A l'automne 1936, aussitôt après les simulacres de procès contre les dirigeants de l'opposition : Zinoviev, Kamenev et les autres, tout le groupe des trotskistes « orthodoxes » se trouvant à la mine [de Vorkouta] se réunit en vue de délibérer. Ouvrant la réunion, Guevorkian s'adressa aux présents :
« Camarades ! Avant de commencer notre réunion, je vous demande d'honorer la mémoire de nos camarades, guides et dirigeants, morts en martyrs par la main des staliniens traîtres à la révolution».
L'assemblée entière se leva. Puis, dans un bref discours très tranchant, Guevorkian expliqua qu'il s'agissait d'examiner et de résoudre le problème-clef : que faire et comment se comporter par la suite ?
« Il est maintenant évident que le groupe des aventuriers staliniens achève son coup d'État contre-révolutionnaire dans notre pays. Toutes les conquêtes progressives de notre révolution sont en danger de mort. Non seulement les ténèbres du crépuscule, mais ceux de la nuit noire et profonde, enveloppent notre pays. Aucun Cavaignac (1) n'a fait couler autant de sang des classes laboreuses que ne le fait Staline. Anéantissant physiquement tous les groupes oppositionnels du parti, il aspire à une dictature personnelle sans partage. Le parti et le peuple entier sont soumis à l'examen et à la justice sommaire de l'appareil policier. Les pronostics et les appréhensions les plus sombres de notre opposition se sont pleinement confirmés. La nation glisse irrésistiblement dans le marais thermidorien. C'est le triomphe des forces centristes petites-bourgeoises, dont Staline s'avère l'interprète, le porte-parole et l'apôtre. Aucun compromis avec les traîtres staliniens et les bourreaux de la révolution n'est possible. Demeurant jusqu'au bout des révolutionnaires prolétariens, nous ne devons nous nourrir d'aucune illusion en ce qui concerne le sort qui nous attend. Mais avant de nous anéantir, Staline cherchera à nous humilier le plus qu'il pourra. En mettant les internés politiques au même régime que les "droit commun", il s'efforce de nous disperser parmi les criminels et de dresser ceux-ci contre nous. Il ne nous reste qu'un unique moyen de lutte dans ce combat inégal : la grève de la faim. Avec un groupe de camarades, nous avons déjà ébauché la liste de nos revendications dont déjà beaucoup d'entre vous ont eu connaissance. Je vous propose donc, maintenant, d'en discuter tous ensemble et de prendre une décision ».