Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BOLIVIE

La situation bolivienne, les élections et les fronts politiques

Inprecor n° 43, 18 janvier 1979 · p. 18-20 · 1 720 mots

Pérou et Bolivie

vie, rend nécessaire l'évaluation de la situation politique de ce pays andin. Que signifie en particulier ce 180e coup d'Etat militaire ?

livienne de la IVe Internationale), et un bref commentaire d'intro-

Bolivie

La situation bolivienne, les élections et les fronts politiques

Le second coup d'Etat en un an, quia eu lieu récemment en Boli-

Nous reproduisonsici une déclaration récente du POR (Section boduction d'un dirigeant du POR.

De façon géographique, on peut dire qu'avec le coup d'Etat de Banzer en 1971, le centre de décision du pouvoir politique était passé de La Paz à

Santa Cruz, région où s'étaient les investissements concentrés impérialistes depuis la révolution d'avril 1952. Un secteur bourgeois dynamique et agressif s'était développé en association avec ces investissements. Ce secteur a commencé à opérer avec

Banzer.

Le coup d'Etat contre Pereda dirigé par le général Padilla et réalisé par ceux qu'on appelle les «militaires-institutionnalistes», s'inscrit comme un épisode du conflit à l'intérieur de la bourgeoisie, qui tend à mettre fin, quoique de façon partielle, à l'hégémonie de l'industrie agricole, en donnant un plus grand poids aux autres secteurs bourgeois, qui opèrent en majorité à

La Paz, dans les usines, le comla construction, les mimerce, nes, etc. Ces secteurs semblent avoir adopté la position de Carter et de l'ambassade américaine de «démocratisation flexible», afin de prévenir des affrontements prématurés, alors que leurs forces sont divisées et que les forces armées ont perdu tout prestige et sont elles-mêmes divisées.

Ces luttes au sein de la bourgeoisie, qui à leur tour expliquent les changements d'attitude des forces armées, s'expriment au niveau politique par l'effritement des partis et des fronts qui représentent le bloc agro-industriel. L'UNP (Union nationaliste du peuple) est dissoute. Les groupes qui la composent cherchent de façon confuse à réaliser de nouvelles alliances, la personnalité de Banzer devant être au centre d'un nouveau regroupement. De même, l'instrument politique du régime Banzer-Pereda, a savoir le Pacte militaro-pavsan et la Confédération nationale paysanne légaliste, se désagrège.

Dans l'UDP (Union démocratique populaire), le secteur bourgeois du MNRI (Mouvement nationaliste révolutionnaire indépendant) est mal à l'aise avec ses alliés communistes pro-Moscou et fait pression pour une ouverture à droite, qui rendrait l'UDP encore plus « modérée ».

Néanmoins, les tendances d'un premier regroupement se dessinent déjà.

Ce qu'on appelle la ligne bourgeoise démocratique qui, elle-même, a des nuances, pousse à des élections rapides qui donneraient naissance à un gouvernement constitutionnel, avec un double objectif: a. contenir et dévier les luttes des masses jusqu'aux élections, en les compromettant dans la défense de l'institutionnalité bourgeoise; b. sur cette base, améliorer les relations de l'Etat capitaliste bolivien et obtenir un soutien financier externe pour le sauver de la crise à laquelle il est confronté.

Ce secteur est lié à la politique de Carter concernant les droits de l'homme et l'ouverture démocratique. C'est le secteur le plus habile de la bourgeoisie, qui se propose de sauver le régime capitaliste de ses problèmes actuels. Il cherche à hâter les élections et le changement de gouvernement, avant que les masses boliviennes n'accentuent leur radicalisation et ne se tournent vers la gauche révolutionnaire.

L'autre ligne est celle des secteurs bourgeois durs, c'est-à-dire l'extrême-droite, qui cherche actuellement à se regrouper à partir de Santa Cruz, avec les restes des groupes et des tendances qui ont gouverné avec Banzer. LES CLASSES OPPRIMEES SE REORGANISENT

La classe ouvrière achève la réorganisation de ses syndicats. Elle se mobilise partiellement pour des revendications économiques et pour la récupération des libertés et des droits démocratiques. Néanmoins, il lui manque encore une cohésion nationale autour de ses revendications salariales et des perspectives politiques avancées dans ses thèses programmatiques en vigueur. Dans une certaine me-

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sure, son activité lors des dernières élections, et ensuite l'action de l'UDP, qui constitue un frein modérateur des luttes, ont empêché un plus grand progrès du mouvement ouvrier.

Ce qui se passe dans la paysannerie est plus spectaculaire. Pratiquement, le Pacte militaro-paysan a cessé de fonctionner. Des tendances politiques importantes sont apparues à la campagne. La Confédération nationale paysanne légaliste s'est réduite aux bureaucrates à la solde des ministères de l'Intérieur et des Affaires paysannes. La bourgeoisie, à travers l'Eglise et le ministère des Affaires paysannes, cherche à empêcher ce processus et à bloquer le tourant de la paysannerie vers la COB (Confédération ouvrière bolivienne), qui matérialiserait l'alliance ouvrière et paysanne, base indispensable pour la victoire des masses.

Au sein de la petite-bourgeoisie, on observe aussi une recrudescence des luttes, avec la grève des employés de banque, les mouvements des professeurs, des employés dans le commerce et l'industrie, etc.

