Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

VII. POUR L'HISTOIRE DE LA IVE INTERNATIONALE

Entre l'histoire et mémoire

· Inprecor n° 430-431, décembre 1998 / janvier 1999 · p. 64-65 · 807 mots

IVe Internationale URSS et Russie

Entre histoire par Daniel Bensaïd (extrait) * ne histoire contemporaine de la

Ive Internationale est une entreprise délicate et risquée pour plusieurs raisons. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une affaire achevée ou classée. Les interprètes sont souvent encore les acteurs. Le rapport passionnel à la controverse demeure. Cette difficulté méthodologique n'est cependant pas la principale. Le travail de François Moreau donne bien la mesure du problème.

Courant minoritaire du mouvement ouvrier mondial, issu d'une défaite historique de portée catastrophique (victoire du nazisme en Allemagne et contre-révolution bureaucratique en URSS), la Ive Internationale s'est trouvée confrontée depuis sa fondation en 1938 à une masse d'événements colossaux et complexes : la guerre mondiale et les guerres dans la guerre, la reconstruction capitaliste, la formation du glacis soviétique, les révolutions chinoise et yougoslave, les soulèvements antibureaucratiques de Pologne et de Hongrie, la déstalinisation sous Khrouchtchev, les luttes de libération nationale des années cinquante et soixante, les révolutions cubaine et vietnamienne, la révolution culturelle chinoise, l'arme atomique et la course aux armements, les révolutions iranienne et nicaraguayenne, les conflits sino-vietnamien et indochinois, les interventions soviétiques en Tchécoslovaquie et en Afghanistan, la réunification allemande et la dislocation de l'URSS... Une longue existence minoritaire

Comment et au prix de quels périls, une petite organisation internationale peut-elle conserver à travers ces convulsions, une vision du monde commune, une pratique convergente, une mémoire et une continuité, alors que tant de forces et d'intelligences ont été brisées, découragées, désorientées ? * Nous reproduisons ci-dessus un extrait de la préface de Daniel Bensaïd au livre de François Moreau, Combats et débats de la Ive Internationale, éd. vents d'Ouest, Hull (Québec) 1994, pp. 13-15.

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et mémoire

KEFOLUTION TOLL

THATCHEROU

REAGAN OIT

ERALIST CLA

« Troupes britanniques, hors de l'Atlantique Sud ! », militants de la section britannique contre la guerre aux Malouines.

Les Combats et débats de la IVe Internationale sont l'expression de cet effort. Le rapport peut sembler parfois lointain entre la logique interne de la discussion (avec sa part inévitable d'exagérations polémiques, de jugements précipités et de mauvaise fois, et le cours réel de la lutte de classes à l'échelle mondiale. Une existence aussi durablement minoritaire, avec son lot de persécutions staliniennes, ne va pas sans symptômes pathologiques : les petits groupes sécrètent leurs névroses d'échec et accomplissent leur travail de deuil. A fortiori, lorsque la compréhension de la tragédie historique tend à mêler le sens des responsabilités et celui de la culpabilité.

En 1938, Trotsky écrivait que la crise de l'humanité se réduit à la crise de sa direction révolutionnaire. Au moment

REVOLUTION YOUTH

BRITAIN OUT

SOUTH ATLAN

SOCIALIST CHALLER

des procès de Moscou, de la guerre civile espagnole, et à la veille de la guerre mondiale, la formule avait une incontestable actualité et sonnait justement le tocsin de la catastrophe imminente.

Dans la durée, elle mérite plus ample examen : si les conditions « objectives » du royaume de la liberté sont archimûres, si la crise de l'humanité est celle de sa direction, si face à des directions traîtres, les trotskistes représentent la direction rédemptrice, alors l'erreur ou la défaillance ont des conséquences telles pour l'humanité qu'elles confinent au péché mortel. La disproportion chronique entre les buts et les moyens a produit dans nos rangs une dose importante de mégalomanies et de paranoïas critiques, de grandiloquence et de démesure, de farceuses tragédies et de farces tragiques.

Pourtant, par delà cet écume des choses, il vaut la peine de revenir à la substance et aux enjeux des discussions Une organisation durablement minoritaire est guettée en permanence par le délire de persécution et le sectarisme. Elle ne devient pas pour autant fatalement une secte. À suivre le cours des congrès, des controverses, des scissions et des réunifications, en prenant un peu de hauteur, on constate que l'histoire de la Ive Internationale ne perd jamais son rapport au réel. Les problèmes qui l'agitent et la divisent sont bien les problèmes cruciaux pour le présent et l'avenir de l'humanité. Ses débats et ses combats maintiennent un fil d'intelligibilité. Des univers de pensée se sont effondrés dans l'épreuve (celui des staliniens, des maoïstes et de bien des sectes issues du trotskisme). Une réflexion et une pratique collective maintenues font au contraire que le monde actuel nous demeure compréhensible. Cela ne veut bien sûr pas dire que nous ayons tout prévu, que nous ayons toujours eu raison ou que nous puissions nous dispenser de notre propre remise en cause et examen critique. Mais nous ne partageons pas la faillite politique et morale du stalinisme C'est la condition nécessaire, si ce n'est suffisante, pour pouvoir se mettre à rebâtir. Car notre planète n'est pas devenue plus vivable et l'ordre du Capital plus acceptable en cette fin de siècle obscure qu'à son début, qu'en 1917, qu'en 1933, qu'en 1938, ou qu'en 1945. (...)

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