans un pays de l'UE et un gouvernement "obligé" de briser les règles du pacte de stabilité ; une nouvelle guerre aux portes de l'UE (ex-Yougoslavie, par exemple). Et puis, il y a le cycle "naturel" de l'économie capitaliste, avec le retour d'un reflux, voire d'une récession interna-

De tels chocs se font sentir sur les rouages de la sociétés. Traditionnellement, l'État national est là pour les amortir. Dans l'UM/UE cela est quasiment exclu, tant les marges sont institutionnellement limités. Certes, un État peut en toute légalité invoquer la clause d'exemption du Traité, mais cela reste une rupture de l'UM... ....mais contre le monde du travail

Ce n'est pas dire que l'UE n'a pas de réponse. Mais telle quelle, il s'agit d'une réponse politique "aveugle"

Les variations de change sont éliminées (monnaie unique). Le budget des États nationaux est corseté (les critères de Maastricht, plus le pacte de stabilité). La BCE détermine souverainement (en accord avec les marchés financiers!) les taux d'intérêt. Par ailleurs, il lui est interdit de venir en aide à un des gouvernements par la planche à billets (euros). Le budget de l'UE, plafonné à 1,27% du PIB-UE, est dérisoire et le restera (certains avancent qu'il faudrait le sextupler pour le cas où...).

Quant à la politique fiscale qui pourrait générer des moyens financiers supplémentaires, son autonomie est limitée sur le plan national, et inexistante sur le plan européen. La proposition minimaliste du commissaire européen Monti, qui rejette l'idée d'un système fiscal européen mais propose un minimum retenu à la source de 20% sur les plus-values en capital-argent, vient de se heurter à une "déclaration de guerre" des marchés financiers.

PRECARIS T

Daine Stimme für Le dumping fiscal, de par la féroce concurrence entre États nationaux qui veulent garder ou attirer les capitaux, se poursuivra donc.

Tout le poids de "l'adaptation" se portera donc sur les salariés. Comme leur mobilité transfrontalière est très réduite, en Europe, à cause de la tradition, de la langue, de la base nationale de la sécurité sociale (à l'opposé des États-Unis par exemple, où les travailleurs se déplacent voire déménagent sur une large échelle, des zones sinistrés vers des zones en expansion), l'UM exige impérativement, et dès à présent, ce qui est appelé dans le langage technocratique « une réforme radicale du marché du travail » : une flexibilisation généralisée de la main-d'œuvre (salaires, horaires, statuts, processus du travail), une réduction radicale du "coût du travail" et un démantèlement important de la sécurité sociale.

ind soziale Gerechtigkeit!

L'harmonisation des pays de l'UE se fera là, et ce sera une harmonisation vers le bas! L'Europe politique inévitable... et inévitablement autoritaire!

Au total, il paraît inimaginable que, dans le monde d'aujourd'hui, une monnaie telle que l'euro puisse être géré par le simple "pilotage automatique" que semblent dicter les traités de l'UE (9).

En réalité, il faudrait à l'UE un vra gouvernement tout aussi supranational que l'est l'euro. Le Conseil européen reste une instance inter-étatique, qui fait face à 9. Voir à ce propos l'intéressante comparaison institutionnelle qu'a faite Patrick de Jacquelot entre l'autre union monétaire (en miniature), belgo-luxembourgeoise, et l'UM : Le grandoncle de l'euro: 75 ans de monnaie unique, dans Les Échos, 9 novembre 1996.

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ARBEITSLOS ARBEITSLOS heute ich, morgen Du!

ARBEITSLOS ARBEITSLOS BiL ARBEIT® ping une BCE, structure étatique supranationale. C'est le talon d'Achille de l'UE, qui mine les avancées en cours. La difficulté est congénitale, insurmontable actuellement, en l'absence d'un capital multinational européanisé, c'est-à-dire détaché de ses bases nationales et susceptible d'en imposer aux gouvernements nationaux. Cette situation existe aujourd'hui au Luxembourg et en Belgique, mais pas ailleurs

De ce fait, l'UE se trouve dans l'incapacité de définir rationnellement, a priori et avec cohérence, un projet d'appareil d'Etat à partir de ses moyens et de ses exigences actuels.

La logique institutionnelle (supranationale) à l'œuvre est donc bâtarde sur le plan de l'efficacité et perverse sur le plan de la démocratie.

On bricole en secret, sous le coup des crises, des événements, des pressions, etc., par des méthodes en dehors de toute démocratie. Et cela pour des raisons de fond : dès lors que l'Union monétaire se mettra en place avec tous les risques, la centralisation politique-institutionnelle devra se renforcer et franchir une nouvelle étape. Les tenants d'une Europe politique auront donc gain de cause. L'UM pousse à « faire de la politique », c'est-àdire garantir une gestion quotidienne plus serrée. Mais devant l'accumulation des difficultés extérieures et les contradictions propres de l'UE, cette "Europe politique" n'ira pas dans le sens de la démocratisation. Au contraire, tout pousse vers le renforcement du pouvoir exécutif, qui s'accaparera plus que jamais des pouvoirs législatifs et constitutionnels

A première vue la situation est la suivante : rigidité totale au niveau des institutions et des normes de l'UM ; impuissance totale au niveau des Etats (gouver-

ARBEITSLOS poten Voche. nements) nationaux.