Le mouvement lycéen et universitaire est activement mobilisé et cherche à récupérer ses conquêtes relatives à la gestion universitaire et pour un enseignement de caractère démocra-

Mais ce processus a été bloqué à mi-chemin par les succès initiaux des tendances réformistes et social-démocrates qui se trouvent dans l'UDP. LE ROLE DE LA GAUCHE

L'expérience des luttes antérieures, sur le plan pratique, montre que les masses peuvent progresser dans leurs renvendications jusqu'à un certain niveau, mais qu'arrivées à ce point, elles reculent ou endurent une défaite si elles n'ont pas résolu le grave problème de la direction politique révolutionnaire. L'instrument qui permet de répondre à cette question est le parti révolutionnaire, qui prend corps dans les masses et qui a sur elle une autorité politique. En Bolivie, existe à sa place plusieurs petits partis qui se disent révolutionnaires, ouvriers et de gauche.

Pendant les dernières élections sont apparus deux fronts : PUDP et le FRI, apparemment semblables et de gauche.

L'UDP n'est pas apparue pour répondre à la nécessité créée par la crise de direction révolutionnaire, mais précisément dans un but contraire, celui d'empêcher la radicalisation révolutionnaire des masses ou d'y faire obstacle. L'UDP est un front inter-classiste dominé par un secteur bourgeois (le MNRI) qui, seul, prétend sauver le régime capitaliste en retournant à un régime constitutionnel et à la démocratie bourgeoise. Sa stratégie n'est pas celle de la révolution, mais celle de réforme capitaliste, amenant au gouvernement un secteur bourgeois supposé progressiste. C'est un projet bourgeois auquel se sont ralliés des secteurs ouvriers (PC) et universitaires (MIR -Mouvement de gauche révolutionnaire).

Le FRI (Front révolutionnaire de gauche) au contraire, reconnaît le rôle dominant du prolétariat à la tête des masses opprimées et comme dirigeant du processus révolutionnaire. Bien que son programme et sa plate-forme de lutte présentés à la Cour électorale souffrent d'imprécisons et d'une certaine obscurité, le FRI a dans un sens général présenté dans sa campagne une alternative ouvrière et socialiste. C'est ainsi que le FRI justifie son existence et pourrait devenir la solution provisoire et transitoire aux problèmes de la crise de direction révolutionnaire, en attendant que se construise le parti prolétarien, marxiste-révolutionnaire. Sa justification, par conséquent, ne naît pas de la quantité de votes qu'il a recueillie aux demières élections, mais de ce problème de direction révolutionnaire posé de façon urgente par la situation bolivienne, et que le FRI doit résoudre pour reconstruire le pays sur des bases socialistes. LE FRI, SES ERREURS, SON PROGRAMME ET SES PERSPECTIVES

Il faut rappeler que le FRI a manqué d'homogénéité lors des élections. Ce fut une erreur de supprimer les sigles des partis et organisations qui le composent : le Parti communiste (marxiste-léniniste), le Parti ouvrier révolutionnaire (Avant-

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garde communiste), le Parti ouvrier révolutionnaire (Combate) et le Parti révolutionnaire des travailleurs. Ceci a favorisé le sectarisme et la déloyauté. Il n'y a pas eu d'intégration de ses composantes dans des tâches communes. Face aux masses, le FRI a hésité quant au choix des secteurs où il devait travailler prioritairement pour gagner de l'influence. De peur de choquer les secteurs bourgeois modérés, il n'a pas mis clairement toute sa force dans la campagne vers les masses ouvrières et paysannes, au point que dans beaucoup de cas, il était difficile pour la plupart des gens de le différencier de l'UDP.

Après les élections, ces faiblesses organisationnelles et politiques ont subsisté et se sont étendues à d'autres plans. Bien que le FRI ait fréquemment répété qu'il n'était pas électoraliste, dans les faits il a porté la plus grande partie de son attention aux activités préparant les nouvelles élections, délaissant les problèmes des masses auxquels il aurait dû apporter des solutions révolutionnaires. En cela, il s'est laissé supplanter par l'UDP.

D'autre part, sous la pression de quelques-unes de ses composantes qui se faisaient l'écho des critiques de la droite et l'accusaient d'isolement et d'ultragauchisme, le FRI a été amené à entamer des pourparlers et à signer des documents communs avec le MNRH (Mouvement nationaliste révolutionnaire historique) de Paz Estensoro, le PRA de Guevara et la Démocratie chrétienne de Miguel. Cette attitude erronée d'apporter sa caution à des partis bourgeois discrédités faceau mouvement ouvrier, a été alimentée par des tendances favorables à un processus révolutionnaire par étapes et à la collaboration de classes avec des secteurs de la bourgeoisie. Le FRI n'avait pas besoin d'accompagnateur bourgeois pour se prononcer contre la « continuité» et pour exiger des élections rapides ou pour protester contre les atteintes aux droits de l'homme. Il aurait pu le faire seul avec un plus grand impact sur les masses. Il serait naif de penser que cette attitude ait amené ces partis bourgeois sur les positions de la classe ouvrière; en réalité c'est le contraire qui s'est passé

Il est correct d'élargir la base du FRI. Mais il faut le faire en s'ouvrant vers la gauche pour s'adjoindre les groupes qui sont restés en dehors, en prenant l'initiative et en agissant avec souplesse, sans sectarisme ni bureaucratisme. Ceci doit être fait en même temps que le FRI commence à intervenir dans les secteurs ouvriers et paysans organisés pour les convaincre de se joindre au front. La lutte, la clarté politique des objectifs et l'intervention : déterminée dans tout le processus renforceront le FRI. Alors que les hésitations et les compromis avec des secteurs bourgeois l'affaibliront et finalement le détruiront.

Le POR peut et doit être à l'origine de cette nouvelle dynamique du FRI, en même temps qu'il se construit, s'enracine dans les masses et se renforce lui-même pour peser beaucoup plus en face de ses alliés du front.

Une des corrections fondamentale qu'il faut faire se réfère à la plate-forme de lutte et au programme, qui doivent prendre le sens d'un programme de transition dans la conjoncture actuelle. Cochabamba, 6 décembre 1978

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