1968 en 106Q
Thèses sur la nouvelle montée de éclenchée par la grève des étudiants et la nuit des barricades du 10-11 mai, la crise révolutionnaire qui s'est produite en France pendant le mois de mai 1968 constitue la plus large mobilisation révolutionnaire en Europe
YAnKIS •
VIVETA
VIETNAMENE La JCR à Berlin, février 1968. La jonction opérée avec le mouvement antiautoritaire de la jeunesse allemande exerça une grande influence en mai 1968. occidentale depuis trente ans. Elle a englobé jusqu'aux couches les plus marginales de la population et entraîné une importante partie des classes moyennes nouvelles. L'Etat bourgeois a été rendu impuissant pendant près de quinze jours. La combativité des manifestants a permis de nombreux affrontements directs avec les forces de répression. Les initiatives spontanées de contrôle et même de pouvoir de masse en opposition aux institutions gouvernementales, patronales et autres intégrées dans le système capitaliste se sont multipliées. Les spécificités de Mai 68
Le mouvement de mal 1968 a mis objectivement à l'ordre du jour pendant quelques jours (du 24 au 30 mai) le ren* Nous reproduisons ci-dessus un chapitre des thèses sur la nouvelle montée de la révolution mondiale, adoptées par le ge congrès mondial de la IVe Internationale, qui a eu lieu en Autriche en avril 1969 en présence de 98 délégués et observateurs de 30 pays. Ce congrès a été marqué par l'adhésion de la Ligue communiste de France (fusion du PCI, section de l'Internationale, et de la Jeunesse communiste révolutionnaire, dont les militants ont été à la tête du mouvement étudiant en France en mai 1968). Ces thèses ont paru dans la revue Quatrième Internationale, n°37, 27° année, mai 1969. Les intertitres sont de la rédaction d'Inprecor:
France la Révolution mondiale (extrait)* versement de l'ordre bourgeois et la conquête du pouvoir. L'absence d'une direction de rechange ou d'éléments d'une telle direction suffisamment reconnus par les ouvriers a permis aux directions traditionnelles, notamment celles de la CGT et du PCF qui avaient derrière elles la très grande majorité de ALUTION la classe ouvrière, L'IMEE ASP de trahir ce mouve- ment, le canalisant vers des objectifs économiques dans la lutte pour lesquels les travailleurs ont montré une combativité débordant à maintes reprises les directions syndicales officielles. Outre l'ampleur qu'il a prise, le mouvement de mai 1968 se différencie des mouvements antérieurs du prolétariat français (1936 et 1945-47) par les caractéristiques suivantes :
a) le détonateur n'a pas été constitué cette fois-ci par une victoire électorale (front populaire) ou par une victoire dans une alliance d'un État ouvrier avec les démocraties impérialistes, mais par une lutte des étudiants, des lycéens et de larges couches de jeunes ouvriers. Cette lutte avait un caractère révolutionnaire par ses formes (affrontements avec les forces de l'Etat) et par son niveau politique (lutte pour le socialisme et l'internationalisme) ;
b) l'avant-garde révolutionnaire politiquement indépendante des direction traditionnelles, y compris de la direction stalinienne, a pris des dimensions de masse au cours de plusieurs manifestations à Paris ;
c) le contexte international. En 1936, en Espagne et en France, la lutte des masses se produisait face à une Europe où s'étendait le nazisme et à une Union soviétique où le stalinisme acquérait ses aspects les plus monstrueux. La crise de mai 1968 est survenue après la victoire de l'offensive vietnamienne du Têt, simultanément à une lutte parallèle des étudiants dans plusieurs métropoles impérialistes et à une nouvelle poussée antibureaucratique dans les États ouvriers (chute de
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sations à sa disposition que de petites formations politiques (trotskistes, maoïstes, anarchistes). Son implantation dans les entreprises était insignifiante : il ne s'agissait pas d'un manque de militants, mais l'appareil avait étouffé toute minorité pendant des dizaines d'années, avait barré l'accès des plus petites fonctions syndicales à tous ceux suspectés d'opposition à la ligne du PCF. En outre, jeunes étudiants et lycéens, d'une part, et jeunes ouvriers, d'autre part, ne se connaissaient pas préalablement au déclenchement du mouvement ; ce n'est qu'au cours des actions engagées par les étudiants que les jeunes ouvriers qui n'avaient pas trouvé un pôle d'attraction dans les entreprises rejoignirent ces actions en nombre chaque jour croissant. La trahison des dirigeants du PCF
Le bilan de trahison de la direction PCF-CGT s'établit comme suit :
— Elle s'est opposée à la lutte révolutionnaire des étudiants et a tout fait pour qu'il n'y ait pas de liaison politique et organisationnelle entre eux et les ouvriers ;