La réalité est un peu différente, sur les deux tableaux. Le poids des États nationaux reste déterminant, et ils ne sont pas dépourvus de force économique-matérielle ni de moyens de pression politiques (qui décidera contre le gouvernement allemand?) Un exécutif européen plus actif et plus visible

Sur le plan européen, les négociations ont débuté pour définir les règles élémentaires qui puissent assurer le fonctionnement interactif entre les trois segments de l'exécutif : la BCE, le Conseil et la Commission. Le plus délicat, c'est certainement le mécanisme quotidien (régulier et exceptionnel) entre la Banque et le Conseil pour fixer la politique monétaire. La presse financière ne cesse de s'inquiéter du "bricolage bruxellois" en dehors de tout contrôle...

Ce qui est très clair, en revanche, c'est le rôle protagoniste accru de la Commission à partir de l'émergence de l'Union monétaire. Activiste par tradition et par "vocation", elle s'occupe, selon les traités de l'UE, de l'application des Traités et des décisions qui en découlent. Depuis 1985 (Livre blanc sur le marché unique avec ses 185 normes), elle s'est principalement occupée de l'harmonisation du marché unique. Elle est devenue fameuse par ses interventions fréquentes et tatillonnes. Désormais, elle s'occupera certainement, dans le même état d'esprit, de l'euro, du pacte de stabilité, de la politique de l'emplol....

Dans les négociations pour articuler le système étatique de l'UE, la Commission (qui propose) s'est heurtée au Conseil des Ministres (qui dispose). Sa proposition consistait à s'arroger des nouveaux pouvoirs supranationaux : imposer "légalement" à un État membre de prendre dans un délai de 2 jours les décisions indispensables afin de garantir « la libre circulation des marchandises ». On pense au commissaire Neil Kinnock (10) qui avait « incité » le gouvernement français à garantir la libre circulation des marchandises, c'est-àdire casser les piquets de grève des routiers français.

Le Sommet de Luxembourg (novembre 1997) fournit un autre exemple. Il avait mis en application un principe qui existait déjà sur le papier : la coordination des politiques économiques (au niveau des ministres de l'UE), les critères d'une telle politique, et le mécanisme de vérification. Désormais, les gouvernements de l'UE sont obligés de déposer des « plans pour l'emploi » devant une réunion (annuelle) du Conseil européen (en l'occurrence des ministres du travail, éventuellement de l'économie). Là encore, la Commission s'est permise de réprimander les gouvernements français et italiens à cause de leur position en faveur des 35 heures. Même s'il ne s'agit pas, pour le moment, d'une décision exécutoire par un gouvernement national

On voit bien où va la dynamique politique-institutionnelle.

L'union monétaire pousse immanquablement à l'émergence d'un pouvoir politique européen (supranational et intergouvernemental), par la conjugaison de mécanismes supranationaux et intergouvernementaux, toujours sous l'égide des (grands) États nationaux (cf. les sommets franco-allemand et anglo-allemand), avec la Commission à l'initiative.

Ce ne sera pas seulement un pouvoir plus fort. Mais aussi plus visible, car en interaction plus fréquente et plus tangible avec la société.

Les « désordres sociaux » (grèves, occupations, solidarités transfrontalières, revendications "antiéconomiques"), « menaçant la stabilité de l'euro » justifieront amplement les prises de position, les campagnes médiatiques et les interventions "légales" de la Commission, du Conseil et de la Banque...

On va, sur le plan du pouvoir politique européen, vers une situation tout à fait nouvelle, y compris sur le plan de la perception qu'en auront les populations et le 10. Socialiste, ex-président du Labour Party britannique.

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Internationale sera accueilli par le Parti socialiste des travailleurs (SAP) du Danemark. II aura pour thème principal « Exigeons la liberté ». Dans le Nord, où nos droits démocratiques sont bafoués par le pouvoir économique. Et dans le Sud, où l'exploitation monde du travail.

Le mouvement ouvrier et social devra dûment tenir compte des deux volets de cette nouvelle situation : une puissante offensive contre le travail et un appareil d'État européen en évolution, incarnant cette offensive, mais dont le degré de légitimité est très faible, au départ.

Et pourtant du point de vue des classes dominantes, il y a urgence : leur histoire leur mord la nuque ! Le combat qui vient

Rétrospectivement, on s'aperçoit combien le Sommet de Luxembourg (novembre 1997) a été le résultat d'une prise de conscience dans les "hautes sphères" de l'UE qu'il fallait réagir vite, face à la « première montée sociale » qui avait marqué le sommet d'Amsterdam

(solidarité avec les Renault-Vilvorde, l'euro-manifestation des 50 000 à Amsterdam, les Euromarches) (11). Et, URO ensuite, comment la réussite possible de l'euro (au sommet de Bruxelles) avec toutes ses implications pratiques et largement imprévisibles, a pu dramatiser la nécessité d'une fermeté sans fard, tout au long de la période de stabilisation de l'euro, pour dominer l'explosivité sociale.

