Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SOUDAN

La crise, ombres et lumières

· Inprecor n° 428, octobre 1998 · p. 36, 35 · 1 357 mots

États-Unis Afrique

La crise soudanaise : ombres et lumières

Tourabi espère diviser l'opposition et consolider son pouvoir. Sur le plan militaire, et ce en dépit des sanctions très partielles imposées par les États Unis, le régime intégriste veut en finir avec la rébellion, non seulement celle du sud animée par l'armée de libération du Sud Soudan (SPLA), mais également celle du nord- est, qu'organise contre vents et marées la Soudan Alliance Forces (SAF), un mouvement issu de la grande révolte anti-dictatoriale de 1986. Devant cette situation, les diverses factions de l'opposition cherchent à s'organiser dans le cadre d'une vaste coalition, la National Democratic Alliance (NDA).

La NDA est un regroupement arc-en-ciel qui réunit la presque totalité des forces politiques à l'exception des intégristes du NIF. Le groupe le plus important du point de vue de ses forces militaires est le SPLA, bien implanté dans le sud du pays, et qui dispose d'une infrastructure bien pourvue par l'appui de certains pays de la région. Outre le SPLA, on retrouve également dans la NDA face à un Soudan nordiste demeurant sous la coupe des intégristes et bénéficiant des ressources du pays.

EGYPTE

UIBYE

Pert-

Soudai

SOUDAN

TCHAD

EL-GHAZAL de MSF

CENTRAFRIQUE

REP. DEM.

DU CONGO

OUGANDA

KENYA

Concernant l'Erythrée et l'Ethiopie :

Concernant le Soudan :

* Combats récents entre les deux Etats

A Zone de guérilla afar

Le projet de l'opposition

Le problème de l'opposition est que certaines de ses composantes, surtout le SPLA, adoptent des positions parfois ambiguës sur cette question. Le mouvement dirigé par John Garang est également dissident par rapport aux ambitions d'autres groupes comme SAF qui veulent transformer le Soudan,

ARABIE

SAOUDITE

ERYTHRÉE

Massaour

YEMEN

Assab

REP

DE DJIBOUT

ÉTHIOPIE

SOMALIE

500 km

Zones sous contróle de TAPLS et ses alliés (réunis sous la bannière de l'Alliance sationale démocratique)

les traditionalistes (Oumma

Democratic Unionist Party) représentant les élites commerciales et économiques du pays, les progressistes de SAF et plusieurs partis régionalistes de toutes les régions du pays comme le Beja Congress

(est) et la Federal Democratic Alliance

(ouest)

Réuni au Caire le 15 août dernier, le comité exécutif de la NDA a affirmé sa volonté d'en finir avec les intégristes au pouvoir à Khartoum et réitéré le droit des populations du sud à l'autodétermination. La majorité des groupes

(lire la suite page 35)

A t Soudan selon 2,o mes ons estimer-

sonnes sont menacées. Dans la ville de Wau dans le sud du pays, les agences de l'ONU rapportent plus de 300 morts par jour, en grande majorité des enfants. La famine et la guerre, deux processus intrinsèquement liés, ont fait en 15 ans un million et demi de victimes. Malgré l'aide humanitaire, la débâcle actuelle risque d'être encore plus grave. Qui est responsable ? Comment s'en sortir ? Le gouvernement soudanais dominé par Hassan al-Tourabi et ses intégristes du Front national islamique est engagé dans une double offensive. Sur le plan politique, et dans le cadre des négociations entamées sous l'égide des pays de la région regroupés dans l'IGAD (1), et Mobilisés, les étudiants de Khartoum sont mis au pas membres de la NDA n'endosse cependant pas l'idée d'une partition du pays, qui mènerait à créer un Soudan sudiste pauvre et démuni, * Pierre Beaudet anime le Réseau Alternatives à Montréal 1. L'Inter Government Authority for Development regroupe la plupart des pays de la région nord-est de l'Afrique, notamment l'Éthiopie, l'Erythrée, l'Ouganda, le Kenya, etc. Ce forum se veut un espace un discussion face aux problèmes de la région, dont la

----- photo credits and running heads -----

ROUGE

Page 35

tants centres stratégiques qu'avait bénéficie d'un contexte régional relatisuite de la page 36 et non revenir au statu quo ancien, ce qui implique des changements fondamentaux, notamment une réforme agraire pour permettre aux paysans pauvres de se libérer du joug des élites traditionnelles, ainsi qu'une démocratisation en profondeur des institutions politiques du pays. Viser la population civile

Récemment, devant la pression internationale, le gouvernement a suspendu les opérations militaires au sud, soit-disant pour faciliter l'aide humanitaire. Parallèlement, profitant des divisions de l'opposition, les intégristes au pouvoir à Khartoum veulent coopter le SPLA, en lui offrant une autonomie limitée à certaines parties du sud, en excluant bien sûr, les zones riches de pétrole où prospectent plusieurs compagnies étrangères, notamment une firme de Calgary, Arakis (2).

