Inprecor 1974–2004

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FRANCE

Droite en miettes, droite introuvable

· Inprecor n° 427, septembre 1998 · p. 9-13 · 3 295 mots

France

par Jean-Louis Michel* a crise des partis de droite et leur émiettement galopant expliquent en grande partie la cote de popularité des deux têtes de l'exécutif, Jacques Chirac et Lionel Jospin, ainsi que l'apparente facilité avec laquelle la gauche plurielle gouverne un pays majoritairement ancré à droite comme l'ont montré toutes les consultations électorales récentes, y compris les législatives de mai-juin 1997. Elle met surtout en lumière la place désormais solidement acquise par l'extrême droite frontiste et l'efficacité des pressions qu'elle exerce sur des formations de droites désemparées, en proie à la guerre des chefs sur fond de corruption généralisée et en l'absence d'un projet stratégique unificateur. Les fascistes profitent chaque jour davantage de cet état de fait dont les racines sont profondes et parfois anciennes. Éclairages sur une crise durable, multiforme et imprévisible quant à ses pics d'intensité

Il ne se passe pas de semaine qui n'apporte de nouveaux développements à la crise de décomposition de la droite politique en France. La trêve estivale n'aura même pas calmé le jeu. L'adhésion de Jacques Blanc, président de la région Languedoc-Roussillon qu'il gère avec les fascistes, à Démocratie libérale (DL), l'expremière formation de l'UDF passée sous la coupe de l'ultra-libéral Alain Madelin, a fissuré davantage encore l'édifice. Il s'en est suivi une nouvelle scission avec la constitution d'un Pôle républicain indépendant et libéral (PRIL) à l'initiative de Gilles de Robien. De manière concomitante, les éléments les plus sensibles aux sirènes fascistes au sein de Force démocrate (FD), la formation du centriste * Jean-Louis Michel est membre du Bureau politique de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section francaise de la ivème Internationale. Les caricatures illustrant cet articles, sauf indication contraire, sont de Plantu et ont paru dans Le Monde.

François Bayrou, lui-même assez constant dans son refus de collaboration avec le Front national (FN), ont entamé, à l'initiative de Claude Coasguen, un rapprochement avec les amis de Madelin. Et bien que celui-ci ait quitté l'UDF, tout comme Millon qui en fut expulsé, ils suscitent une candidature contre Bayrou qui en revendique la présidence.

Révélateur de l'effet de dominos qui taraude la droite, ces chassés-croisés ont laissé de marbre les patrons autoproclamés de l'Alliance, conçue au printemps comme la structure fédératrice de l'ensemble des groupes, sous-groupes et groupuscules de l'opposition parlementaire. Silence radio en effet tant du côté de Philippe Seguin pour le RPR que de François Léotard, encore président de l'UDF pour quelques semaines. L'Alliance est mort-née. Ses statuts à peine adoptés sont bafoués par Madelin, un des cinq parrains, sans que les autres (Seguin, Léotard, Bayrou, Sarkozy) ne réagissent pour ne pas prendre le risque d'une explosion plus dévastatrice. Des statuts qui stipulaient en effet « L'association a pour but de favoriser l'union des formations politiques représentant les courants de pensée de l'opposition républicaine. Elle concourt à l'expression des valeurs républicaines de liberté et de solidarité. Elle refuse toute compromission avec l'extrémisme ». Qu'à cela ne tienne... Madelin et DL rejoignent dans l'autonomie revendiquée Pasqua et ses clubs, de Villiers et son mouvement, Millon et la Droite. Morcellement en chaîne, d'autant que pour donner une idée de la profondeur du phénomène de désintégration des droites au travers des instantanés de l'été, l'on se doit de mentionner au moins deux autres épisodes. Sans compter la mise en examen d'Alain Juppé.

D'abord, la retraite piteuse d'un Jacques Toubon parti à l'assaut de la citadelle parisienne, joyau de la chiraquie, contre l'actuel occupant du fauteuil de maire, le sulfureux Jean Tibéri. La messe était dite, Paris ne vaut pas encore une

Droite en miettes,

droite introuvable

révolution de palais jugée par trop dangereuse à l'Élysée où l'on craint par dessus tout un grand déballage qui éclabousserait de manière irrémédiable le président.

