Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRÈCE

La combativité retrouvée des travailleurs grecs

· Inprecor n° 426, juillet-août 1998 · p. 13-14 · 1 409 mots

Grèce et Turquie Syndicalisme

La combativité retrouvée par

Georges Mitralias

Tandis que l'offensive néolibérale cu gouvernement social-democrate pietine a cause de la réaction de plus en plus déterminée des travailleurs, le parti socialiste (PASOK) est traversé par une crise historique et le paysage syndical et politique grec commence a se transformer à une vitesse qui étonne même les plus optimistes.

Le gouvernement social-démocrate de Kostas

Simitis ne faisait pas mystère de ses intentions bien avant le déclenchement de son offensive printanière contre les travailleurs grecs.

En effet, c'était vers la fin de 1997 que son Ministre finances,

Yannos des

Papantoniou, déclarait au

Financial Times que le gouvernement grec était à la recherche d'une confrontation exemplaire où les travailleurs joueraient le rôle des mineurs anglais et lui- même celui de Mme

Thatcher ! La revendication cynique du précédent historique anglais en disait long sur la détermination de M.

Simitis et de ses ministres d'employer tous les moyens afin de porter un coup durable au mouvement ouvrier et "normaliser" la société grecque.

L'application de l'intégralité du programme néolibéral du ment grec passait donc par la torique des syndicats du secteur public et l'écrasement de toute velléité de résistance de la part des salariés.

des événements

La suite démenti la profession de foi du ministre des Finances. L'otfensive gouvernementale a pris son départ peu après avec l'anteurs de ses travailleurs la semaine de... choix de l'Olympic Airways était judicieux : relativement bien payés, ses employés représentaient une certaine "aristocratie" des salariés et en plus ne disposaient pas de la sympathie de la société grecque qui de cette entreprise publique. Kostas Simitis chevauchant le destrier de Margaret Thatcher (dessin paru dans Spartakos) gouvernedéfaite his- augures pour le mouvement syndical, la

"bataille" de l'Olympic Airways s'est pourn'a pas conseils des bureaucrates syndicaux du PASOK, la base de ses travailleurs à réag vite et de façon très dynamique. Grèves, des travailleurs grecs nonce du plan de restructuration draconienne de l'Olympic Airways, qui innovait mondialement en imposant à certains sec-

55 heures avec diminution des salaires ! Le se plaignait du mauvais fonctionnement

Commencée sous de très mauvais tant conclue par une demi-victoire ou plutôt par une victoire à la Pyrrhus pour les gouvernants néolibéraux grecs. Malgré les

Grèce occupations, manifestations et même séquestrations de la direction se sont succédées pendant un mois, tandis que voyait le jour la première tentative de dépassement du sectarisme et de la division traditionnelle des forces de la gauche grecque.

Pour la première fois depuis huit ans, centaines de syndicalistes

"Synaspismos" (Coalition de Gauche), de l'aile gauche du PASOK et aussi du Parti communiste collaboraient dans la lutte et apposaient leur signature au bas d'un manifeste qui appelait les travailleurs à la résistance.

Après maintes péripéties, l'accord final conclu entre la direction et les syndicats de l'Olympic Airways constituait un compromis.

Bien que la réforme de l'Olympic était désormais un fait, l'impression génerale fut que les (maigres)

obtenues concessions constituaient sinon une victorre, au moins un match nul entre les deux parties.

En fin de compte, la leçon l'opinion par retenue publique et le mouvement ouvrier était que la lutte paye. Pour le gouvernement, il s'agissait déjà d'une défaite tactique parce que cette confrontation test n'avait pas répondu aux expectatives, c'est à dire à l'écrasement exemplaire et définitif de toute résistance organisée.

Le sentiment diffus que l'affaire de l'Olympic fut une victoire à la

Pyrrhus pour le gouvernement grec a été confirmé peu après quand la première tentative de privatisation d'une entreprise publique rencontra la réaction immédiate et farouche des travailleurs de la Banque

Ionienne. Dès le premier jour, l'écrasante majorité des salariés de cette vieille banque s'est mise en grève, tandis que les n° 426 - juiliet-août 1998 Inprecor

Page 14

Université d'été des Marches Européennes en Grèce

Réseau des Marches Européennes qui aura lieu en Grèce du 31 Août au 6 vements sociaux et syndicaux dans un cadre agréable et de détente. Notre réflexion sera élargie aux pays balkaniques, en invitant des représentants des chômage; le démantèlement de la protection sociale et les alternatives ; les politiques européennes et nationales de l'emploi et les contre-propositions; les privatisations et le chômage en Europe Occidentale et Orientale ; l'Europe forteresse (immigrés, racisme et chômage) : les femmes face à la politique néolibérale ; les jeunes et l'exclusion ; Balkans : renaissance d'un mouvement syndipéninsule de Chalkidiki, à 60 kms. de Salonique. [Frais d'hébergement par personne : de 4.750 Dr. (100 FF ou 15 $ ; chambre à trois lits avec petit déjeuner) à

5.850 Dr. (120 FF ou 19 $; chambre double avec petit déjeuner ) ; possibilité de

Grèce affrontements très durs et presque quotidiens avec les forces anti-émeutes de la police faisaient tache d'huile.

