Le gouvernement mexicain adopte une nouvelle politique économique
Manuel AGUILAR Sergio RODRIGUEZ
En 1979, le Mexique entre dans une situation politique qui met fin à toute une période ouverte en 1968-1970 par la crise politique engendrée par le mouvement étudiant de 1968.
Pendant la dernière décennie, des changements fondamentaux se sont produits, qui ont transformé un grand nombre d'aspects de la vie économique, SOciale et politique du pays. Il est courant au Mexique de parler de 1968 comme de l'année frontière de l'histoire récente du pays. Néanmoins, il serait plus précis de dire qu'en 1968 a commencé tout un processus qui a transformé le pays. Dix ans après, la caractérisation de la période est évidente. Le 2 octobre 1978, la grande manifestation qui a commémoré, en exigeant l'amnistie générale, le massacre de Tlatelolco, a été un fait significatif qui a montré le changement réalisé. Plus de 100000 personnes se sont organisées dans les cortèges syndicaux, étudiants et de partis, avec une conscience claire de leur force. Le temps des ambiguités politiques et des carences de définition idéologique, à la mode il y a dix ans, est terminé.
Un mouvement révolutionnaire jeune mais puissant a surgi entre-temps. Un mouvement ouvrier plein de potentialités commence à apparaître sur la scène, luttant pour son autonomie et son indépendance de clas-
Mexique
En 1979 souvre
- fondée sur le pétrole -pour acquerir une plus grande autonomie par rapport a l'imperialisme americain se, et qui possède des alliés puissants et de confiance : une paysannerie toujours combative, un secteur croissant des travailleurs des services qui s'identifie à la cause prolétarienne et un large secteur étudiant qui adopte les positions socialistes.
L'élément déterminant de ces changements sociaux et politiques est une économie capitaliste dépendante qui a atteint un niveau de semi-industrialisation et qui a subi des mutations décisives. Au début de 1979, la nouvelle politique économique du régime a été définitivement confirmée : le gouvernement de Lo-
Portillo a décidé de baser sur l'exploitation des nouveaux gisements pétroliers la relance d'une économie qui, en 1976 et 1977, a subi sa crise la plus grave depuis quarante ans. Avant d'en arriver à cette conclusion, qui déterminera dans une large la situation du gouvernement actuel, si ce n'est celle des dix années à venir, le régime est passé par deux périodes clairement définies depuis 1968.
La première a commencé avec la présidence de Luis Echeverria et a été caractérisée par l'effort du régime pour retrouver sa position sociale, qui avait été atteinte par les événements de 1968. Agissant presque naturellement en accord avec ses expériences historiques, le régime bonapartiste mexicain a une nouvelle période cherché l'appui de ses réserves réformistes en annonçant l'augmentation des salaires, l'élargissement de la sécurité sociale et d'autres mesures du même type. C'est durant les années antérieures à la récession généralisée de 1974 que le régime a utilisé à fond ses privilèges historiques. Le résultat est apparu dans la dette publique envers l'étranger : d'un peu plus de 3 milliards de dollars en 1968, en 1973 elle dépassait 10 milliards et en 1976, avant la dévaluation du peso, elle passait les 20 milliards.
La dévaluation du peso à la fin de 1976 a mis le régime dans une situation délicate. De fait, les agences impérialistes de fiété totalement satisfaites par la politique d'Echeverria, ont déterminé la dévaluation. Mais celle-ci était inévitable en raison de l'inflation accélérée de 1973-1975, du déficit croissant de la balance des paiements et du commerce extérieur ainsi que de la crise agricole qui frappe le pays depuis la fin des années soixante.
Les actifs politiques du régime et, depuis 1974, la découverte de nouveaux gisements pétrolifères dans le Sud-est du pays ont permis à Echeverria de neutraliser les effets directs de la récession généralisée. Mais en 1976, en raison d'une situa-
décembre exprime sans péri- penses de la sécurité sociale, en classe ouvrière mexicaine.
tion ambigüe dans laquelle le pouvoir de ! lancien Président Echeverria n'était plus le même, alors que le nouveau Président qui venait d'être élu - Lopez Portillo - n'exerçait pas encore totalement le sien, le régime s'est trouvé totalement vulnérable.