L'autre épisode, plus emblématique encore de ces déshérences sans fin, c'est celui qui a vu un ex-premier ministre, ex-candidat désigné des secteurs dominants de la bourgeoisie à la présidence de la

République en 1995, s'essayer au jeu de l'oeillade appuyée en direction des tenants du parti fasciste. Balladur lui-même proposait en juin de créer une commission, ouverte au FN, afin de se saisir du thème de la préférence nationale. Nicolas

Sarkozy, précisant dans la foulée, « cela me choque d'autant moins que l'on discute tranquillement de la préférence nationale, qu'elle existe dans la fonction publique ».

S'ajoute aux affres de ce climat pestilentiel, la défausse, le 14 juillet, d'un

Jacques Chirac, trop heureux de surfer sur la crête des courbes de popularité dans le sillage du premier ministre et des vain-

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queurs du mondial, qui a laissé la droite

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période dite "utile" d'un septennat -celle où les réformes sont possibles parce que le président bénéficie de la bienveillance de l'opinion — ne fut aussi courte puisque, à peine plus de six mois après son intronisation, Chirac fut confronté au mouvement de novembre-décembre 1995, la plus grande mobilisation des secteurs publics depuis mai 1968. De ce malentendu originel à la bévue de la dissolution de convenance d'avril 1997, il n'y avait qu'un pas que l'imprévisible Chirac s'empressa de franchir dès qu'il en eut l'occasion entraînant du même coup son propre camp dans une crise sans précédent.

Les quinze mois de cohabitation ont illustré jusqu'à la caricature l'impasse dans laquelle se trouve de ce fait la droite politique confrontée au carcan des Institutions. Affaibli quant à sa capacité d'initiatives, peu ou prou considéré comme un homme politique fini par ses anciens amis, Chirac ne peut "qu'accompagner" le gouvernement de la gauche

JE RESSENS DE ME METTRE TOUT LE MORIDE A D0 plurielle en s'efforçant de préserver les formes pour ne pas "abaisser sa fonction". A ces conditions il peut caracoler au plus haut dans les sondages en compagnie du chef du gouvernement. Mais cette popularité des deux têtes de l'exécutif a des effets strictement inversés dans les deux camps. A gauche, Jospin, peut toujours laisser espérer de nouveaux gains électoraux à ses troupes aux élections sénatoriales — après les élections régionales et cantonales — multipliant les initiatives et réformes de modernisation de la société française sur fond de retour à la croissance. Il a verrouillé son parti et satellisé autour de lui ses alliés. Pour lui le seul danger, largement virtuel quant à l'exercice du pouvoir, se situe sur sa gauche. Pour Chirac au contraire, ses pertormances dans les sondages, n'appertent rien à l'opposition, la contraignant seulement à une discipline parlementaire de solidarité avec le président qui diffère d'autant son propre rétablissement politique. C'est une situation probablement durable dans la mesure où ni l'Élysée ni Matignon n'ont intérêt à ouvrir une crise de cohabitation que rien ne justifie à l'heure de la mise en place de la troisième phase de l'union monétaire (UEM), jugée comme l'affaire décisive de la législature et du septennat.

Les prétendants à la relève à droite doivent dès lors gérer la durée sans se découvrir trop tôt dans l'hypothèse où l'attelage Chirac-Jospin parviendrait à l'échéance normale de la prochaine élection présidentielle en 2002. Au risque de ne pas exister d'ici là et pour se préparer à la seule élection qui vaille, il leur faut néanmoins assurer le quotidien d'une opposition en pleine déconfiture électorale en tâchant de faire vivre, qui son parti, qui son réseau, avec ce mélange particulier du chacun pour soi et du minimum de solidarité collective pour ne s'aliéner personne. Mission impossible qui débouche parfois sur le cocasse. Ainsi, le Canard enchaîné croit savoir que Balladur envisagerait son élection à l'Académie française pour voir venir. C'est dire... D'autres caciques se cherchent un point de chute à l'image de Bayrou se rabattant sur la présidence d'une UDF moribonde ou de Seguin à la peine à la tête d'un RPR dont il n'est jamais parvenu à maîtriser tous les rouages. De quoi mettre en appétit des seconds rôles trop heureux de pouvoir envisager de tenter, demain, leur chance, à la manière d'un Sarkozy au RPR ou d'un Madelin à DL. Le vide et le trop plein en quelque sorte sans qu'apparaissent les conditions de mise sur orbite d'un parti du futur président, en principe nécessaire à la conquête et à l'exercice du pouvoir du Bonaparte. D'autant que la désaffection envers les partis de droite est patente. Si la formation de Millon, la Droite, apparaît comme une "miraculée" avec ses 16 000 adhérents « recensés sous contrôle d'huissier », c'est tout simplement que DL ou l'UDF en totalisent nettement moins. Le RPR lui même, réputé plus solidement "établi dans ses cartes", au point de faire parfois figure de parti de masse, aurait perdu la dernière année un bon tiers de ses effectifs.