— Elle a dissocié les diverses catégories de travailleurs (industrie privée, secteur nationalisé, fonctionnaires) au lieu de les réunir sur un programme commun:
— Elle a refusé de proclamer la grève générale illimitée sous prétexte que celle-ci existait en fait, mais en réalité pour ne pas avoir à mettre en avant le seul d'ordre mot répondant à une telle grève : un mot d'ordre gouvernemental de lutte pour le pouvoir;
— Elle a négocié en ignorant les volontés des travailleurs et accepté des accords indignes que les travailleurs d'eux-mêmes ont rejetés ;
- Elle n'a jamais pris la moindre initiative pour mobiliser les grévistes, se bornant soit à les maintenir enfermés dans les entreprises, soit à les renvoyer chez eux pour n'y rien faire ;
— Elle n'a cessé de combattre et de calomnier les « gauchistes », encourageant en sous main les violences physiques, comme par le passé, mais n'a jamais organisé les ouvriers pour se défendre contre les bandes réactionnaires et les forces de répression étatiques;
— Elle n'a jamais mis en avant le mot d'ordre de dissolution des forces de répression qui étaient envoyées contre les étudiants (gardes mobiles, CRS) ; Cortège de la JCR à Berlin, février 1968.
— Elle a trahi la défense des militants « étrangers » face aux décisions répressives du pouvoir (affaire Cohn-Bendit), faisant ainsi passer ses intérêts fractionnels avant l'internationalisme prolétarien et aux dépens de lui ;
— Elle n'a jamais dénoncé publiquement les manœuvres de Mitterrand et
de Mendès-France et a continué de courir après la FGDS pour obtenir un « programme commun », en deçà de la situa-
- Elle a eu une attitude équivoque sur le référendum un moment décidé par de Gaulle ;
— Elle n'a jamais cherché à renverser de Gaulle et a été la première a accepter sa décision de tenir des élections législatives ;
— Elle n'a pas voulu utiliser un mouvement qui conduisait au socialisme, recherchant « démocratie nouvelle » de caractère bourgeois.
Cette trahison de la direction du PCF a été le principal atout du capitalisme français désemparé pendant plus de quinze jours et dont les forces armées n'auraient pu venir à bout même d'une partie du mouvement qui englobait avec les villes grandes et petites d'importants secteurs de la paysannerie. Avancée de la conscience ouvrière
Malgré cette trahison, les travailleurs français ne sont pas défaits. Par les grèves revendicatives dans lesquelles le mouvement a été fragmenté, ils ont obtenu généralement des avantages, variables selon les industries ou services, mais assez substantiels. Dans leur majorité ils ne se sentent pas frustrés. Une minorité croissante a par ailleurs compris la trahison des directions traditionnelles. Les ouvriers ont réappris, au cours du mouvement, des méthodes de lutte de classe que les appareils avaient mises en sommeil depuis quinze à vingt ans (manifestations de rue combatives, non respect des dispositions légales en matière de préavis de grève, d'organisation de démonstrations, etc.; supériorité de ces méthodes sur les pétitions et autres interventions légales, démarches parlementaires, etc.). Les ouvriers ont débordé les directions en plusieurs occasions, notamment on repoussant les accords de la rue de Grenelle ; l'autorité des directions en a été diminuée. La poursuite des grèves a été caractérisée par une combativité de secteurs nombreux et importants et des provocations patronales et gouvernementales ont suscité, souvent malgré les directions, des réponses militantes (usines Renault l'apparition d'une force d'avant-garde sur la gauche du PCF, un des plus importants acquis du mouvement de mai 1968, a été constitué par de nombreuses formes de « dualité de pouvoir », qui ont été plus ou moins amples et plus ou moins temporaires. Ces manifestations sont une preuve que le mouvement de mai dépassait de beaucoup une lutte en vue de satisfaire les revendications économiques sociales élémentaires et qu'une partie de ses participants se posait consciemment des objectifs beaucoup plus éle-
Le mouvement de mai 1968 a été d'une façon encore insuffisante une première mise en œuvre d'un programme do transition. Cela s'est vérifié dans les entreprises (où la question de la gestion et du contrôle ouvrier s'est trouvé posée dans plusieurs cas), sans parler des grands services publics dont le fonctionnement partiel ou total, dépendait de leur personnel. Cela s'est vérifié également dans de nombreux milieux (professions libérales, cadres, sportifs...) contre les institutions officielles. Cela est S ROTE EUROPA EUROPA A ROSSA posé de la façon la plus profonde dans l'enseignement à tous les degrés.
