Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

JAPON

Échec électoral du parti dominant

· Inprecor n° 428, octobre 1998 · p. 20-22 · 2 117 mots

Japon et Corée Syndicalisme États-Unis

de notre correspondant Jun'ichi Hirai Le parti libéral démocrate au pouvoir

(PLD) a souffert une cuisante défaite aux élections sénatoriales du 12 juillet (1). Le résultat désastreux des Libéraux démocrates au élections de la Chambre Haute du parlement le 12 Juillet signifie que le parti qui a dominé la politique japonaise au cours des quarante dernières années est maintenant minoritaire : il ne dispose plus que de 103 sièges (à comparer avec les 118 d'avant l'élection). Le PLD n'obtient que 45 des sièges en jeu alors qu'il en avait auparavant tenu 60. Pour le PLD il s'agit de l'échec le plus retentissant depuis sa formation en 1955 (par la fusion de deux partis conservateurs). Depuis cette date le parti du grand capital a connu 40 années de majorité absolue au parlement.

Le PLD n'a préservé que 14 des 50 sièges élus à la proportionnelle. Et il ne parvint pas à obtenir de sièges dans les circonscriptions densément peuplées de Tokyo, Saitama, Kanagawa, Aichi, Kyoto, Osaka, et Hyogo.

Le Premier ministre, Ryutaro Hashimoto, a présenté sa démission dès le 13 juillet, endossant la responsabilité pour la défaite massive de son parti. Le 24 juillet le PLD choisissait le ministre des affaires étrangères, Keizo Obuchi, comme dirigeant. Peu après la Diète (Chambre basse) contrôlée par le PLD nommait Obuchi comme premier ministre. La Chambre haute le rejetait au profit de Naoto Kan, dirigeant du Parti démocratique du Japon (PDJ). La Constitution japonaise donnant la suprématie à la Diète, la nomination de Kan n'avait qu'une valeur symbolique. Elle n'en témoigne pas moins de la fragilité du gouvernement Obuchi, que nombre d'observateurs considèrent comme une impasse. Nouvelle percée du PC

Les principaux bénéficiaires de la défaite du PLD sont le Parti Démocratique du Japon (PDJ) et le Parti communiste japonais (PCJ). Le PDJ est la principale force d'opposition dans la Diète. Il a été créé en avril de cette année par la fusion de diverses scissions du PLD, du Parti socialiste démocratique (l'aile pro-capitaliste de la social-démocratie) et de l'aile droite de l'ex-Parti socialiste (PS). Le PDJ bénéficie aussi du soutien de la principale confédération syndicale japonaise, Rengo. Il a obtenu 27 sièges, à comparer avec les 18 sièges tenus par ses divers composants avant l'élection. Il a gagné12 des 50 sièges élus à la proportionnelle.

Le parti communiste japonais (PCJ) a plus que doublé sa représentation au Sénat : des 6 sièges renouvelables il est passé à 15 sièges. Près de 8 200 000 d'électeurs ont voté en sa faveur dans le scrutin proportionnel. Avec 14,6% des voix il réalise son meilleur résultat historique. C'est la seule formation politique qui progresse systématiquement : d'abord aux législatives, où il a obtenu 26 sièges, puis dans les élections locales où, avec 4000 élus, il est une des formations les mieux représentées et enfin lors des sénatoriales, où il dispose dorénavant de 23 sieges

Le parti bouddhiste "Komei" reste stable. II obtient 9 sièges, et 13,8% des votes à la proportionnelle. Le parti socialdémocrate (ex-Parti Socialiste Japonais) n'obtient que 7,8% de votes à la proportionnelle et ne sauve que 13 de ses 20 sièges renouvelables. Le PCJ a maintenant presque deux fois plus de sièges à la Diète que la social-démocratie. La crise du « système japonais »

La raison principale de la défaite du PLD est la situation économique critique au Japon. Depuis le début des années 1990, le pays est dans une longue récession. A la fin des années 1980 les capitalistes japonais (et beaucoup d'observateurs étrangers) s'attendaient à ce que le Japon devienne le moteur de l'économie

CO CO Marche contre le chômage (D.R.) mondiale au cours des décennies prochaines. Mais maintenant la confiance est complètement éteinte

L'économie a reculé de 0,8% en 1997, l'année la moins bonne depuis la seconde guerre mondiale. Le taux offi el de chômage atteint 4,3% (les observateurs estiment que le niveau réel du chômage est deux fois plus élevé). Les grandes compagnies financières telles ai Takugin Bank et Yamaichi Securities ont été ruinées l'année dernière et d'autres grandes banques ont été au bord de la faillite.