En 1976 et 1971, le regime a payé le prix de sa faiblesse face à l'impérialisme en se soumettant aux plans imposés par le Fonds monétaire interational. C'est dans cette conjoncture qu'est arrivée 1978, année pendant laquelle le gouvernement a décidé d'effectuer une transformation historique son cours économique : attendre tout de la relance par l'exportation du pétrole. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Alors qu'en 1973, il devait importer 5300 barils par jour, en 1977 le Mexique exportait 206000 barils par jour et en 1978, 1400000 barils par jour, chiffre qui sera doublé en 1981. La presse internationale parle de réserves supérieures à celles de l'Arabie saoudite, et le Mexis'intègre pleinement au groupe des gros exportateurs de pétrole. La possibilité, toujours mise en échec par les pressions des Américains sur le gouvernement mexicain, Mexique adhère à POPEP, devient actuellement de plus en plus grande.
Le choix de Lopez Portillo est historique. Elle signifie que la politique économique nationaliste traditionnelle en ce qui concerne le pétrole - encore acceptée de fait par Echeverria -est abandonnée. Il est certain que cet abandon ne se fait pas réticences. Le gouvernement mexicain espère utiliser sa nouvelle carte pour obtenir une plus grande autonomie par rapport à l'impérialisme américain et, par exemple, il a refusé de vendre le gaz naturel au prix fixé par le Sénat nord-améri-
Mais les données politiques et économiques sont incontestables. A cet égard, la rude franchise de The Economist du 30 phrases la véritable situation à laquelle sont confrontés deux pays, indépendamment de ce que disent leurs gouvernements. L'organe de la City déclare : " Au cours de l'année 1978, le Mexique, qui était un producteur pétrolier ment secondaire, est devenu un pays qui possède des réserves exploitables supérieures à celles de l'Arabie saoudite et dix fois supérieures à celles de l'Angleterre... cela est suffisant pour faire du Mexique, dans une période de six ans, le fournisseur le plus important et le plus commode des Etats-Unis. Ceci a créé un changement profond dans la balance du pouvoir de l'hémisphère occidental.»
La brusque décision de revenir sur un cours nationaliste forgé dans la meilleure tradition historique du gouvernement (Cardenas et l'expropriation pétrolière de 1938 sont une référence fondamentale gravée dans la conscience populaire) est dûe à des causes diverses, l'élément fondamental étant la situation économique du capitalisme au Mexique et la riposte des masses populaires qui n'ont pas accepté passivement le «plan d'austérité » que leur gouvernement leur
L'insertion croissante l'économie mexicaine dans le capitalisme mondial est la raison fondamentale de l'abandon total des projets de « capitalisme national indépendant », chers à l'idéologie des gouvernements issus de la révolution mexicaine. En fait, ces projets étaient utopiques dès le début. Mais il a fallu la conjoncture actuelle, directement liée au domaine-clé du pétrole, pour qu'apparaisse clairement aux yeux des larges masses la véritable nature du gouvernement mexicain, dépendant et associé à l'impérialisme. Les conséquences de ce tournant seront immenses pour l'ensemble de la vie sociale mexicaine.
«Le plan d'austérité» a eu comme objectif de faire tomber sur les épaules des travailleurs le poids de la crise : en bloquant les salaires, en réduisant les dé.
accélérant le chomage, etc. Rien que dans le secteur des travailleurs au service de l'Etat (fonctionnaires), il y a eu 80000 licenciements. Si on considère qu'en soi le chômage est une des plaies traditionnelles de l'économie mexicaine (le gouvernement reconnaît qu'il y a plus de 40% de la population économiquement active en chômage), on comprend que c'est le problème le plus grave dont souffrent les travailleurs mexicains.
Le mouvement syndical ne s'est pas beaucoup préoccupé de ce problème et néanmoins, commence à se développer un mouvement de chômeurs, surtout dans le secteur des services, comme par exemple médecins et les travailleurs du gouvernement mentionnés plus haut : dans ces secteurs, il y a déjà eu des manifestations, des grèves de la faim, etc.
Cette politique d'austérité a eu comme conséquence la mobilisation sous une forme ou sous une autre de l'ensemble de la classe ouvrière. Dans les derniers mois, il y a eu un très grand nombre de mouvements de grève. En 1976 ont eu lieu entre 300 et 600 grèves dans le pays, beaucoup étant entreprises par les syndicats nationaux. En 1977, il y en a eu encore plus et pour l'année qui vient de s'achever, les statistiques prouveront certainement qu'elle été plus agitée que les deux précédentes.
