Nouvelles du mouvement ouvrier et de l'Internationale
Chine
Zheng Chaolin (1908-1998)
un révolutionnaire exemplaire L Parti heng Chaolin, un vétéran du communiste chinois (PCC) et du mouvement trotskiste, est mort le premier août à Shanghai : sa vie fut entièrement consacrée à la cause de la libération des ouvriers et des paysans. Chaolin fut en même temps un poète, un historien et un connaisseur de langues, ce qui lui permit d'avoir une activité comme traducteur. Il avait horreur de toute approche d'amateur et s'efforça toujours de saisir l'essentiel.
Chaolin était né en 1901 à Zhangping, dans la province du Fujian, où il avait reçu une formation traditionnelle. En 1919 il voyagea en France dans le cadre d'un programme "travail-étude" (les étudiants chinois finançaient leurs études en travaillant à temps partiel). C'est à cette occasion qu'il subit l'influence de la pensée occidentale et notamment de la révolution russe. Il abandonna progressivement les conceptions philosophiques de Confucius et de Mencius de même que celles de Lao Zi et de Zhuang Zi et fit siennes les idées de Chen Duxiu et de ses partisans qui se battaient pour la démocratie et la science. Peu après, il devint marxiste et commença à traduire sa pensée par l'action. En juin 1922, il participa à Paris à une réunion de marxistes chinois en Europe visant à mettre sur pied le "Parti communiste de la jeunesse". Avec Zhou Enlai, Zhao Shiyan et Yin Kuan, il fut parmi les 18 délégués.
En 1923, il fut sélectionné pour aller étudier à l'Université de Moscou pour les travailleurs d'Orient. En juillet 1924, le PCC ayant d'urgence besoin de cadres pour faire face à la situation révolutionnaire qui s'esquissait, il fut rappelé en Chine avec Chan Yannian et d'autres. Il fut actif dans le département de propagande du Comité central, publia des journaux du parti, prépara du matériel de formation interne et de propagande pour l'extérieur. Il traduisit L'ABC du communisme de Boukharine en enseignant en même temps à l'école du parti à Shanghai.
Dans la période allant de 1925 à 1927 il participa au mouvement du 30 mai et aux deuxième et troisième insurrections de Shanghai. Après le coup sanglant de Chiang Kai-Shek en avril 1927, il se transféra avec des membres du Comité central à Wuhan, où il participa au cinquième congrès du parti. Il fut nommé responsable du département de propagande du Comité provincial de Hubei.
Après la défaite de la révolution, il participa à la conférence du 7 août. Par la suite, il se déplaça avec le Comité central à Shanghai et devint directeur du nouvel organe du parti, Le bolchevik. En 1928, il alla à Fujian pour réorganiser le parti dans cette province. En 1929, il se maria avec une camarade, Liu Jingzhen. Peu après, il fut arrêté pour la premiè-
Kuomintang. Heureusement, son identité ne fut pas découverte et il fut relâché quarante jours plus tard à la suite d'une intervention secrète du
Entre 1929 et 1930, il prit connaissance des écrits de Trotsky Profondément frappé, il s'orienta vers le trotskisme. En mai 1931, avec Chen Duxiu et trois autres camarades, il représenta le groupe Prolétariat à la conférence d'unification des groupes trotskistes. Il fut élu au Comité central et chargé du département de propagande. Peu après, il fut arrêté par les autorités du Kuomintang et condamné à quinze années de prison. Il y resta sept ans avant d'être libéré au moment de la guerre avec le Japon. Il prit alors du repos avec sa femme dans un village de la province de Anhui, où il corrigeât les épreuves et acheva la traduction de La révolution trahie de Trotsky (dont deux autres camarades avaient traduit un tiers dans la prison de Nanjing).