Un bilan dans ce domaine fournira de nombreux éléments pour concrétiser le programme de transition en France Dans les entreprises la question du contrôle ouvrier comme élément préparatoire à la gestion ouvrière doit être au centre des préoccupations des militants d'avant-garde. A cette question est liée directement celle des comités élus démocratiquement. Une des plus grandes faiblesses du mouvement a résidé dans le fait que, sous le nom de « comités de grèves », on retrouvait dans presque tous les cas les commissions exécutives des sections syndicales, reliées entre elles par l'appareil bureaucratique des syndicats. Celles-ci transmettaient dans la plupart des cas la politique de la direction de la CGT dans la classe ouvrière, tandis que de véritables comités de grèves, élus démocratiquement par tous les grévistes, syndiqués ou non, auraient pu être la véritable émanation de la base et se relier entre eux dans un réseau non bureaucratisé formant ainsi des organismes où une véritable direction révolutionnaire aurait pu s'affirmer. Hégémonie des révolutionnaires dans la jeunesse
Un autre acquis important du mouvement de mai 1968 réside dans le déclin de l'influence des partis ouvriers traditionnels dans la jeunesse estudiantine et lycéenne. Pour la première fois depuis l'origine du stalinisme, les forces révolutionnaires peuvent aujourd'hui
Congrès pour l'Europe rouge, Bruxelles 1970 Deux photos de la tribune. En haut, Pierre Frank, Livio Maitan Alain Krivine Charles Michaloux. Er bas. Ernest Mandel, P Frank, Guy Desolre e Alain Krivine. Ce congrès avait réuni les militants de toutes les section européennes de l'Internationale.
ВІРАСНАЙ ЕВРОТА
EC PIROS EUPPAU LIVE RED EUROS conquérir l'hégémonie politique, et même la prédominance organisationnelle, dans une couche sociale tout entière qui, même si elle est largement minoritaire et marginale par rapport au prolétariat industriel, possède cependant de multiples courroies de transmission sociales avec celui-ci (écoles professionnelles ; emplois dans l'industrie de nombreux étudiants et universitaires, etc.) sans parler de la possibilité d'impact subjectif, surtout sur la jeunesse ouvrière. L'élaboration d'un programme de revendications transitoires qui per-
mette de consolider cette hégémonie politique et cette influence de masse — soumise à d'inévitables fluctuations de par la nature sociale même du milieu étudiant — est une tâche vitale pour les révolutionnaires français.
Ces deux acquis importants du mouvement de mai 1968 confluent pour créer des conditions beaucoup plus favorables à la construction du parti révolutionnaire. Celui-ci ne peut pas encore être un parti de masse. Il est déjà plus qu'un simple groupe de propagande. Il est déjà capable de mobiliser et de faire agir des forces qui peuvent influencer une avant-garde ouvrière plus ou moins réduite. C'est en définitive dans cette amélioration des conditions de construction du parti révolutionnaire qu'il taut saisir le résultat le plus important de la crise révolutionnaire de mai, la meilleure garantie de ce qu'il ne s'agit pas d'une flambée sans lendemain mais du début d'une série de luttes violentes qui s'étendront sur plusieurs années.
En assurant le redémarrage de la révolution socialiste sur le continent européen, la montée révolutionnaire en France a créé de nouveaux rapports entre les trois secteurs de la révolution mondiale (révolution prolétarienne dans les métropoles impérialistes, révolution coloniale, révolution politique antibureaucratique dans les États ouvriers). Elle a commence a créer les conditions qui permettront de surmonter les déséquilibres et les contradictions que le développement de la révolution mondiale a connus dans les vingt-cinq dernières années. Elle a donné au marxisme révolutionnaire, tel que la Ive Internationale n'avait seule cessé de le défendre, un renouveau éclatant ; elle l'a également enrichi des leçons des nombreuses expériences dans les domaines les plus divers. La portée mondiale de Mai
La crise révolutionnaire en France a eu d'ores et déjà des prolongements dans les pays semi-coloniaux, notamment dans les grandes villes d'Amérique latine (Rio de Janeiro, Buenos-Aires, Santiago du Chili, Mexico) et dans des pays où l'influence de l'impérialisme français restait importante (Dakar) Cette montée a constitué la plus grande aide qui ait été apportée au Viêt-nam et à Cuba socialiste.
