Inprecor 1974–2004

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IV. CRISE DU STALINISME ET RÉVOLUTION COLONIALE

État ouvrier à Cuba

Inprecor n° 430-431, décembre 1998 / janvier 1999 · p. 35-36 · 1 372 mots

Cuba Stalinisme IVe Internationale

État ouvrier à Résolution adoptée par le Vie Congrès mondial

(extrait)* ans la période éminemment transitoire que traverse actuellement la révolution, Cuba a cessé d'être un État capitaliste et est effectivement devenu un État ouvrier par l'application des mesures d'étatisation d'octobre 1960 Cette caractérisation sociologique se base essentiellement sur les trois faca) Après les mesures de nationalisation des entreprises et des propriétés étrangères, la bourgeoisie cubaine, tout en ayant perdu son pouvoir politique, gardait sa position économique, et la nouvelle structure post-révolutionnaire lui permettait même de continuer à accumuler sa plus-value. Mais après les décisions gouvernementales du 14 octobre, le pouvoir économique de la bourgeoisie indigène est aussi éliminé et la propriété capitaliste, y compris des sucreries, disparaît pratiquement dans l'ile. Il est vrai que des secteurs de devraient en principe subsister et même jouir d'une certaine aide, mais ils représentent, surtout dans un pays comme Cuba, un élément économique et social

Cuba tout à fait secondaire qui, dans les condidécisif du point de vue de la caractérisab) La réforme agraire n'a pas impliqué et n'impliquera probablement pas à une échéance courte une socialisation véritable des rapports à la campagne, qui d'ailleurs jusqu'ici n'a pas été réali* Extrait de la résolution sur la nature de la Révolution cubaine adoptée par le VIC congrès mondial, tenu en Suisse du 10 au 15 janvier 1961 en présence d'une centaine de délégués d'une trentaine de pays. Nous reproduisons ce texte de la revue Quatrième Internationale, n°12, 19e année 1eT trimestre 1961. Pour une étude synthétique des positions de l'Internationale à propos de Cuba, on se reportera à l'article de Livio Maitan, La Quatrième Internationale, la révolution cubaine et Che Guevara, paru dans Inprecor n° 417 d'octobre 1997. Les intertitres sont de la rédaction d'Inprecor

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sée non plus en URSS et dans les autres Etats ouvriers. Mais il s'agit quand même d'une réforme très avancée qui a éliminé la propriété impérialiste et les latifundia capitalistes et créé une structure coopérative très large, en voie de développement rapide. Par l'intermédiaire de l'INRA, l'État a d'autre part toute possibilité d'intervenir et de jouer un rôle de contrôle, en évitant que des éléments petits bourgeois potentiellement capitalistes puissent exploiter à leur avantage les contradiction inévitables à cette étape dans la structure agricole nouvelle (différenciation économique des coopératives, conflits d'intérêts entre les paysans membres des coopératives et ceux qui ne le sont pas, hiatus entre la structure coopérative agricole et celle où la propriété paysanne subsiste, etc.)

c) L'Etat a établi essentiellement un monopole du commerce extérieur et peut exercer aussi par cette voie une influence décisive dans la vie économique du pays. (Cette mesure est d'autant plus importante que Cuba est un pays où le commerce extérieur a joué et joue encore un rôle capital).

Par conséquent à Cuba s'est formé un État ouvrier d'origine particulière et de type nouveau. « Démocratie plébiscitaire »

L'appareil du vieil État bourgeois a été essentiellement détruit par la révolution. Cette destruction s'est exprimée surtout sous la forme d'une destruction de l'appareil de répression militaire et

Mais le vieil appareil n'a pas été remplacé par un appareil correspondant aux nouveaux rapports de force, par un appareil démocratique basé Conseils d'ouvriers, de paysans et de soldats, et cette carence représente à l'étape actuelle la faiblesse principale de la révolution. Mais, du point de vue du fond, l'Ejercito rebelde - dont le rôle est loin d'être purement militaire — et les milices ont assuré une forme spécifique, bien que tout à fait insuffisante, de rénovation de l'appareil sur une base de classe paysanne, ouvrière et petite bourgeoise radicale

D'autre part, malgré les limitations bureaucratiques importantes, masses participent de plus en plus activement à la vie politique par l'intermédiaire des syndicats, des coopératives — dont la direction est élue — du mouvement politique du « 26 juillet » et des autres groupes politiques. La participation massive aux meetings monstres, l'attention prêtée aux discours télévisés, etc., sont une autre forme de mobilisation des masses, une forme de « démocratie plébiscitaire » qui, bien qu'essentiellement paternaliste et grosse de dangers, a eu toutefois une signification concrète pour les masses par rapport à ce qu'était la condition politique prérévolutionnaire. Les facteurs de la victoire