Le « système japonais » était caractérisé par une politique fiscale intensive. La stabilité des rapports du travail fondées sur un « emploi pour la vie » et la valorisation de l'ancienneté a pris fin. Les politiciens du PLD et du PDJ s'entendent pour réclamer une « thérapie de choc ». Ils annoncent qu'une série de faillites et un chômage massif sont inévitables, parce que ce sont les seuls remèdes capables de guérir la « maladie » de l'économie japonaise. Et ils nous expliquaient que nous ne pouvions pas refuser « la norme globale » du marché mondial gouverné par la libre concurrence.. En particulier l'administration américaine avait exercé une pression sur les dirigeants japonais pour qu'ils « cessent de fermer la porte au capital étranger ».

Sous la précédente législature le PLD, le Parti libéral (une scission néolibérale du PLD), et le PDJ avaient accepté les exigences américaines visant à la dérégulation de l'économie japonaise. En fait, la politique économique du gouvernement 1. La moitié des 252 sièges du Sénat (Chambre Haute) sont renouvelés tous les trois ans. Le mode de scrutin japonais est dual : on vote dans les circonscriptions et pour une liste nationale élue à la proportionnelle.

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japonais était soumise au contrôle constant de l'administration américaine. Un renouveau syndical

Mais malgré son orientation néolibérale, le gouvernement n'était pas assez fort ou assez sûr de soi pour se livrer à une attaque en règle contre la législation du travail. Le projet de nouvelle législation, que seul le PCJ combat au Parlement, menace d'abolir la réglementation de la durée quotidienne du travail, créant ainsi un cadre légal pour le phénomène déjà courant des heures supplémentaires non retribuées.

Défiant le contrôle autoritaire de la direction confédérale de la principale centrale syndicale Rengo, certains syndicats de commerce ont organisé des actions contre cette réforme anti-ouvrière. Ces « dissidents intérieurs » de la Rengo collaborent avec les autres fédérations syndicales, telle la Zenro-ren (1 000 000 de membres, dirigée par le PCJ) et le Zenrokyo (Conseil National de Syndicats, 300 000 membres, dirigé par l'aile gauche des sociaux-démocrates et la gauche indépendante).

Cette campagne est un pas en avant important du syndicalisme japonais, qui avait abandonné depuis longtemps l'action collective. Un premier pas dans ce sens avait été fait au début de l'année, lorsque les militants de la gauche indé pendante prirent l'initiative d'une marche contre le chômage et le nouveau code du travail à travers tout le pays. Près de 10 000 travailleurs ont pris part à cette initiative. Les organisateurs étaient inspirés par les Euromarches de 1997 en Europe.

En comparaison avec les autres pays impérialistes, la réaction des travailleurs contre l'offensive capitalistes est encore à un très bas niveau. La conscience collectiparti

Parti libéral démocrate

Parti démocratique

Komel

Parti social-démocrate

Parti communiste

Parti libéral

Club Kaikaku

Sakigake

Nouveau parti socialiste

Club Niin partis mineurs indépendants

TOTAL de Washington.

permettre territoire national).

processus.

aux Etats-Unis.

des "restructurations".

sièges dont obtenus dans les circonscriptions

45*

31

27

15

9

2

5

15

6

0

0

0

0

0

0

19

19

126

76

* un candidat indépendant a rejoint le PLD après avoir assuré sa réélection.

** deux sièges n'étaient pas pourvus avant les élections du 12 juillet 1998.

Okinawa rallume le mouvement pacifiste

Au nom de la « contribution japonaise à la paix et à la sécurité internationale », les forces armées du pays ont accru leur aptitude à s'engager dans des opérations militaires à l'étranger. Le budget militaire a été augmenté avec le fort encouragement

Le dernier gouvernement PLD introduisit une modification législative afin de des opérations militaires conjointes outre-mer avec l'armée américaine (la constitution japonaise de l'après-guerre interdisait à la « Force d'autodéfense » tout engagement en dehors du

Heureusement, le mouvement pacifiste japonais a été revitalisé récemment par les mobilisations massives contre la base américaine dans les îles d'Okinawa. ve de classe des travailleurs japonais a quasiment disparu durant le vague d'innovations techniques et d'expansion économique qui a duré au Japon jusqu'aux années quatre-vingt. L'effondrement des dits « pays du socialisme réellement exis- Japon. tant » après 1989 n'a fait qu'accélérer ce