Quarante-cinq jours plus tard, le paysage syndical et politique du pays en sortait sensiblement transformé : la fraction syndicale du PASOK subissait ses premières scissions avec l'apparition d'une aile gauche organisée. L'unité à la base progressait tandis qu'au sommet se nouaient les premières alliances entre des centaines des syndicalistes du PC, de

Synaspismos et du courant de gauche du

PASOK. En résultait le changement de majorité de la CGT à l'occasion des prises de position en faveur des grévistes de la

Banque Ionienne, ainsi que l'émergence d'une nouvelle majorité de gauche à l'Union Locale d'Athènes. Presque simultanément, le PASOK commençait à être par une crise très profonde. Le traversé gouvernement était aux abois, les cadres du parti donnaient des signes de désaffection grandissante envers leur direction néolibérale et une partie consistante de la base se révoltait, accusant de "trahison"

le Premier ministre et son gouvernement.

C'est exactement à ce moment du développement de la lutte de classe que la

Grèce allait vivre cinq jours mémorables

(du 11 au 15 Mai) ponctués par des affrontements d'une violence inouïe entre des milliers d'enseignants et la police dans au moins 20 villes du pays. Protestant contre l'abrogation de la liste d'attente selon l'ancienneté et l'introduction d'un

Septembre 1998.

syndicats et des mouvements sociaux de ces pays.

cal et unité des travailleurs au delà des divisions nationalistes logement au camping avoisinant (environ 25 FF ou 4 $)]

Pour tout contact avec le comité grec des Marches Européennes, s'adresser à : Epohi,

Akadimias 62, 106 79 Athènes, Grèce, tel: 0030-1-3619513, fax: 0030-1-3619610,

E-mail: [email protected] d'examens système pour sélectionner ceux des auxiliaires qui allaient être embauchés dans l'enseignement public, des milliers d'enseignants, chômeurs et auxiliaires (certains attendent leur régularisation depuis 20 ou

25 ans après leur sortie de l'université 1), soutenus par la de l'Éducation

Fédération

(OLME) se sont battus pendant 5 jours et nuits partout dans le pays contre les forces de l'ordre qui avaient transformé en camps retranchés les écoles où se tenaient les examens bidons voulus par la réforme de l'enseignement. Pour la société grecque c'était comme une révélation.

Un gouvernement social-démocrate n'hé-

Le Comité Grec des Marches Européennes organise une Université d'été du

Son but est une réflexion approfondie sur les problèmes de fond des mou-

Les débats porteront sur : la flexibilité, les restructurations, l'austérité et

L'école se déroulera à l'hôtel Philippion Beach au bord de la mer, dans la sitait pas à mobiliser des dizaines des milliers de flics qui faisaient usage de tout leur arsenal chimique et même de balles en caoutchouc afin de mater la résistance désespérée de ses enseignants !

Le bilan (provisoire) est très encourageant. Pour la première fois après 10 ans de défaites continues, les travailleurs grecs font maintenant preuve d'une grande combativité et d'une encore plus grande détermination. Malgré les ravages causés précédemment par la désunion, le sectarisme et surtout le manque d'alternative politique qui caractérisent les partis réformistes, la résistance à l'agression néolibérale s'étend de jour en jour, tandis que l'effondrement de la popularité du gouvernement se combine désormais avec la crise la plus aigue que le PASOK ait jamais connue.

Évidemment, rien n'est encore décidé et tout dépendra de l'issue finale de cette véritable guerre de classe qui est toujours en cours. Cependant, on peut déjà constater que la recomposition du paysage social et politique n'est plus une utopie. Elle est maintenant en marche en même temps que le changement des rapports de force à l'intérieur de la gauche grecque. Ce qui, il y a trois mois, n'était encore qu'une simple possibilité tend maintenant à devenir une réalité qui influence le moindre détail de la vie politique. Décidément quelque chose est en train de bouger dans cette société grecque si longtemps immobile, chloroformée et obnubilée par son rêve européen.

19 Juin 1998

Une erreur sur cette page ?