Dans ces conditions, la réforme — à défaut d'une abrogation pure et simple — de la Constitution de 1958 risque d'attendre d'autres temps. Ainsi en va-t-il de la réduction promise par les socialistes de tous les mandats électifs à cinq ans. Celle quelques obscurs colloques. Le Sénat et très bien être qualifié "d'anachronisme" par Lionel Jospin sans que cela ne

Edouard Balladur (RPR)

débouche sur quoi que ce soit de concret. De même en ce qui concerne l'exorbitant pouvoir de dissolution de l'Assemblée nationale et sans même évoquer les pouvoirs spéciaux. Seule la confrontation entre l'anormalité française et le chantier institutionnel européen est susceptible dans un avenir prévisible de secouer le cocotier de la réforme de la règle fondamentale. En attendant, le PS et ses alliés gouvernementaux peuvent toujours faire mine de regretter un état de fait dont ils touchent les dividendes et dont la droite classique, ironie de l'histoire, fait aujourd'hui les frais. Corruption et génération perdue, féodalité et patronat

La crise de la droite ne se réduit pourtant pas aux difficultés d'une conjoncture politique dans un cadre institutionnel dont la gauche s'accommode fort bien. Elle s'alimente à d'autres facteurs aggravants. Au premier rang desquels la corruption généralisée, amplifiée comme jamais sous le second septennat de F. Mitterrand au point que l'on a pu parler " d'années fric".

MAIS JE VOUS DIS QUE C'EST UN AMI!!

Chirac et la mise en examen d'Alain Juppé Toute une génération prometteuse de "quadras" qui se prétendaient alors rénovateurs y a laissé sa crédibilité et pour certains tout espoir de carrière politique. Que l'on songe à Noir à Lyon, Carrignon à Grenoble, Longuet en Lorraine ou Léotard à Fréjus pour ne citer qu'eux. D'autres, beaucoup d'autres, à droite comme à gauche, ont fait les frais judiciaires de leur

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imprudence ou de leur vénalité. Mais c'est un fait que la droite a le plus souffert, car ce sont ceux des siens qui prétendaient à la relève qui ont été le plus souvent atteints.

La mise en cause d'un Dumas ou d'un Méhaignerie qui ont leur passé pour avenir n'a ni les mêmes conséquences, ni la même portée. L'exemple lyonnais, bastion

... ET QUANO TU AURAI RENDU

L'EXTRÊME DROITE FRÉQUENTABIE, quELS SONT SES PROJETS?

La DROiTE Charles Millon (montage d'après les dessins de

Pessin et de Szlakmann parus dans Le Monde) de droite réputé inexpugnable, l'illustre suffisamment. Le RPR y a perdu la ville et le toujours jeune maire a dû laisser la place à un vieux cheval de retour nommé Raymond Barre. S'y ajoute l'usure prématurée des jeunes loups du sérail parisien, autre haut lieu de corruption et de passe-droits en tout genre, entièrement tendu vers la conquête de l'Élysée par Chirac. Le RPR, parti de l'Élysée, placé sous le contrôle sourcilleux d'Alain Juppé n'avait-il pas jusqu'en mai 1997 un secrétaire général dénommé Jean-François Mancel... Illustration s'il en fût du vide qui habitait les instances du parti gaulliste. A droite, il n'est sans doute pas exagéré de parler de génération perdue.

