La gauche travailliste très importantes malgré le court laps de temps dont nous avons disposé pour les affermir. La stratégie de la lutte armée a été abandonnée au profit de celle de la désobéissance civile, aspect décisif dans tout processus de rénovation. Le discours d'affirmation nationaliste de la nation basque devient un discours d'intégration citoyenne, qui place les revendications politiques au-dessus des problèmes identitaires, ce qui lui permet à son tour de normaliser la différence, de vivre avec elle, et fait avancer l'idée du pluralisme des formes d'organisation dans le nouveau regroupement politique. Toutes les inerties sectaires du passé récent n'ont pas encore été dépassées et il est probable qu'apparaîtra à un moment un vertige à l'heure de parier de manière définitive sur cette nouveauté qui commence à naître. Nous sommes confrontés à la responsabilité d'ouvrir un nouveau processus constituant basque en rupture avec le pouvoir central et en conflit avec le nationalisme basque modéré, mais ce qui semble être une difficulté supplémentaire, constitue en fait un avantage de plus, car cela oblige toutes les gauches basques à renforcer leur unité et à placer l'action politique et la mobilisation citoyenne au centre de leurs relations mutuelles.
Pour faire sortir les prisonniers politiques des prisons, nous devrons organiser une mobilisation générale du peuple basque. Pour ouvrir un processus constituant national, nous avons besoin d'une instance légitimée socialement à partir de laquelle il pourra être impulsé. Cette instance ne sera pas le Parlement basque parce nous n'y jouissons pas d'un rapport de force suffisant, mais pourrait être une Assemblée générale des municipalités, apte à représenter la société basque dans son ensemble, en cas de conflit pour la légitimité démocratique avec d'autres instances parlementaires. C'est la même chose en termes de revendications sociales contre le chômage et l'exclusion. Aucune d'entre elles ne se frayera un chemin dans les institutions législatives sans une mobilisation générale préalable et radicale des travailleurs basques. C'est dans l'organisation de ces combats politiques que nous aurons à mener que se forgera la rénovation de la gauche qui s'annonce depuis la candidature de Euskal Herritarok.
par Neil Murray* _ e congrès du Parti travailliste
(Labour Party, LP) qui s'est tenu tir septembre, fut un événement étrange. D'une part, "l'Alliance à la base" (Grassroots Alliance) de type centre-gauche gagnait 4 des 6 sièges à pourvoir au Comité Exécutif National (le NEC) par l'élection directe de l'ensemble des membres, et le député de gauche, Dennis Skinner, ratait de moins de 20 voix une des 3 places à élire par l'ensemble des parlementaires nationaux et européens. D'autre part, ce fut un congrès méconnaissable par tous ceux et celles qui sont habitué(e)s à participer aux congrès travaillistes (ou syndicaux), ou traditionnellement des décisions sont effectivement débattues et tranchées à propos des questions-clé politiques. Un congrès muselé
Sous le nouveau régime intérieur du LP, installé l'an passé et appelé "Partenariat du pouvoir" (Partnership in Power), le congrès n'est plus organisé autour de résolutions politiques. Celles-ci sont en grande partie détournées vers une nouvelle instance, appelée "Forum politique national" (National Policy Forum) qui produit régulièrement de longs rapports. Ils diffèrent peu des déclarations gouvernementales, sauf qu'ils sont moins concrets. Ces rapports embrassent de vastes sujets tels que la réforme de l'État-providence ou l'Europe, ils arrivent au congrès pour y être approuvés chacun dans sa totalité, mais sans pouvoir être amendé ou soumis au vote en étant divisé en différentes parties, par exemple.
Partnership in Power admet la pos* Neil Murray est journaliste. Cet article est repris du mensuel britannique Socialist Outlook.