Mais au même moment, l'armée relance ses attaques contre les zones de l'est contrôlées par SAF. Loin des caméras et des ONG occidentales, 55 000 personnes ont dû fuir leurs villages dans les montagnes Taka le long de la frontière avec l'Erythrée. Selon le commandant de SAF, Abdel Azziz Khalid, l'armée a déplacé plusieurs brigades du nord vers l'est pour récupérer d'imporconquis SAF dans les derniers mois, notamment le port de Agig. Dans cette région peuplée à cent pour cent de Musulmans, les intégristes de Khartoum pratiquent le même genre de terrorisme que celui mis en place contre les populations chrétiennes du sud (bombardements massifs contre des cibles civiles, exécutions en masse, etc.). «Tourabi dit que nous sommes aussi les ennemis de Dieu» affirme le commandant

Dans le sud, notamment dans la province de Bahr El-Ghazal, l'aide d'urgence pourvue par l'ONU est plus importante, mais là encore, les besoins sont de loin supérieurs, d'autant plus que les paysans ne peuvent plus cultiver leurs champs, entre autres à cause des centaines de milliers de mines anti-personnel semées par l'armée gouvernementale. Une nouvelle offensive de l'armée gouvernementale semble prévue pour décembre prochain.

Le poids de Washington dans le déroulement de la crise soudanaise n'est pas léger. Historiquement, les États-Unis ont été les principaux alliés de la dictature qui a dominé le pays jusqu'en 1986. Par la suite, lors de l'essor du mouvement démocratique jusqu'au début des années 90, la politique américaine a été relativement passive, y

Soudan compris lors du coup d'État qui a mené les intégristes au pouvoir en 1991. Depuis, en fonction des alliances de Khartoum avec l'Iran et l'Irak, et du fait de l'appui apporté par Tourabi à d'autres mouvements intégristes du Moyen-Orient et d'ailleurs, les États-Unis ont soudainement "découvert" la menace soudanaise.

Selon les opposants de la NDA, l'hostilité des États-Unis envers Khartoum reste cependant largement théorique. Même le récent bombardement de l'usine pharmaceutique de Bahri à l'est de la capitale, leur semble une gesticulation autant inutile que coûteuse (4). Tourabi a même remercié le président Clinton de cette agression qui, sans nullement atteindre les capacités militaires du Soudan, fait passer le régime intégriste pour une pauvre victiL'impasse persiste

Pour le moment donc, Khartoum peut respirer, car il est peu probable que les États-Unis intensifient leur pression, d'autant plus que d'autres pays occidentaux, notamment la France, font tout pour éviter l'isolement d'un régime qu'ils soutiennent discrètement.

Par ailleurs, le régime intégriste vement favorable. Les deux pays alliés de l'opposition soudanaise, l'Éthiopie et l'Erythrée, sont coincés dans un conflit qui menace de s'envenimer et qui a déjà fait plusieurs centaines de victimes et 250 000 personnes déplacées. Plus au sud, l'Ouganda, un autre ennemi du gouvernement soudanais, est enlisé dans la guerre au Congo pendant que son territoire est attaqué par des milices soutenues par Khartoum.

Bref, le pouvoir de Tourabi joue sur plusieurs tableaux et pour le moment réussit à tirer son épingle du jeu. 2. Arakis dispose d'une installation pétrolière à Heglig, à 700 Km au sud de Khartoum et à peine à 100 Km des zones contrôlées par le SPLA. Arakis est également partenaire dans la construction d'un pipeline de $850 millions de dollars pour amener le pétrole vers Port Soudan. En dépit des pressions exercées par diverses ONG et églises canadiennes demandant à Arakis de suspendre ses activités au Soudan, la firme de Calgary prétend continuer «business as usual». Source : Toronto Star, 27 août 1998, -Canadian oil firms in Sudan jitery after US missile attack-. 3. Africa Confidential, 10 juillet 1998. 4. Les fameux missiles Tomahawk utilisés lors de cette opération, coûtent à l'armée américaine, un million de dollars chacun. Pendant ce temps, les rebelles ne disposent même pas d'armes antiaériennes pour faire face aux assauts des bombardiers gouvernementaux. 5. Cité par Scott Peterson, «US attack is best gift for Sudan». Christian Science Monitor, 31 août

Une erreur sur cette page ?