Le caractère avancé de la révolution cubaine est confirmé par toute une série de réformes qui ont soit précédé soit suivi les réformes structurelles de base. Des réformes comme celle de l'instruction, celle des loyers et des logements, celle concernant les conditions de certaines catégories déshéritées ou déclassées, etc., ont une portée sociale vraiment révolutionnaire et représentent une rupture complète avec un passé

La révolution cubaine contient aussi bien des traits communs à d'autres révolutions de notre époque que des traits spécifiques du pays (ou d'une catégorie de pays). Les traits communs sont : a) le poids prépondérant des paysans, surtout jusqu'à la prise du pouvoir ; b) le fait que le prolétariat des villes, malgré les traditions politiques et syndicales assez importantes, a joué un rôle moins décisif que celui de l'armée révolutionnaire à composition sociale surtout paysanne ; c) le rôle joué par des cadres issus de l'intelligentsia et des couches petites bourgeoises.

Pour expliquer la victoire de la révolution, il faut cependant tenir compte de certains facteurs spécifiques :

a) Le rôle des paysans a pu être éminemment révolutionnaire non pas tant à cause de leur prépondérance numérique (qui, était à Cuba très inférieure à celle d'autres paya analogues), qu'à cause de leur composition sociale particulière (poids décisif des ouvriers agricoles, pauvreté extrême des petits propriétaires). Il faut ajouter que, dans les conditions des campagnes cubaines, les facteurs idéologiques retardataires (par exemple l'influence de l'Église) jouaient que dans une mesure très limib) La présence d'un nombre important d'ouvriers des industries sucrières qui travaillent à la campagne et qui ont des liaisons multiples avec les paysans, a facilité une alliance de fait entre ces derniers et le noyau prolétarien de loin plus c) La lourde emprise de l'impérialisme yankee à assuré aux motifs anti-impérialistes une portée explosive parmi les couches populaires les plus larges, tandis que l'existence de la dictature féroce de Batista a facilité la mobilisation de la petite bourgeoisie et même de certains secteurs bourgeois libéraux.

Il faut préciser finalement que si le rôle du prolétariat n'a pas été décisif pour le renversement de Batista, il a été nécessaire pour empêcher l'emprise petite bourgeoise ou bourgeoise libérale sur le nouveau régime, et a fortiori pour le développement conséquent anti-impérialiste et anticapitaliste de la révolution.

Tous ces facteurs réunis ont rendu possible la victoire de la révolution, étant donné aussi la faiblesse extrême de la bourgeoisie indigène et sa dépendance complète envers l'impérialisme, et dans un contexte mondial où l'impérialisme n'a pas été en condition d'intervenir directement pour soutenir les vieilles classes dominantes plus que jamais incapables de faire face, à elles seules, au puissant mouvement des masses paysannes et prolétariennes. Une direction empirique audacieuse

La direction fidéliste est née comme une équipe jacobine à la composition sociale et à l'idéologie non prolétariennes et petites bourgeoises, mais elle s'est liée dès le début avec les masses paysannes puis successivement, surtout après la prise du pouvoir, aussi avec les masses prolétariennes. Dans une situation telle que celle de Cuba et dans le international donné, devait subir de plus en plus l'influence puissante de ces masses, se libérer des éléments petits bourgeois et même bourgeois conservateurs, avec qui elle avait trouvé un accord temporaire, s'adapter empiriquement mais cieusement à la logique de la révolution permanente, en allant bien au-delà des buts qu'elle avait conçus.

Même dans l'estimation de la nature et du rôle de la direction fidéliste, il ne faut pas oublier le caractère radical de la paysannerie à qui elle s'est liée. D'autre part, sur le plan idéologique, malgré leurs théorisations, imbues d'éclectisme, fondamentalement petites bourgeoises, (« l'humanisme »), Fidel et ses compagnons n'ont jamais exprimé une idéologie carrément capitaliste, et surtout ils ont démontré assez tôt avoir une conscience politique nette des forces motrices de la révolution. Cela a réduit beaucoup la portée négative de leurs procédés empiriques.

Il ne faut pas non plus sous-estimer le fait indéniable que dans la direction fidéliste, un rôle important a été joué par des hommes qui ont connu et compris les leçons fondamentales du marxis-

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