Mais sous les effets sévères de la crise du PCJ économique actuelle, la conscience sociale et politique des travailleurs a commencé à évoluer. Les syndicalistes de base ont prêté leur attention aux luttes des dockers en Grande Bretagne et en Australie et à la lutte des travailleurs de l'UPS (transports)

Le Japon voit aussi l'émergence de nouveaux types de syndicats, qui regroupent les travailleurs immigrés, les femmes travailleuses et les cadres renvoyés au nom

. Il y a aussi des Résultats des sénatoriales du 12 juillet dont sièges à la non renouvelables proportionnelle 14 58 12 20 13 4 8 8 8 0 0 3 0 0 0 0 0 6 50 126

Japon Occupée par les Etats-Unis longtemps après la guerre, la préfecture d'Okinawa concentre encore les trois-quarts des forces américaines au Japon.

Le gouverneur de la préfecture d'Okinawa, Masayoshi Ota, a apporté son soutien à la demande locale de retirer les Marines. Il a demandé aux gouvernements japonais et américain de soutenir le projet de la préfecture de supprimer les bases militaires à Okinawa avant l'année 2015

Le mouvement d'Okinawa contre les bases est devenu le centre d'un mouvement japonais contre la militarisation. Mais en même temps les effets dévastateurs de la crise économique au Japon encouragent les sentiments nationalistes parmi la population. Toute alternative politique crédible de la gauche socialiste doit inclure la solidarité avec les habitants d'Okinawa et l'opposition à la réapparition du nationalisme japonais. nouveaux syndicats qui cherchent à organiser les travailleurs sur leurs lieux de travail, et non plus sur la base des métiers. Ce sont de bons signes pour l'avenir de la reconstruction du mouvement ouvrier au Réussite et contradictions

La percée électorale du parti communiste a eu un effet complexe sur le mouvement social. D'une part, à la suite du retrait de sa direction stalinienne traditionnelle, symbolisée par le précédent président du parti, Kenji Miyamoto, le parti a commencé à modifier son attitude sectaire envers les divers mouvements sociaux échappant à sa mainmise. Aujourd'hui le PCJ tente d'attirer ces mouvements, y compris ceux animés par la gauche indépendante, en vue d'élargir sa base électototal de sièges (et avant le 12 VII) 103 (118) 47 (38) 22 (24) 13 (20) 23 (14) 12 (11) 3 (3) 3 (3) 0 (3) 1 (2) 0 (1) 25 (13) 252 (250**) n° 428 - septembre 1998 Inprecor

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Le départ de Zeroual, un échec du régime !

Japon & Algérie rale.

D'autre part, l'accroissement de son électorat est essentiellement fondé sur l'évolution de secteurs conservateurs, tels les petits agriculteurs et commerçants, qui ont été victimes des réformes néolibérales, réduisant les mesures protectionnistes dont ils avaient bénéficié. Déçues par le PLD, les couches les moins favorisées des classes moyennes se sont tournées vers les positions de gauche modérée exprimées par le PCJ.

Sans une forte pression du mouvement ouvrier et des autres mouvements sociaux, le PCJ continuera à évoluer à droite en tentant de rassurer ces électeurs conservateurs qui ont abandonné le PLD.

La direction du PCJ explique aujourd'hui que le but du parti est d'établir un « capitalisme meilleur » et que « la lutte pour le socialisme est hors de portée dans le cadre des rapports de forces contemporains ». Le 25 août le président du PC), Tetsuzo Fuwa, expliquait dans le quotidien du parti Akahata (Drapeau Rouge) que le PCJ est prêt à abandonner sa revendication traditionnelle d'abolition du pacte de sécurité nippo-américain, de manière à créer les conditions permettant de former un « meilleur gouvernement » de concert avec les partis conservateurs de l'opposition. Fuwa dit également que ce « meilleur gouvernement de coalition », incluant le PCJ, préserverait l'actuelle alliance militaire avec les États-Unis. Les tâches de la gauche indépendante

Plusieurs petites organisations de gauche, dont les partisans de la Quatrième Internationale, avaient présenté une liste commune lors des élections à la Diète en 1995. Cette tentative se solda par un échec, n'obtenant que 0,9% des voix à la proportionnelle nationale. Depuis cette défaite, il y eut une série de tentatives avortées pour négocier une liste commune. Certains des groupes qui y ont pris part envisagent maintenant de présenter leurs candidats propres dans l'avenir.

Quel que soit l'aboutissement de ces discussions, la tâche principale pour la gauche socialiste au Japon est encore d'être à l'initiative de l'organisation des mobilisations contre le chômage, la dérégulation des conditions de travail, et contre l'ombre croissante des forces militaires japonaises sur les autres pays d'Asie.

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