Et puis, la mise en examen d'Alain Juppé dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris constitue une lourde menace pour l'Élysée, désormais à découvert. Du moins, si c'est l'interprétation de la Constitution que donne la garde des sceaux qui l'emporte auprès des juges et au sein du parti socialiste. Elisabeth Guigou s'était exprimée au printemps sur le sujet, ne laissant que peu d'espoir au clan présidentiel« pour le président de la République, l'article 68 de la Constitution dit qu'il est irresponsable pour les actes qui relèvent de sa fonction de président, mais, comme tous les Français, le président peut être traduit devant les tribunaux s'il a commis des délits ». On sait cependant d'autres socialistes désireux de sauver à tout prix la mise du président pour conserver les échéances d'un calendrier normal.

Chirac, pendant ce temps reçoit beaucoup. Il s'attache en particulier les services d'un groupe d'une dizaine d'hommes sur lesquels il miserait tout, mais qui ont le lourd handicap d'être presque tous inconnus du grand public et la particularité, cela va de soi, d'être dénués d'ambition présidentielle. Hervé Gaymard, François Baroin, Philippe Briand, Christian Jacob, Guy Drut, Didier Quentin, Henri Cuq ou encore Béchir Mana devraient mener la bataille européenne pour l'Élysée. Comble de l'ironie, le vieillissant Pons (72 printemps) prépare pour le mois d'octobre une "convention nationale de la relève" dont il semble surtout qu'elle soit destinée à promouvoir sa candidature... à la relève de Philippe Seguin.

En outre, le système trançais des téodalités locales sur lesquelles la droite s'est toujours appuyée, s'assurant l'essentiel de la manne des abus de biens sociaux et le contrôle des assemblées locales — avant tout les conseils généraux — est lui aussi entré en crise. La multiplication des échelons de décisions (municipalités, districts, conseils généraux et régionaux...) et leurs relations concurrentielles avec l'État et l'Europe créent un espace élargi pour le développement de nouveaux clans. Aux traditionnelles baronnies centralisatrices et relativement stables ont succédé des guerres intestines pour le contrôle de telle ou telle part du gâteau local d'autant plus féroces que leur issue était ouverte. Les considérants, protections et investitures des états-majors parisiens n'y pèsent plus de la même manière. Les lois de décentralisation ont fait leur oeuvre. La centralisation politique supporte mal l'air du temps présent, spécialement à droite où les élus et cadres locaux des partis font désormais la pluie et le beau temps, spécialement dans le domaine des alliances, explicites ou non, avec l'extrême droite.

Et puis la droite n'a plus de fonds idéoloqui lui soit propre. Le PS n'est-il pas devenu le parti de l'entreprise après avoir été celui de la rigueur budgétaire et des grands équilibres? Aussi, la droite politique ne cesse de se chercher des rétérences de rechange qui lui balisent la route. Mais la chose n'est pas aisée car des partis attrape-tout ne peuvent sans risque s'aliéner une fraction de leur clientèle électorale par des partis pris trop tranchés. Ainsi, a-t-on pu le constater lorsque les formations de l'opposition ont retusé de relayer trop ostensiblement le CNPF dans la bataille des 35 Heures contre le gouvernement de gauche. Le dispositif des emplois-jeunes a fait l'objet de la même valse hésitation. Quant à l'Europe, la cacophonie est la règle, à droite comme à gauche, à la différence près qu'en pareil cas le positionnement gouvernemental est dominant et tédérateur. Au vu de ce que sont les relations de Chirac avec les formations de sa propre majorité présidentielle, il est plus que douteux qu'il en aille pareillement dans son camp. Un champ de ruines ouvert... à la droite extrême

Le Front national sous la houlette de Le Pen ou de Mégret - quelle que soit l'habileté tactique du second par rapport au premier et les querelles de succession — inscrit sa stratégie de conquête du pouvoir dans une logique de coalition des droites où il serait l'aile marchante hégémonique. Sur ce point, les dirigeants frontistes n'ont jamais varié. L'éclatement de la droite parlementaire et le champ de ruines qu'il génère lui facilitent sûrement la tâche sans que cela puisse constituer une condition suffisante à l'avènement d'un gouvernement à la botte des fascistes. En premier lieu parce que le FN ne dispose pas à ce jour d'un candidat crédible, issu ou non de ses rangs, à la présidence de la République. En second lieu parce qu'il ne dispose pas, que l'on sache, d'un appui suffisant dans les cercles dominants de la bourgeoisie même après le rallie-