Beaucoup de choses vont dépendre de comment ce pouvoir politique européen pourra se cristalliser. Et quand il apparaîtra éventuellement aux yeux des peuples comme critiquable sans doute, mais aussi irremplaçable et incontournable. Il faudra être attentif et, à temps, en tirer les conclusions sur le plan du programme et de la tactique. Si cette tendance l'emporte, il est évident que la question du débouché politique des luttes resurgira sous une forme nouvelle, et, plus largement, sera posée la question de la rencontre spontanée entre les revendications immédiates et leur prolongement institutionnel, national et européen.

Plus cette construction s'affirmera dans cette "nouvelle" étape de l'UM, plus l'élaboration d'une alternative exigera une orientation "en positif" , face à la question sociale (avant tout le chômage) et à celle de la démocratie, en l'occurrence la possi11. cf. Inprecor n° 419, décembre 1997. 12. Michel Husson Les ambivalences de la conjoncture mondiale, Inprecor, n° 423, avril 1998.

bilité effective de battre en brèche le processus et les modalités de l'UE. Ce sera l'enjeu de batailles politiques et sociales. Le paysage politique change

Deux éléments peuvent être signalés. Fin 1998, les trois grands de l'UE (RFA, France, Grande-Bretagne) auront probablement un premier ministre social-démocrate (et, en Italie, un gouvernement dominé par le PDS). Ce sont eux, avec une Commission où siège une majorité de commissaires sociaux-démocrates, qui seront en charge de mettre en place l'union monétaire. Garderont-ils le cap sur la politique néolibérale ? Quel sera l'impact, notamment sur le mouvement syndical, la Confédération européenne des syndicats (CES) et ses organisations nationales?

Ce n'est pas tout. En même temps, les grands partis bourgeois se débattent dans une crise sans précédent depuis 1945, en Italie (effondrement de la Démocratie chrétienne et les tentatives de Berlusconi), en France (les soubresauts du RPR et de l'UDF), en Grande-Bretagne (affaiblissement du Parti conservateur) et, bientôt (?), dans une moindre mesure, en Allemagne (que se passera-t-il au sein des CDU-CSU en cas d'échec électoral de Kohl ?). En général, ils se trouvent sous la pression de l'extrême droite qui progresse nettement, en voix ou impact politique. Comment l'establishment politique abordera-t-il les Cette année le camp international de jeunes des organisations de jeunesse de la IV° économique va trop souvent de pair avec les régimes autoritaires. Une semaine de repos, de débats, de rencontres, alors n'hésitez pas, allez-y ! Pour tous les renseignements, contactez Inprecor ou :

- le SAP (Box 547, Nørre Allé 11A, DK-2200, København N, Fax +45-3 537 32 17, E-mail <[email protected]>) ; - les JCR-RED (2 rue Richard Lenoir, F-93100 Montreuil, tel : +33/0 1 40 09 80 22 ; Fax : +33/0 1 40 09 10 93):

les JGS-SJW (29 rue Plantin, B-1070 Bruxelles, tel : +32 2 523 40 23 ; Fax : +32 2 522 61 27).

4. INTERNATIONALE/SAP:

INTERNATIONAL

SOCIALISTISK

épreuves qui s'annoncent ? La progression de la gauche radicale, y compris dans les élections, se confirmera-t-elle ?

Une brèche peut-elle s'ouvrir à partir d'un changement du rapport de forces sur le terrain ? Ira-t-elle jusqu'à mettre en crise l'UE telle qu'elle a été conçue et construite jusqu'à présent ?

Sur le plan de la conjoncture économique, l'embellie actuelle ne durera sans doute pas. Lorsque le cycle se retournera, quelle sera l'ampleur du "refroidissement" ? Dans quelle situation sociale et politique cela se passera-t-il ?

Et si c'était vrai que « le plus probable est aujourd'hui le passage progressif à une décélération générale, qui s'étalerait jusqu'en 1999.... et ensuite une crise ouverte de la légitimité néolibérale » (12) ?

Inutile de souligner l'impact (en sens divers d'ailleurs) qu'aura cette évolution sur les mécanismes à l'œuvre dans l'UE, notamment la consolidation de l'euro.

Il faut se préparer à une conjoncture sociale et politique instable, probablement à des ruptures d'équilibre sur le plan politique (voire électoral), à un durcissement du climat social, à l'éclatement de contradictions importantes, qui poussent à la lutte. Au moment où le mouvement ouvrier traditionnel se trouve dans une crise historique et existentielle, totalement en deçà des exigences de cette situation, les chantiers sont ouverts. Jutland, Danemark, 25-31 juillet 1998 XV° camp international de jeunes

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