La crise révolutionnaire en France a déjà eu des répercussions importantes en Yougoslavie ; des manifestations de solidarité envers les étudiants français ont eu lieu également en Tchécoslovaquie. Le gouvernement chinois, pour des raisons qui lui sont parti-.
culières, a organisé de grandes manifestations de solidarité pour les mouvements du prolétariat français. Dans les autres États ouvriers, c'est-à-dire en Union Soviétique et dans les États ouvriers d'Europe orientale, les gouvernements ont défiguré d'une manière encore plus éhontée que ne l'a fait l'Humanité le mouvement révolutionnaire, en France, n'insistant que sur les revendications, dénigrant et calomniant les « gauchistes », donnant un soutien à de Gaulle dans les moments les plus cruciaux, ne commençant à le critiquer qu'après la trahison du mouvement par
Mais les événements de France ne tarderont pas à être véritablement connus et les mensonges staliniens ne feront que renforcer la résistance antibureaucratique. La répression contre l'intelligentsia et la jeunesse universitaire des dernières années atteste qu'en Union Soviétique aussi les étudiants joueront un rôle très important lors d'une grande montée révolutionnaire des masses contre le pouvoir bureaucratique. Mai 1968 a accéléré considérablement le processus de la révolution politique en Union soviétique. Nouvelles perspectives en Europe
La crise révolutionnaire en France a exprimé et stimulé puissamment des tendances qui opèrent en profondeur dans presque tous les pays européens.
La révolution socialiste européenne avait été figée à la suite de l'échec de la vague révolutionnaire de l'après-guerre, causé par les accords signés par Staline à Yalta, Téhéran et Potsdam avec les représentants des démocraties impéria-
Sur la révolution européenne pesaient alors d'une part la dégénérescence stalinienne de la Révolution russe, d'autre part la défaite de la classe ouvrière allemande en 1933 et celle de la révolution espagnole à la veille de la deuxième guerre mondiale. Pour la première fois, une gigantesque poussée révolutionnaire a ouvert de nouvelles perspectives aux travailleurs européens. La crise a atteint la France la première, en raison de sa situation économique
EST DISSOUTE
CONTINUE
Le gouvernement français avait dissous le 28 juin 1973 la section française de l'Internationale après la contre-manifestation organisée le 21 juin 1973 contre un meeting raciste de l'Ordre nouveau. Il tentait ainsi de limiter l'influence de la
Ligue dans la jeunesse — ses militants furent à la tête des mobilisation de centaines de milliers de jeunes contre la loi Debré en avril-mai 1973. La dissoultion de la Ligue provoqua une salutaire mobilisation démocratique de toute la gauche française. Ici, dans la rue avant le meeting unitaire du 4 juillet 1973.
toujours précaire malgré les transformations effectuées par le capitalisme français dans l'après-guerre ; de la situation politique créée par le régime gaulliste qui, sous les apparences d'un « État fort », avait éliminé dans sa pratique quotidienne tous les amortisseurs fournis par un régime représentatif de type parlementaire; il n'y avait plus dans les domaines les plus essentiels que l'arbitraire d'un seul homme ou d'une équipe restreinte à l'extrême.
Fondamentalement, dans tous les pays européens, le « néo-capitalisme » présente les mêmes caractéristiques de fragilité et la montée en France n'est qu'un signe précurseur des crises qui se manifesteront dans le proche avenir en
Europe.
Les nécessités objectives avaient obligé les capitalistes européens à réaliser une concentration des forces productives sous la forme réactionnaire et étriquée du Marché Commun. Ces mêmes nécessités objectives auront pour résultat de faire revivre dans le mouvement ouvrier européen la plus haute expression du marxisme révolutionnaire, l'Internationale révolutionnaire de masse. Les manifestations d'internationalisme prolétarien qui ont marqué les démonstrations de rue de l'avant- garde révolutionnaire pendant le mois de mai témoignent que la création de l'Internationale révolutionnaire de masse deviendra bientôt un des problèmes majeurs que doit se poser l'avant-garde révolutionnaire en Europe et, avec elle, toute l'avant-garde révolutionnaire dans le monde. (...)
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