Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

I. VERS UNE NOUVELLE INTERNATIONALE

Il faut construire de nouveau des partis et l'Internationale

· Inprecor n° 430-431, décembre 1998 / janvier 1999 · p. 17-18 · 1 780 mots

Allemagne Stalinisme URSS et Russie

epuis sa création, l'Opposition de gauche s'était donné pour tache de réformer l'Internationale Communiste et de la régénérer au moyen de la critique marxiste et du travail fractionnel interne. Dans nombre de pays, particulièrement en Allemagne, es événements des dernières années ont mis à nu, avec une force écrasante, le caractère pernicieux de la politique du centralisme bureaucratique. Mais la politique stalinienne, s'armant de mesures de répression extraordinaires, opposa, non sans succès, aux exigences du développement historique, ses propres intérêts et préjugés de caste. Le résultat fut que l'évolution de l'IC prit le chemin non de la régénérescence, mais de la décomposition et de la désagréga-

Le cours vers la « réforme », pris dans son ensemble, n'était cependant pas erroné : il représenta une étape nécessaire dans l'évolution de l'aile marxiste de l'IC, donna la possibilité bolcheviks-léninistes et ne resta pas sans influence sur le mouvement ouvrier dans son ensemble. La politique de la bureaucratie stalinienne eut à subir tout le temps la pression de l'Opposition de gauche. Les mesures progressives du gouvernement de l'URSS qui ont retardé la venue de Thermidor, ne furent que des emprunts partiels et différés à l'Opposition de gauche. mènes analogues, mais à une moindre échelle, pouvaient être observés dans la vie de toutes les sections de l'IC.

Il faut en outre ajouter que le degré de dégénérescence ne peut, de façon générale, être mesuré a priori et seulement par des symptômes ; une vérification vivante des événements est nécessaire. Théoriquement, il était encore impossible, l'année dernière, de considérer comme totalement exclu que les bolcheviks-léninistes pouvaient, en s'appuyant sur l'aggravation de la lutte de classes, réussir à pousser l'IC sur la voie d'une véritable lutte contre le fascisme. Changement d'orientation

Le plus dangereux en politique est de rester prisonnier de sa propre formule, correcte hier, mais privée de tout contenu aujourd'hui.

L'effondrement du PC allemand avait encore théoriquement laissé deux possibilités à la bureaucratie stalinienne : ou bien une révision complète de la politique et du régime, ou au contraire, un étranglement définitif de tous les restes de vie des sections de l'IC L'Opposition de gauche était guidée par cette possibilité théorique, quand, avançant déjà pour l'Allemagne le mot d'ordre du nouveau parti, elle laissait encore ouverte la question du sort de l'IC. Il était pourtant clair que les semaines suivantes apporteraient une réponse, et il y avait très peu d'espoir qu'elle fût favorable.

Tout ce qui s'est passé après le 5 mars (la résolution du présidium du Comité exécutif de l'IC sur la situation en Allemagne, la soumission muette de toutes les sections à cette résolution, le congrès antifasciste de Paris, le cours officiel du Comité central du PC allemand, le sort du parti communiste autrichien, le sort du parti communiste bulgare, etc.), constitue un témoignage irréfutable que ce qui s'est décidé en Allemagne, c'est le sort, non seulement du PC allemand, mais aussi de l'IC dans son ensemble.

La direction de Moscou a non seulement proclamé sans défaut la politique qui avait assuré la victoire à Hitler, mais interdit toute discussion de ce qui s'était passé. Et cette interdiction honteuse ne fut ni abolie, ni même violée. Pas de congrès nationaux, pas de congrès international, pas de discussion dans les réunions du parti, pas de polémique dans la presse. Une organisation que n'a pas réveillée le tonnerre du fascisme et qui supporte humblement de tels outrages de la part de la bureaucratie, démontre par là même qu'elle est morte et que rien ne la ressuscitera. Le dire ouvertement et à haute voix, c'est notre devoir immédiat vis-à-vis du prolétariat et de son avenir. Dans tout notre travail ultérieur, c'est de l'effondrement historique de l'Internationale communiste Trotsky avec Erwin Wolf, tchécoslovaque, membre du Sécretariat International, assassiné par la Gépéou

Men Espagne en 1937.