Ces mobilisations sont confrontées à un stratagème légal trouvé par gouvernement pour arbitrer et freiner les luttes des travailleurs. La participation du secrétaire du Travail (ministre) pour reconnaître la légalité des grèves, leur existence elle-même, et leurs directions syndicales, a été une arme du patronat pour s'opposer aux luttes des travailleurs les plus radicalisés et pour les licencier.
L'absence de libertés syndicales, de libertés démocratiques en général, est un défi permanent auquel doit répondre la
Le chômage énorme du Mexique est aussi la cause de l'autre grave problème qui le relie aux Etats-Unis: le flux croissant (presque un million par an) de travailleurs «sans papiers» qui passent la frontière afin de vendre leur force de travail pour quelques dollars.
Jusqu'à aujourd'hui, population a constitué le principal instrument de pression face au gouvernement mexicain qui se trouve en position de faiblesse à ce sujet. En effet, la seule menace du gouvernement
Etats-Unis d'expulser centaines de milliers de Mexicains qui vivent « illégallement» sur son territoire constitue un motif de grande préoccupation pour un gouvernement qui doit déjà trouver du travail pour des millions de chômeurs.
La possibilité que le gouvernement mexicain utilise l'argument du pétrole pour équilibrer sa position par rapport aux Etats-Unis est réelle et concrète.
Les luttes des dernières années montrent que dans l'année qui commence, les conditions pour que les travailleurs mexicains prennent le chemin de l'indépendance de classe commencent à exister. En effet, ce n'est pas au niveau de la défense syndicale que le mouvement ouvrier mexicain est faible. Les luttes des travailleurs mexicains sont combatives mais manquent du niveau de conscience nécessaire pour permettre tariat d'entreprendre la marche vers l'autonomie Néanmoins, la lutte syndicale a commencé peu à peu à former une « avant-garde de classe » plus ou moins importante, qui peut déjà compter sur plusieurs milliers de membres, conscients de la véritable nature de l'ennemi de classe auquel ils sont confrontés et qui est l'Etat. Par exemple, dans les tendances nationalistes traditionnellement liées aux secteurs bourgeois de type cardenistes (partisans de l'ancien Président Cardenas, 1970), elles-mêmes, comme la démocratique électriciens, dirigée par Rafael Galvan, ce processus de différenciation est à l'œuvre. Des courants de ce mouvement nationaliste commencent joindre aux partis ouvriers et à avancer une alternative de classe. Quelques-uns, comme les travailleurs du nucléaire, voient dans le PRT cette alternative de classe et luttent pour construire des courants de classe au sein de la Tendance démocratique.
En 1978, ce mouvement au sein des syndicats a coincidé avec un large mouvement démocratique pour l'amnistie qui s'est élevé pour commémorer le dixième anniversaire du massacre du mouvement étudiant à Tlatelolco. Son élan anti-gouvernemental et irréductiblement contraire à la collaboration de classe ne manquera pas d'influencer ce processus de maturation ouvrière.
Les premiers tournants cette situation provoque au sein de l'appareil officiel ont lieu dans la bureaucratie syndicale directement liée à l'Etat et au parti officiel, c'est-à-dire dans ce qu'on appelle le « charrisme». En premier lieu, il a dû changer certaines méthodes pour tenter d'intégrer de nouveaux courants, soutenant à sa façon et à son rythme les luttes qu'ils entreprennent. Comme tout contrat collectif doit être signé par les centrales bureaucratisées, elles se voient obligées de soutenir les luttes entreprises par les sections «démocratiques» (d'opposition), si elles ne veulent pas être débordées ment. Néanmoins, quand les mobilisations dépassent une limite, quand il ne s'agit plus de questions de salaires, de chômage et des conditions de travail, et quand les travailleurs commencent à poser les problèmes de la direction syndicale nationale, de la démocratie interne, le charrisme réagit immédiatement, y compris de façon violente. Il fait appeler la police et l'armée pour réprimer les mobilisations.
Cette politique est de plus en plus difficile à appliquer. Le processus de radicalisation est accompagné de la participation du parti marxiste révolutionnaire, de l'apparition des tendances
«lutte de classe», qui sont déjà en germe dans tout le pays, dans plusieurs syndicats nationaux, et qui seront un défi de plus en plus important pour le charrisme par rapport à ce qu'elles sont aujourd'hui.
