Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

UKRAINE

7 ans d'indépendance et de crise

· Inprecor n° 429, novembre 1998 · p. 34 · 1 049 mots

URSS et Russie

Le 29 mars 1998 se sont déroulées les élections Soviet suprême d'Ukraine et aux soviets des différents niveaux - région, ville, quartier. Les suites de ces élections se firent voir très rapidement : elles n'apportèrent rien de positif aux citoyens.

Le personnage politique le plus en vue de ces élections était l'ex-premier ministre de L. Koutchma, Pavel Lazarenko. Il avait été limogé par un décret de L. Koutchma et accusé de corruption, de détournement du budget de l'état et des grandes ressources financières au bénéfice de la compagnie Systèmes énergétiques unifiés d'Ukraine (l'interlocuteur privilégié de la compagnie russe Gazprom). En tant que premier ministre, P. Lazarenko avait vidé les budgets urbains et les avait transférés dans le complexe agro-industriel. Aux postes d'administrateurs principaux dans la majorité des régions d'Ukraine il avait fait nommer responsables agricoles les anciens de la nomenklatura du PCUS. C'est ainsi qu'apparurent en ' gros propriétaires dans l'agriculture. Une grande partie en avait été privatisée depuis longtemps, un parti agrarien était apparu (regroupant les gros propriétaires des moyens de production et du sol) ainsi qu'un réseau de banques agricoles. Il s'agissait véritablement d'un processus criminel se déroulant en dehors de toute loi. D'après les lois ukrainiennes les kolkhozes et les sovkhozes sont toujours là et la propriété du sol appartient toujours à l'État avec vente interdite. Les bases matérielles de l'agriculture ne furent pas renouvelées sous Brejnev et demeurent sous la dépendance des ressources laissées en héritage par l'URSS. La situation des villageois est bien pire que celle de habitants des

En ce qui concerne les récentes élections on peut les caractériser ainsi :

1 — le conflit entre le président L. Koutchma et l'opposition des "défenseurs du peuple" en la personne du Soviet suprême d'Ukraine sortant n'était qu'une farce pré-électorale de la part des partis, mouvements et personnalités qui s'efforçaient de remplir à leur usage le nouveau Parlement;

2 — il n'existe aucune opposition de gauche ou de droite au président ni aux structures de son pouvoir. Il n'y a qu'une lutte des clans financiers et industriels pour le partage du pouvoir. Tous les partis et groupements du parlement ne sont que des partis du pouvoir. Ils ne sont que des fragments de l'état et du gouvernement;

3 — les députés et les élus au niveau du quartier, de la ville et de la région représentent une partie de l'appareil des "tchinovniks" , supports de l'activité de l'administration étatique;

Trois mois avant les élections du 29 mars, dans toutes les régions de l'Ukraine a été constitué le parti Hromada (Ensemble) avec à sa tête L. Lazarenko. Ce parti représente la direction politique de l'un des plus puissants clans des possesseurs de terre, d'entreprises d'alimentation, de matériel agricole et de capital financier, sans oublier la nomenklatura économique et administrative du PCUS.

Pendant la campagne électorale le parti Hromada s'est présenté comme un "Conseil des ministres oppositionnel" dirigeant la lutte contre l'emprise du capital étranger sur le pays. Pour mener sa campagne Hromada a dépensé, selon les données de la presse, environ 100 millions de dollars US, principalement en corruption, pots-de-vin et achat de places au parlement. Tous les autres partis réunis ont dépensé environ 50 millions de dollars. En dépit de ce financement gigantesque, Hromada n'a reçu les voix que de 8-10% de tous les participants au vote.

A la suite de Hromada se profila le Bloc des partis socialiste et paysan, financé par le parti agrarien et, séparément, le PC d'Ukraine (KPU), lui, sous les auspices de Hromada.

L'ensemble de ce pseudo-bloc Socialiste-Communiste-Paysan a rassemblé environ 30% des voix. Sur 90 places à pourvoir au parlement sur liste de candidats de partis (1) les socialistes-communistes en vendirent 40 en bloc aux représentants de Hromada, dont celles de P. Lazarenko, de banquiers, de directeurs et de riches agrariens. C'est un fait que dans les régions industriellement développées de l'Ukraine pas un seul candidat du PC ou du PS n'a gagné dans aucune circonscription. Telle est leur popularité personnelle

Les élections à peine terminées, il ne restait plus trace de l'activité des partis Demeurait sur le papier le programme du Conseil des ministres oppositionnel : "Cent semaines pour une vie

Pendant le semestre de son existence le nouveau parlement qui s'était défini "le seul défenseur du peuple" face au pouvoir anti-populaire du Président, ne manifesta aucune apparence d'activité

Fin septembre il était déjà évident que la crise s'aggravait à grande allure, cependant au sein des sommets politiques de l'élite ukrainienne c'était l'accord parfait. Pas un seul député, pas un seul parti ou groupement ne s'est efforcé de prendre la défense des citoyens. La majorité de ceux qui constituent l'élite ont de profondes racines dans le passé, dans les organes nomenklaturistes du PCUS. Avec leurs clans familiaux ils ont volé le présent et maintenant ils s'efforcent de voler à des millions d'hommes leur futur.

L'existence de la CEl à la place de l'ancienne URSS, avec ses monstres étatiques dégénérés, a complètement démoli toutes les théories pseudo-démocratiques et pseudo-socialistes sur le capitalisme populaire, la régulation étatique des prix dans l'intérêt du consommateur, les entreprises propriété collective des producteurs, l'existence de secteurs entiers de l'industrie en autogestion sur la base du marché. La réalité a très vite détruit le mythe des chefs patriotes dont le but dans la vie serait de se soucier du bien-être des travailleurs et de faire revivre le PCUS qui en un an rétablira l'URSS et tout ce qui existait avant 1985.

Et quelle est l'issue dont il faut rechercher non pas l'achèvement mais le commencement ?!

Le commencement il est seulement dans la lutte de ces mêmes millions d'hommes et de femmes que l'on vole au nom du "communisme soviétique" tout en le reniant chaque jour.

L'essence du marxisme consiste à faire renaître des forces capables de lutter et de se développer. Non pas pour intensifier la misère des citoyens et renforcer le pouvoir de l'oligarchie mais pour libérer des millions d'hommes de la misère morale, physique et sociale. Alors pourra emprunté le chemin vers la victoire lorsque des millions de citoyens, encouragés par une meilleure situation sociale, sauront pour quoi et contre qui ils mènent la lutte. 1. La moitié du Parlement est élue à la proportionnelle sur liste de partis, l'autre moitié est élue au scrutin majoritaire simple dans les circonscriptions (ndt).

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