Il faut construire de nouveau des partis communistes et une nouvelle Internationale Document du 15 juillet 1933*

Khristian Rakovsky fut l'un des principaux théoriciens de l'Opposition de gauche. Ici en 1932, en Sibérie, en exil officielle que nous devrons partir. Réalisme contre pessimisme

Le fait que deux partis, le parti social-démocrate et le parti communiste, apparus à un demi-siècle d'intervalle procédant tous deux de la théorie marxiste et des intérêts du prolétariat, aient connu une aussi triste fin — l'un par une basse trahison et l'autre par sa faillite —, ce fait ne peut qu'engendrer un état d'esprit pessimiste, même parmi les ouvriers avancés. « Quelles garanties avons-nous que la nouvelle relève révolutionnaire ne subira pas le même sort ? » Ceux qui exigent d'avance des garanties devront en général renoncer à la politique révolutionnaire. Les causes de l'effondrement de la social-démocratie et du communisme officiel sont à rechercher non pas dans la théorie marxiste ou la médiocrité des hommes qui l'ont appliquée, mais dans les conditions concrètes du processus historique Il ne s'agit pas d'une opposition entre * Nous reproduisons ici des extraits du texte marquant le changement de l'orientation de l'Opposition de gauche internationale, rédigé par Trotsky, publié sous le pseudonyme G. Gourov dans le bulletin intérieur de la LCI, n° 2, 30 août 1933. Cf. Léon Trotsky, Œuvres 1, Mars-Juillet 1933, EDI-ILT, Paris 1978, pp. 251-260. Les intertitres sont de la rédactions d'Inprecor

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des principes abstraits, mais de la lutte entre des forces sociales vivantes, avec les inévitables montées et reflux, avec la dégénérescence des organisations, avec l'usure de générations entières, avec la nécessité qui en résulte de mobiliser des forces fraîches pour une nouvelle étape historique. Personne ne s'est occupé de recouvrir à l'avance d'asphalte la route de l'ascension révolutionnaire du prolétariat. Avec des arrêts inévitables et des reculs partiels, il faut aller de l'avant sur un chemin coupé d'obstacles sans nombre et encombré de débris du passé. Que celui qui s'en effraye passe à côté.

Comment expliquer cependant que notre groupe lui-même, dont l'analyse et le pronostic ont été confirmés par tout le cours du développement, croisse trop lentement ? Il faut une fois de plus en chercher la cause dans la marche générale de la lutte de classes. La victoire du fascisme touche des millions d'hommes. Un pronostic politique n'est accessible qu'à des milliers ou des dizaines de milliers qui subissent d'ailleurs la pression de millions d'autres. Une tendance révolutionnaire ne peut remporter des victoires écla tantes dans des conditions où le prolétariat dans son ensemble subit les plus graves défaites. Ce n'est pas une raison pour laisser tomber les bras. C'est précisément dans les périodes de reflux révolutionnaires que se forment des cadres trempés, qui seront plus tard appelés à mener les masses dans le nouvel assaut. Nouvelles réserves

Les tentatives faites plus d'une fois dans le passé de créer un « second parti » ou une « Quatrième Internationale » émanaient de l'expé rience sectaire de certains groupes ou cercles « désillusionnés » du bolchevisme, et c'est pourquoi elles allèrent chaque fois à l'échec. Nous ne partons pas de notre propre « mécontentement » et « désillusion » subjectifs, mais de la marche objective de la lutte de classes. Toutes les conditions du développement de la révolution prolétarienne exigent impérativement une nouvelle organisation de l'avant-garde et apportent pour elle les prémisses nécessaires.