Au niveau politique plus large, la situation mexicaine est couronnée par le projet gouvernemental appelé « réforme politique». Cette « réforme politique » constitue le complément naturel de la politique d'austérité. C'est le revers de la médaille de la politique contre le mouvement ouvrier qui a été entreprise, car le gouvernement est obligé de faire en même temps une série de concessions à la base sociale sur laquelle il s'appuie. L'objectif fondamental de la réforme politique est ainsi de dévier la lutte politique de l'intérieur des syndicats vers la lutte parlementaire. Il s'agit d'obtenir un compromis social avec les partis ouvriers pour qu'« ils cessent de créer des problèmes dans les syndicats», comme disent les dirigeants gouvernementaux. Il s'agit de les amener à la lutte électorale, parlementaire, et qu'ils s'y tiennent. Le rôle que doit jouer le réformisme dans ces conditions est fondamental. Les partis réformistes sont d'une importance vitale pour l'Etat, pour récupérer à travers eux des secteurs entiers qui ont échappé à la bureaucratie syndicale... Il s'agit d'arriver à un nouveau pacte historique, comme celui de 1940, pour permettre un nouveau développement économique du pays sous la domination capita-
La position face à la «réforme politique» détermine de plus en plus l'attitude des partis, y compris ceux de gauche. Comme cela est typique dans de telles situations, la bourgeoisie, quand elle considère que son cours réactionnaire contre les travailleurs est trop difficile à imposer sans certaines concessions politiques, ouvre certaines valves démocratiques. Au Mexique, c'est exactement ce qui dans les derniers mois. Et si nous ajoutons à ces nécessités bourgeoises le large mouvement pour l'amnistie qui
a eu lieu au Mexique grâce à l'action des partis et organisations démocratiques et révolutonnaires, on aura un tableau complet de la situation politique mexicaine spécifique l'entrée de la nouvelle année.
De la part de la bureaucratie syndicale, la réaction, contradictoire, a été de tenter de se préparer pour contrecarrer l'action des nouveaux partis au sein de la classe ouvrière... D'une part elle forme des groupes qui doivent réprimer violemment, si nécessaire, l'action des militants de ces partis. Mais d'autre part il est clair qu'elle doit aussi aspirer à récupérer sa légitimité, sa base sociale qui s'effrite en même temps que son tuteur, le gouverement et son parti officiel. C'est pour cela qu'elle doit adopter un langage «radical», prétendûment de gauche, pour essayer de freiner les mobilisations ou en tout cas pour les canaliser dans la meilleure direction possible pour ses intérêts. Mais la contradiction dans laquelle est enfermée cette bureaucratie syndicale mexicaine est insurmontable, car l'élan principal de la classe ouvrière pour obtenir un pays démocratique se concentre d'abord sur ses organisations de classe les plus proches, les syndicats. Et la démocratie syndicale est exactement la mort du charrisme syn-
La «réforme politique» cherche à donner au régime d'autres instruments pour contrôler la radicalisation ouvrière, y compris dans le cas où elle déborderait la bureaucratie syndicale. Le PC mexicain pourrait être le moteur principal de l'intégration de ces secteurs radicalisés et ce n'est pas un pur hasard s'il a été un des trois nouveaux partis reconnus par la nouvelle loi électorale promulguée par le gouverement de Lopez Portillo. Mais le PCM se trouve dans une situation contradictoire qui est aussi très difficile à résoudre. Sa base syndicale est essentiellement une base radicalisée qui n'est pas disposée à signer des pactes avec la bourgeoisie. Ceci explique certainement un des traits les plus caractéristiques de la situation mexicaine, à savoir le fait que le PCM conclut des alliances avec le Parti révolutionnaitravailleurs mexicaine de la IVe Internationale) pour construire des tensyndicales contre charrisme au sein du Congrès du travail, la fédération syndicale qui regroupe la plus grande mouvement ouvrier organisé et qui est contrôlée par les « charros».