En 1940, il retourna à Shanghai où il rejoignit l'organisation trotskistes et le comité éditorial du journal clandestin La lutte. Dans la même période il traduisit les deuxième et troisième volumes de l'Histoire de la révolution russe de Trotsky. Lors de l'éclatement de la nouvelle guerre mondiale, au sein de la direction trotskiste des divergences apparurent concernant l'attitude à prendre face à la résistance chinoise alors que la guerre anti-japonaise était désormais devenue partie intégrante d'un conflit plus général. Finalement, en 1942, l'organisation connut une scission : Chaolin fut l'un des dirigeants du groupe dénommé par la suite Parti ouvrier international de Chine.
En décembre 1941, l'armée japonaise avait occupé les zones internationales de Shanghai : le militantisme anti-japonais était donc devenu extrêmement difficile. Dans ce contexte, et jusqu'à la défaite du Japon en août 1945, Chaolin se consacra surtout à une activité littéraire. Il publia L'internationaliste, journal trotskiste clandestin, écrivit mémoires et Les trois voyageurs, une série de débats politiques sous forme de dialogues imaginaires. Il écrivit aussi ABC de la révolution permanente et Une biographie critique de Chen Duxiu (inachevée). Pour gagner sa vie il traduisit des oeuvres littéraires dont Fontamara d'Ignazio Silone et un livre d'André Gide. Entre août 1945 et mai 1949 il écrivit de nombreux articles pour le bimensuel trotskiste Nouveau Drapeau , qui fut interdit par le Kuomintang après vingt et un numéros.
A la veille de l'occupation de Shanghai par l'armée de Mao son organisation prit le nom de Parti ouvrier international (POI). Entretemps, Chaolin s'efforçait de rassembler du matériel sociologique sur la Chine nouvelle. Résultat : sa brochure Sur le capitalisme d'État.
Pendant les deux ou trois années suivantes le POI continua son activité en élargissant son influence. C'est pourquoi le 22 décembre 1952 tous ses membres, de même que d'autres militants et sympathisants trotskistes, furent arrêtés par la police politique maoïste. Le coup était prévisible et les deux organisations trotskistes avaient projeté de transférer certains de leurs dirigeants à Hong Kong. Mais Chaolin refusa d'abandonner Shanghai. Il paya le prix de vingt-sept ans de prison dans des conditions très dures tant physiquement que psychologiquement. Il fut classé parmi les pri-
Après avoir battu, avec trente-quatre ans de prison au total, le record d'Auguste Blanqui, il fut finalement libéré en juin 1979 à la suite du tournant dans la direction du PCC. Sa femme était morte six mois après avoir été libérée, elle aussi en 1979, alors que leur fils Frei, né en 1938, était mort en
Dans les dix-neuf dernières années de sa vie, Chaolin eut des problèmes de santé très sérieux. Mais il ne cessa pas pour autant de réfléchir et d'écrire sur ce qui se
Tout d'abord, il aida différents historiens à écrire des histoires vraies de la révolution chinoise et du PCC (y compris du trotskisme en Chine), en s'efforçant notamment de réfuter les calomnies et les distorsions à l'égard de Chen Duxiu. Deuxièmement. il traduisit ses réflexions indépendantes et systématiques sur des questions fondamentales de la révolution chinoise et de la révolution mondiale dans un long essai dont le Finalement, il écrivit toute série de documents et d'appels — dont seule une petite partie a été publiée — adressés aux congrès successifs du PCC pour obtenir qu'on déclare que les trotskistes en Chine et ailleurs ne furent jamais des contre-révolutionnaires et qu'il était injuste de les persécuter. Toujours est-il que Zheng Chaolin est resté classé comme "contre-révolutionnaire" même après avoir été nomme membre du Comité politique consultatif de Shanghai. Récemment ses mémoires ont été publiés à usage interne, c'est-àdire pour un nombre restreint de dirigeants, et sa traduction des Dieux de D. Merezhkovski a été republiée. Mais pour aucun de ses écrits les plus importants on n'a donné l'autorisation de publication. Ses mémoires ont paru en anglais aux Etats Unis (Humanities Press, 1996) sous le titre An Oppositionist for life, Memoirs of the Chinese Revolutionary Zheng Chaolin.
Wang Fanxi