Pays Basque & Grande Bretagne surprend Blair sibilité que le NPF présente aussi des rapports minoritaires, mais personne ne sait si cela se fera effectivement, ni qui pourrait écrire de tels rapports. Cette année, la plupart des rapports qui arrivaient devant le congrès furent "intérimaires" : quels que fussent les points de vue exprimés au congrès, tout fut renvoyé au NPF avant d'être présentésdevant le prochain congrès, sans que l'on connaisse l'opinion du congrès actuel ou du rapporteur... Parfois, cela discutait beaucoup avec des points de vue "forts", mais sans vote. Ainsi, plusieurs dirigeants syndicaux ont critiqué les propositions contenues dans le projet typiquement blairiste "Équité au travail" (Fairness at Work), mais le rapporteur, membre du NEC , n'a pas référé ni répondu aux critiques. Le secrétaire général du
Travailleurs des Communications (CWU), Hodgson, devait recevoir l'ovation debout pour son attaque contre la possible privatisation de la Poste (objet aujourd'hui d'une intense spéculation), mais, à nouveau, le rapporteur ne répondait
Les sections locales du Parti (Constituency Labour Parties), les syndicats et les "clubs" socialistes (socialist societies) avaient la permission de déposer des textes, étroitement définis, comme "résolutions d'actualité" qui, par implication ne devraient pas toucher aux enjeux traités par les rapports émanant du NPF. Ainsi, plusieurs résolutions furent déposées à propos des licenciements dans l'industrie manutacturière, la nouvelle loi "antiterroriste", le Livre Blanc sur le droit d'asile et les bombardements américains sur le Soudan et l'Afghanistan. D'autres résolutions "hors norme", déposées par plusieurs syndicats, furent tolérées. La ligne Blair passe
Par décision de la direction du
Grande Bretagne Parti, le congrès eût la permission de voter sur quatre "sujets d'actualité" considérés prioritaires. Ce fut un exercice assez académique. Car il apparût rapidement qu'une série de résolutions avaient été passées à certains secrétaires généraux des syndicats, plusieurs jours avant le début du congrès (tandis que les délégué(e)s élu(e)s dans les sections locales du Parti les reçurent à l'ouverture du congrès) qui en avaient sélectionné quatre. Sans surprise, leurs priorités coïncidèrent parfaitement avec ce qui se trouvait dans le tract distribué l'entrée par "Labour First" dévoué à la direction Blair.
Trois des "priorités" portaient sur l'Europe, les transports et le gouvernement local. La quatrième traitait de la réforme électorale et plaidait pour le statu quo actuel du système "First past the post" [qui franchit en premier la ligne d'arrivée est élu(e)], en d'autres termes, un système uninominal limité à un tour pour les élections parlementaires nationales. Cette position conservatrice antidémocratique va à l'encontre de la commission Jenkins pourtant mise place par le gouvernement Blair pour réformer le système ! Si la réforme de Jenkins passe, le Labour aura moins de chances de gagner les prochaines élections. Si elle ne passe pas, le gouvernement Blair sera fortement embarrassé. En fin de compte, il n'y a pas eu de vote !
Contrairement aux discussions alimentées par les rapports du National Policy Forum, le nombre d'intervenants fut limités à 6 sur chaque résolution d'actualité. Cela a créé un mécontentement très fort parmi les délégués. La discussion sur les transports fut clôturée par deux résolutions: une déposée par la TGWU (Transport and General Workers Union) qui soutenait à fond la politique du gouvernement, et une autre du RMT (Rail Maritime Transport) qui se prononçait en faveur de la renationalisation des chemins de fer et s'opposait à la privatisation du métro londonien. Personne d'autre que les protagonistes du RMT ne put prendre la parole pour défendre cette dernière motion. De ce fait, elle fut largement minoritaire.
Quant à la résolution sur "le gouvernement local" , UNISON, le principal syndicat du secteur public plaida en faveur de la privatisation avec mise en concurrence (le projet "Best Value") de certains services locaux. Les seuls autres votes à la conférence acceptaient les propositions de la direction Blair de réorganiser la sélection des parlementaires (mieux contrôlée par la direction), l'organisation des femmes dans le Parti (dont le rôle est limité et moins efficace), et la scandaleuse refonte de la sélection des candidats-parlementaires pour les élections européennes de juin 1999. La bonne surprise à gauche
Sur cet arrière-fond qui empêcha l'expression de tout désaccord avec la politique gouvernementale, l'élection au Comité Exécutif National des "dissidents" Mark Seddon, Cathy Jamieson, Liz Davies and Pete Willsman fut une réussite incroyable. Surtout après la tentative coriace de la liste "Les membres d'abord" (Members First), dévouée à la direction du Parti, pour leur infliger une défaite dévastatrice.
D'après la réforme blairiste du Parti, connue sous le nom de "Partenaire au pouvoir", les règles interdisent désormais aux parlementaires de se porter candidat dans la partie du Comité exécutif National qui est directement élue, au sein des sections locales du Parti (le CLP) par tous les membres. Cette règle avait été introduite par Blair pour empêcher l'élection des députés oppositionnels comme Denis Skinner, Ken Livingstone et Diane Abbott. En limitant les candidatures aux membres "ordinaires", ils espéraient faire élire ceux qui jouissaient d'un soutien affiché de la part de la direction. Mais plusieurs organisations de la gauche du Parti, ensemble avec le courant "Labour Reform" (une partie de la vieille droite d'avant Blair, mais mécontente à cause de la centralisation accrue), se sont mis d'accord sur une plate forme et une liste de six candidats sous le nom de "Alliance à la base" (Grassroots Alliance).