DANS NOS
PRECEDENTS NUMEROS no 38: Le traité de paix sino- japonais, un accord signé sur le dos des peuples d'Asie; Mexi que : le populisme sans avenir du parti au pouvoir; Zimbabwe:
la dernière période de Smith ?;
Algérie : vers l'autodissolution staliniens dans des le parti unique; France : le mouvement syndical depuis les élections de mars; Livres : 'URSS et no 39: Nicaragua : déclaration du SU de la IVe Internationale;
Iran : la colère des masses; A bas le Shah : déclaration du SU de la IVe Internationale; Maroc :
continuité et changements ne suppriment pas les contradictions; Document : un nouveau
«complot» trotskyste en Tchecoslovaquie; Chine: l'heure de la
«démaoïsation» (30 novembre).
no 40: Grande-Bretagne : la dernière année du gouvernement Callaghan; RFA : les sidérurgistes pour les 35 heures; Pé-
: création du PRT; Iran :
pour une république ouvrière et paysanne; Index des articles parus dans «Inprecor» en 1978;
Tchecoslovaquie : lettre de Petr
Uhl au ministère de l'Intérieur;
RDA : après le Congrès Bahro;
Le mouvement des femmes en
Inde (14 décembre 1978).
Il est certain que le caractère stalinien du PCM pousse son appareil à un accord avec l'Etat.
Mais cette voie ne peut être suivie sans contradictions, et il faut tenir compte de celles-ci cher la pot, les ser tions ne sont pas encore réunies pour qu'un pacte social de type front populaire soit réalisé entre le gouvernement et le PCM, comme le montrent les luttes récentes dirigées par le PCM, et qui sont directement confrontées à la répression gouvernementale : les luttes des mineurs de Nacozari, des travailleurs de Pena Pobre, et aussi les conflits au sein de la couche la plus élevée de la direction du PCM, comme les récents événements qui ont conduit à la démission de Martinez Nateras de son poste au secrétariat du Comité central, le deuxième poste politique par son importance dans la hiérarchie, s'expliquent seulement par l'énorme contradiction qui existe entre la ligne stalinienne qui inspire la direction de ce parti et la résistance de beaucoup de ses à mettre en pratique de façon conséquente une telle ligne.
Evidemment, cette situation ne durera pas définitivement, mais son importance est telle que toute négligence dans l'évaluation de cette situation et dans l'intervention qui en découle pourrait être un lourd handicap dans la tâche de construction du parti marxiste révolutionnaire au Mexique.
Cette stratégie marxiste révolutionnaire passe aujourd'hui par la lutte pour l'autonomie et l'indépendance de la ouvrière par rapport à l'Etat et au parti officiel, le PRI (Parti institutionnel). Cette revendication centrale est aussi celle des secteurs en lutte les plus avancés. Cette indépendance est politique et programmatique. Elle ne s'identifie pas à la rupture avec les organisations ouvrières existantes, contrôlées « charros». L'indépendance politique est étroitement liée à la démocratie syndicale. De fait, dans la situation actuelle de la lutte du peuple mexicain, point central l'obtention de la démocratie. Les luttes étudiantes d'il y a dix ans ont
June étape débouchant aujourd'hui sur les luttes ouvrières. Cette lutte pour la démocratie converge directement et naturellement avec les formes d'organisation prolétarienne traditionnellement révolution-
Le «Comité national de grève» du mouvement étu-
diant de 1968, constitué de délégués élus par les assemblées d'écoles et de facultés, a été un exemple vivant pour le prolétariat, qui a permis à celui-ci de ne plus s'organiser seulement dans les instances syndicales officielles, mais de recourir de plus en plus aux délégués départementaux. C'est ainsi que sont apparus quelques-uns des syndicats les vlus importants dans les domaines de l'automobile du textile, syndicats qui se trouvent aujourd'hui à la tête des luttes ouvrières au Mexique. Les travailleurs ont pour axe la lutte contre le plan d'austérité : pour une aug mentation générale des salaires, pour une grève générale comme seul moyen de l'obtenir, contre les mauvaises conditions de travail, pour le droit à la syndicalisation, pour le droit aux contrats collectifs et à la grève, droits mis en question par le gouvernement au moyen de lois spécifiques qui font que plus de deux millions de travailleurs n'ont pas le droit de se syndiquer, de faire la grève ni de bénéficier des contrats collec-
Certaines luttes plus avancées permettent déjà à certains secteurs de la classe ouvrière de formuler des revendications tendant vers le contrôle ouvrier de la production : contrôle des rythmes de travail, ouverture livres de comptes, etc.
Mais la maturité croissante du mouvement populaire qui se développe dans le pays permet que le vaste élan en faveur de la démocratie et contre le gouvernement s'étende à de nouveaux secteurs, comme celui des femmes. L'embryon de mouvement pour les droits des homosexuels est significatif, la lutte pour l'amnistie a déjà été mentionnée, et, surtout, des couches toujours plus larges de la population comprennent de plus en plus la nécessité de lutter pour une solution de rechange ouvrière et paysanne au gouvernement du PRI.
