Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IV. CRISE DU STALINISME ET RÉVOLUTION COLONIALE

La dialectique actuelle de la révolution mondiale

Inprecor n° 430-431, décembre 1998 / janvier 1999 · p. 37-38 · 920 mots

Stalinisme Grande-Bretagne IVe Internationale

Résolution adoptée par le Congrès de Réunification (extrait)* e schéma classique de la révolution mondiale admettait que la victoire du socialisme se produirait d'abord dans les pays les plus développés industriellement, qui serviraient d'exemples aux pays moins développés. « Les pays les plus avancés montrent aux pays moins développés leur propre avenir », écrivit

Marx. Le marxisme considérait d'une manière générale que, pour assurer la victoire du socialisme, il fallait une base industrielle hautement développée et un prolétariat puissant ainsi qu'un mouvement ouvrier politiquement conscient, et que ces préconditions objectives et subjectives ne pouvaient apparaître qu'avec le plein développement du capitalisme.

Il est vrai qu'après la révolution de 1848, Marx exprima quelques doutes au sujet d'une des hypothèses politiques sous-jacentes à ce schéma, à savoir la capacité de la bourgeoisie réaliser une révolution démocratique bourgeoise classique dans les pays modernes. Plus tard, Engels mina davantage ce schéma quand il souligna que la faiblesse relative de la conscience politique de la classe ouvrière britannique était due précisément au fait que la Grande-Bretagne était le pays capitaliste le plus développé, possédant un monopole mondial de haute productivité.

Au début du XXe siècle, Trotsky, en 1905, dans sa théorie de la révolution permanente, qui affirme que la classe ouvrière serait obligée de résoudre des tâches relevant historiquement de la bourgeoisie, et Lénine, en 1914, dans sa théorie de l'impérialisme, qui comporte l'idée que la chaîne impérialiste se casserait d'abord à son maillon le plus faible, montrèrent qu'ils étaient parve nus à comprendre la conséquence principale de la loi du développement inégal et combiné, à savoir que le prolétariat, par suite des contradictions du système capitaliste mondial dans son ensemble, pourrait bien arriver au pouvoir d'abord dans un pays arriéré. Lénine et Trotsky, tous deux, pensaient fermement que la victoire de la révolution dans de telles conditions s'avérerait être seulement le prélude de la victoire de la révolution socialiste dans les pays capitalistes clés et un moyen de faciliter l'issue décisive. C'est dans cet esprit que les bolcheviks prirent le pouvoir en octobre 1917 et fondèrent la llle Internationale en 1919

La révolution a suivi une voie beaucoup plus détournée que ses plus grands théoriciens eux-mêmes ne le pensaient. Nous savons le prix élevé que l'humanité, dans son ensemble, et les ouvriers et paysans des premiers Etats ouvriers en particulier ont eu à payer pour ce détour.

Les trahisons de la bureaucratie réformiste engendrèrent la défaite des révolutions en Allemagne et dans l'Europe centrale, au cours des années 1918-1921, isolant la première révolution victorieuse dans la Russie arriérée et frayant ainsi la voie à la dégénérescence bureaucratique de l'État soviétique et de l'Internationale communiste sur lesquels la bureaucratie stalinienne établit un contrôle rigoureux. D'instrument de la * Nous reproduisons ici l'introduction du document adopté par le Congrès Mondial de Réunification de la Quatrième Internationale, tenu en juin 1963 en Italie en présence des délégués et observateurs de vingt-six pays, qui a mis fin à la scission du mouvement trotskiste international survenue en 1953, regroupant à nouveau la très grande majorité de ceux qui s'étaient séparés alors. Ce document a été publié dans la revue Quatrième Internationale, nº10, 21€ année, 3e trimestre 1963.

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révolution mondiale, le Komintern fut transformé en instrument de manœuvre diplomatique du Kremlin, bloquant ainsi, tout d'abord involontairement et ensuite délibérément, la victoire de la révolution prolétarienne dans de nombreuses situations pleines de promesses dans plusieurs pays. A la fin de la deuxième guerre mondiale, les politiques de collaboration de classe social-démocrate et stalinienne, combinées aux efforts de l'impérialisme occidental, ont conduit à la stabilisation de l'économie capitaliste et de l'État bourgeois dans plusieurs pays impérialistes où la victoire du socialisme était objectivement possible et même imminente.

En résultat des échecs successifs des deux grandes vagues révolutionnaires de 1919-23 et de 1943-48, ainsi que de la vague plus petite de 1934-37, le centre principal de la révolution mondiale passa, pour une période, au monde colonial. La victoire de la

Révolution chinoise de 1949, faisant suite à la vague révolutionnaire d'après-guerre en Europe, inaugura une série ininterrompue de révolutions coloniales. Toutes les révolutions victorieuses depuis 1917, y compris l'établissement d'États ouvriers par des soulèvements révolutionnaires en Yougoslavie, en Chine, au Viêt-nam et à Cuba, eurent ainsi lieu dans des pays relativement arriérés, tandis que la possibilité d'une victoire révolutionnaire prochaine dans les pays impérialistes se trouva différée

Il faut repousser avec vigueur l'idée que ce développement, imprévu des classiques du marxisme, a été plus ou moins fatalement déterminé par des facteurs objectifs ou par un manque de volonté et d'énergie révolutionnaire chez les ouvriers des pays impérialistes. Nul ne peut sérieusement nier que, depuis 1917, diverses montées de masse et même des soulèvements de la classe ouvrière avaient rendu objectivement possible le renversement du capitalisme dans de nombreux pays impérialistes (Allemagne et toute l'Europe centrale 1918-20, Italie 1919-21, Allemagne 1923, Angleterre 1926, Autriche 1933-34, Espagne 1931-37, Belgique 1932-36, France 1935-37, Italie 1943-48 France 1944-48, Angleterre 1945-50, etc.). On ne peut ainsi raisonnablement nier que, dans d'innombrables grèves générales, occupations d'usine, démonstrations de masse, qui ont fait tomber des gouvernements, et mêmes des insurrections qui ont menacé les fondations du pouvoir d'État bourgeois, le prolétariat des pays impérialistes (à l'exception des États-Unis) a montré à de multiples reprises qu'il comprenait la nécessité générale de reconstruire la société sur des voies socialistes et qu'il avait la volonté de réaliser cette tâche. L'échec de toutes ces tentatives n'est pas dû à

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