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ment à ses appels d'offres, formellement démenti par la suite, de plusieurs grands capitaines d'industrie dont Ambroise Roux. Et surtout en troisième lieu parce qu'une réelle politique de gauche à gauche est toujours en mesure de "conjurer la catastrophe"

Ambroise Roux, l'actuel président du conseil de surveillance du groupe PinaultPrintemps-Redoute et toujours président de l'Association française des entreprises privées (AFEP) — l'un des cercles les plus influents du patronat français — s'était en effet prononcé pour une alliance de la droite avec l'extrême droite en mars dernier à la veille des élections régionales. Le coup avait été d'autant plus accusé qu'à travers ce "parrain" des patrons français, certains se demandaient quel rôle pouvait bien jouer François Pinault, lui-même proche parmi les proches de Jacques Chirac. Devant la levée de boucliers, forcément discrète, d'un certain nombre d'autres grands patrons, l'affaire devait en rester là. Il n'en demeure pas moins vrai que l'alerte aura été chaude et qu'elle souligne le caractère aléatoire des certitudes les mieux établies qui voudraient par exemple que le grand capital, engagé dans la globalisation et sa traduction européenne, soit résolument hostile à une solution néofasciste. Pour l'instant sans doute.

Cela nous ramène à un problème de stratégie qui hante bien des hommes de droite et où l'angélisme n'a pas sa place. Trop souvent en effet le problème des alliances entre la droite et l'extrême droite est traité, avec les meilleures intentions du monde, sur le mode de la contagion idéologique. Or, dans ces milieux de "décideurs" économiques ou politiques, rompus à tous les revirements possibles, on ne fait pas grand cas de l'idéologie car on est avant tout soucieux de ses intérêts bien compris. De Charles Pasqua qui estimait, il y a dix ans, que « sur l'essentiel, le FN se réclame des mêmes préoccupations, des mêmes valeurs que la majorité », au « ni

FN, ni PS » du RPR aujourd'hui, en passant par toutes les compromissions avec les fascistes d'une droite aux abois dans les régions, c'est au même dilemme qu'on s'efforce de répondre. Il n'y a pas, pour la droite, d'alternative à la reconquête électeurs du FN si elle veut revenir aux affaires. A la différence d'autres pays — Allemagne ou Italie — une coalition gouvernementale incluant la droite dite républicaine et la gauche n'est guère envisageable. Cela ne correspond ni à la logique des Institutions ni même aux réalités politiques ambiantes. n'y a que Chevènement, habité par ses rêves de grandeur nationale, pour fantasmer sur cette improbable perspective.

Les hommes de droite tiennent, eux et à quelques exceptions près - Juppé, Léotard ou Bayrou, pour l'heure plutôt perdants — un autre discours. Celui de Balladur à propos de la préférence nationale parce que, dit-il, il a constaté « l'extraordinaire déchirement de l'électorat de droite sur le sujet », autrement dit une « droitisation » dont il lui taut impérativement se servir. Madelin qui invente pour l'occasion le terme « d'extrêmisation » ne dit pas autre chose quand il accueille Blanc et peut-être demain Soisson et Baur dans son groupe. Quant à Millon, s'il estime, côté lucidité, que s'il arrivait au pouvoir, le FN « fermerait les frontières européennes et instaurerait une espèce de système à la Mussolini », c'est pour mieux justifier sa démarche « Je reçois 100 adhésions par jour. J'ai 16 000 militants encartés, pour un quart venus du FN, pour un quart jusque-là apolitiques et, pour la moitié, déçus de l'UDF et du RPR. Si je réussis, les gens qui me montraient du doigt se précipiteront pour construire avec moi une grande droite unie. Et tout ce que j'ai fait redeviendra moral ». Millon, la solution qui sauve ou/et qui tue une droite en décomposition qui reste décidément... « la plus bête du monde ».

Août 1998 ALLIANCE

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