La conjoncture mexicaine ouvre une perspective à la politique du Front unique ouvrier (FUO) en tant que tactique-clé pour l'homogénéisation et l'indépendance de classe. caractère des organisations syndicales contrôlées par les « charros» devient manifeste quand ceux-ci doivent exprimer, de façon indirecte et déformée, les aspirations de la base : augmentations de salaires, unité d'action, etc. Il n'est donc pas contradictoire de proposer une tactique de FUO en même temps que l'on lutte pour l'indépendance de classe par rapport au PRI et au gouvernement, c'est-à-dire qu'en même temps l'on lutte contre le char-
La contradiction du charrisme apparaît dans toute son ampleur dans la mesure où il s'inl'appareil d'Etat en tant que représentant des organisations syndicales et non l'inverse. De plus, en même temps que la bureaucratie «charra» s'oppose au blocage des salaires, elle justifie et reprend l'argumentation qui prétendent ne pas avoir les moyens financiers d'augmenter les salaires. Son inconséquence ne lui permet pas non plus d'organiser une action commune, qui supposerait la rupture de l'isolement des grèves partielles et devrait converger en une grève générale. Le rôle de la tactique de FUO est de promouvoir d'abord dans la propagande et ensuite, de plus en plus, dans la pratique, les solutions ques du moment (comme la grève générale). Il est aussi de démasquer et de dénoncer concrètement et efficacement la bureaucratie « charra» aux yeux des secteurs (encore majoritaires) qui, quoique méfiants, ne voient pas d'autre solution que celle qu'elle propose.
Lors de la le Assemblée ordinaire du Congrès du travail, l'action des marxistes-révolutionnaires et d'autres forces « anticharras » s'est révélée efficace à
D'abord, la première proposition pour réaliser cette assemblée est issue d'un des puissants syndicats d'électriciens (le syndicat mexicain des électriciens) qui à cette époque préparait une grève pour lutter contre le plan d'austérité. L'initiative d'une «assemblée nationale du prolétariat», proposée par les électriciens, a été reprise par la bureaucratie « charra », dénaturée et freinée, mais, de fait, mise partiellement en pratique. Plus
Dans après sa fondation, le Congrès du travail ne s'était jamais réuni. En juin demier, sa le Assemblée a discuté des problèmes qui touchent directement le prolétariat : la riposte ouvrière à la crise, les propositions pour l'intervention du secteur ouvrier dans la «réforme politique» et dans le PRI, etc.
Le PRT s'est immédiatement déclaré en faveur de la participation à l'Assemblée, pour y proposer les mesures que les marxistes-révolutionnaires sonsidèrent comme les plus adéquates pour le mouvement ouvrier. Le PCM a d'abord hésité, mais il a finalement accepté. De cette façon, les délégations de la fédération des syndicats universitaires, principalement, invitées à l'Assemblée, ont exprimé des positions de classe. Un tiers des c'est-à-dire plus de 1000 dirigeants syndicaux, se sont sentis attirés par les positions qu'elles ont avancées, et l'Assemblée dans son ensemble s'est déclarée en faveur de la défense du syndicalisme universitaire, menacé par les lois réactionnaires, et du droit des travailleurs des banques à s'organi-
Il est certain que la bureaucratie « charra » s'est opposée à la grève générale, à de fortes augmentations de aux autres propositions de classe, et a réussi à utiliser l'Assemblée pour renforcer ses positions dans les conflits internes au gouvernement. Néanmoins, un précédent a été réalisé pour de larges secteurs des masses. La prochaine pour l'indépendance de classe est de construire une large tendance au sein du Congrès du travail (c'est-à-dire dans les organisations qui le composent, comme la Confédération des travailleurs du Mexique, la Féouvrière révolutionnaire, etc.) et d'y intégrer les
syndicats indépendants actuels, à condition que disparaisse la clause d'adhésion obligatoire au PRI. Deux syndicats importants du Congrès du travail ont déjà rompu avec le PRI : le Syndicat des téléphonistes, et le SME, qui a été mentionné plus haut.
Toute cette tactique du FUO doit déboucher sur une alternative politique. Cette perspective est celle d'un parti ouvrier indépendant, c'est-à-dire parti ouvrier basé sur les syndicats qui affirment leurs positions de classe face au PRI. Cette politique du FUO garantit l'indépendance de la classe ouvrière dans la mesure où elle affaiblit le contrôle de la bureaucratie, du PRI et de l'Etat sur la classe ouvrière.