La décomposition de la social-démocratie va maintenant de pair avec l'effondrement de l'IC. Quelque profonde que soit la réaction dans le prolétariat lui-même, des centaines de milliers d'ouvriers dans le monde entier ne peuvent pas ne pas se poser la question des voies ultérieures de la lutte et d'une nouvelle organisation des forces.

D'autres centaines de milliers s'ajouteront à eux dans un avenir prochain. Demander que les ouvriers, dont une partie a quitté l'IC avec indignation, et dont la majorité n'appartenait pas à l'IC, même dans ses meilleures années, demander qu'eux reconnaissent la direction de la bureaucratie stalinienne incapable de rien apprendre, ni de rien oublier, signifierait faire du don-quichottisme et freiner la formation de l'avant-garde prolétarienne.

Inévitablement, il se trouvera des communistes sincères au sein des organisations staliniennes qui se dresseront avec effroi et même avec indignation contre une nouvelle orientation. Pour certains, peut-être temporairement, la sympathie fera place à l'animosité. Il est cependant nécessaire de se guider, non d'après des considérations sentimentales et personnelles, mais sur des critères de masse

Au moment où des centaines de milliers, des millions d'ouvriers, surtout en Allemagne, s'éloignent du communisme, en partie vers le fascisme, en majorité vers le camp de l'indifférentisme, où des milliers et des dizaines de milliers d'ouvriers social-démocrates, sous la pression de la même défaite, évoluent vers la gauche, c'est-à-dire vers le communisme, il ne peut cependant être question qu'ils reconnaissent pour eux la direction stalinienne désespérément compromise. Contre nous ces organisations socialistes de gauche ont jusqu'à maintenant fait valoir notre refus de nous détacher de l'IC et de construire un parti indépendant. Cette divergence aiguë est aujourd'hui éliminée par la marche du développement. Ainsi la discussion se trouve-t-elle transférée des questions d'organisation vers les questions programmatiques et politiques. Le nouveau parti ne sera supérieur à l'ancien que si, se basant fermement sur les décisions des quatre premiers congrès de l'IC, il sait, dans son programme, sa tactique et son organisation, dresser le bilan des terribles leçons des dix dernières années.(..)

La formation, dans plusieurs pays, de fortes organisations révolutionnaires, affranchies de toute responsabilité pour les crimes et les fautes des bureaucraties réformiste et centriste, armées d'un programme marxiste et d'une perspective révolutionnaire claire, ouvrira une ère nouvelle dans le développement du prolétariat mondial. Ces organisations attireront à elles tous les éléments véritablement communistes qui n'osent pas aujourd'hui encore rompre avec la bureaucratie stalinienne et, ce qui est plus important encore, elles rassembleront sous leur drapeau la jeune génération ouvrière.(...) L'URSS et le PCUS

Le PC actuel de l'Union soviétique n'est pas un parti ; c'est un appareil d'administration aux mains d'une bureaucratie incontrôlée. Dans les rangs du PC de l'Union soviétique et en dehors, se groupent des éléments dispersés de deux partis principaux : le parti prolétarien et le parti thermidorien-bonapartiste. Planant au-dessus de ces deux partis, la bureaucratie stalinienne mène une lutte d'extermination contre les bolcheviks-léninistes. Bien qu'ils en viennent de temps en temps à Rudolf Klement (assassiné par la Guépéou à Paris en 1938), Trotsky, Yvan Craipeau, Jeanne Martin des Pallières, Sara Jacob et Jean van Heijenoort en 1933 à St. Palais. des conflits aigus avec leurs demi-alliés thermidoriens, les staliniens sont pourtant en train de leur frayer le chemin, en écrasant, en étranglant et en dépravant le parti bolchevique.

Si, sans révolution prolétarienne en

Occident, l'URSS ne peut parvenir au socialisme, sans la régénérescence d'une véritable Internationale prolétarienne, les bolcheviks-léninistes ne pourront, par leurs propres forces, régénérer le parti bolchevique ni sauver la dictature du prolétariat.(...)

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