Au départ, il y avait 10 candidats promus par la direction pour les 6 places ouvertes. Mais comme l'opposition réussît à passer à l'offensive, ce nombre fut rapidement ramené à six. "Membres d'abord", une organisation sortie "du néant", lançait une puissante campagne en faveur de ces derniers. Il s'avéra qu'elle disposait d'un budget d'au moins 100 000 livres sterling (environs un million de francs français, et six millions de francs belges), en grande partie fournis par le syndicat de la métallurgie, et d'une entreprise spécialisée dans les appels téléphoniques pour mobiliser les votants. On est même allé jusqu'à envoyer des bulletins de vote à des membres qui avaient quitté le Parti. La direction du Parti a lancé de violentes attaques contre "l'Alliance à la base" Le secrétaire général du Parti, supposé être neutre dans la campagne électorale interne, s'est particulièrement illustré dans cette campagne ainsi que Neil Kinnock, ex-dirigeant du Labour, membre de la Commission de Bruxelles, qui caractérisait ces candidats comme « trotskistes » et « à la solde des trotskistes ».
Les candidats de 'l'Alliance à la base" ont pu parler lors de nombreuses réunions à travers le pays, y compris des conférences des syndicats. Beaucoup de militants ont distribué le matériel et ont, à leur tour, actionné le téléphone. Contrairement à ceux de "Membres d'abord" fut fait sur une base volontaire par des membres du Parti et non par une entreprise commerciale extérieure.
Mark Seddon, éditeur de la revue de gauche Tribune, arriva en tête avec 56% de l'ensemble des votes. L'Alliance réussît aussi à faire élire tous ses candidats aux sections "Conference Arrangment Committee". Elle occupe un quart des sièges au National Policy Forum. Celui-ci est constitué des membres élus au plan régional, des délégués du congrès, des membres élus par les syndicats ainsi que des parlementaires. Loin du compte...
Cette victoire "électorale" doit être mise en perspective. Car, il y a un danger que la gauche, euphorique, ne perde de vue qu'elle a été incapable d'influencer un tant soit peu la ligne politique du Parti. Sur le plan des élus, la gauche s'est rentorcée. Sur le plan politique, la direction a gagné sur toute la ligne. Les quatre sièges (sur 32) ont été gagnés dans un Comité Exécutif national (NEC) qui est dépouillé totalement de ses préroga-
tives d'antan.
La politique s'est enfouie dans ce National Policy Forum dépourvu de tout fonctionnement démocratique, et, en fin de compte, dans un Joint Policy Committee (Comité Politique unifié), présidé par Blair lui-même et composé pour moitié de représentants des cabinets ministériels et pour moitié de délégués du NEC. Là aussi toute opposition est muselée par Blair.
Les quatre élus de la gauche au NEC se sont engagés à lutter pour la démocratie au sein de celui-ci et de faire des rapports publics à ceux qui les ont directement élus. Des membres du NPF ont promis de défendre le droit de présenter des rapports politiques minoritaires devant le congrès national du Parti et le recours aux débats et aux votes. C'est bon, mais on est loin encore du compte.
Si la gauche atteint ces quelques objectifs, il reste à mener la bataille principale contre la politique droitière du gouvernement Blair. Pour y arriver, il faudra à la fois organiser démocratiquement le courant de gauche, et porter le débat et le combat au-delà des frontières du Parti.
La Grassroots Alliance fut organisée par le courant qui s'appelle la "Campagne pour la démocratie au sein du LP" (Campaign for Labour Party Democracy), qui visait, lors du congrès, à garder à tout prix une présence de "Labour Reform" au sein des instances du Parti, en écartant ce qu'ils appellent "l'ultra-gauche" et en refusant aussi de s'engager dans une mise en cause de la politique de Blair. Des membres notoires de ce courant sont des partisans actifs d'une politique d'austérité.
Le problème principal de la gauche britannique, qu'elle soit dans le Labour ou en dehors, c'est le très bas
Grande Bretagne niveau des luttes sociales. Les dernières statistiques montrent que l'on se trouve à un niveau historiquement bas du nombre de grèves. C'est une indication de ce qui sera nécessaire pour sortir de la dépression actuelle, suite aux détaites que Thatcher avait infligées au mouvement ouvrier. Blair a un boulevard ouvert devant lui. Au dernier congrès du TUC (la grande Confédération syndicale) la majorité des syndicats s'est alignée derrière lui. Ceux qui sont dirigés par la gauche, sont trop faibles pour peser dans le rapport de forces.
La perspective pour la gauche c'est de construire patiemment une opposition contre cette politique, dans le mouvement syndical et sur le plan politique. Un futur nouveau parti ayant des racines dans la classe ouvrière, sera le résultat des grandes batailles à venir.