Le processus de coordination de ces tendances « anti-charras» prendra du temps. Le cadre fondamental des luttes à venir sera les syndicats. La situation très complexe que traverse le pays rendra inévitables les ruptures au sein de la bureaucratie syndicale. Il ne faut pas oublier que Rafael Galvan, dirigeant de la Tendance démocratique des électriciens, a été membre fondateur du Congrès du travail.
La phase actuelle du mouvement ouvrier au Mexique est celle de sa maturation, de l'organisation, de l'élaboration de courants authentiquement de classe. Tout cela aboutira à des affrontements de classe beaucoup plus violents et généralisés que ceux d'aujourd'hui.
Le PRT se prépare à jouer un rôle dans ces luttes. Il participe dès maintenant aux courants classistes qui se développent tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Congrès du travail. En premier lieu, étant donné son origine, qui est le mouvement étudiant de 1968, il joue un rôle central dans le syndicalisme universitaire, particulièrement dans le syndicat de l'UNAM (Université nationale)
Dans les syndicats qui font partie de la Fédération des travailleurs au service de l'Etat (ESTSE), le PRT et le PCM développent développent également une activité importante. Par exemple, dans le syndicat de l'hôpital général de la ville de Mexico (le plus grand hôpital d'Amérique latine, avec 20000 travailleurs), où comme dans le syndicat de l'UNAM une camarade participe à la direction, chargée particulier des « questions
En ce qui concerne les syndicats de la production, le PRT participe aux syndicats de l'automobile (à ceux qui font partie du Congrès du travail comme aux syndicats indépendants). Dans le Syndicat des cheminots, le PRT est à l'origine, avec le PCM et d'autres courants de caractère centristes, de la formation de « comités de lutte » dans le syndicat contrôlé par les «charros». Dans quelques villes importantes du pays, ces comités de cheminots ont déjà un rôle décisif : à Mexico, à Mon-
Aguascalientes dans l'Etat de Sonora. La tâche à accomplir en ce domaine est de coordonner et de donner une ligne commune à ces comités de lutte.
Au niveau de la lutte politique, le PRT entre dans l'année 1979 renforcé par le succès d'une campagne de grande ampleur en faveur de sa légalisation comme parti politique. Des dizaines de meetings dans les rues, des milliers de tracts, deux campagnes économiques, plucampagnes électorales, des journées épuisantes pour avec une carte d'électeur valide, plusieurs campagnes de presse et la mise à la disposition de toutes les activités quotidiennes du PRT pour la campagne pour la légalisation, tout cela représente quelques-uns des aspects de cette campagne nationale qui a duré plus d'un an.
Le 28 novembre, la Commission électorale nationale a décidé d'accorder (malgré le vote contre du délégué hyperstalinien du Parti populaire socialiste) la légalisation au PRT en tant qu'« association politique». La loi anti-démocratique qui réglemente l'enregistrement des partis au Mexique a été imposée au PRT avec toute sa rigueur. Il doit encore parcourir un long chemin avant d'obtenir sa transformation en « parti définitivement légal», statut dont ne bénéficient que les partis du gouvernement (le PCM fait partie d'une catégorie intermédiaire entre le PRI et le PRT, celle des partis à «légalisation conditionnelle»).
Quoiqui en soit, le PRI aborde avec plus de force et de sécurité les élections fédérales de cette année, auxquelles la gauche va pour la première fois participer légalement, avec ses candidats et ses programmes.
En conclusion, une étape de développements politiques importants s'ouvre au Mexique. Ces développements convergent avec une situation mondiale qui l'affecte de plus en plus directement. specialement, les conséquences de la révolution iranienne sont déjà évidentes aujourd'hui. Les Etats-Unis, fondamentalement préoccupés par le Moyen-Orient, le Sud-Est asiatique et l'Afrique, voient soudain surgir à leur porte, au Sud du Rio Bravo, une situation difficile qui apparaît sans qu'ils soient suffisamment préparés pour l'affronter. De son côté, le gouvernement mexicain se dispose à s'affronter aux masses à l'aide de la relance par le pétrole.
Ceci, néanmoins, après les événements iraniens, ne manquera pas de l'inquiéter. En effet, de même que dans ce pays, tous les ingrédients sont réunis au Mexique pour rendre la situation explosive.
Le 5 janvier 1979