par Joaquim Soriano*
Quelle que soit l'importance de la courte période de la campagne électorale, la victoire se construit bien avant, ancrée dans le quotidien des luttes, dans la cohérence des prises de position d'un parti qui se forge une identité de représentant de "ceux d'en bas" tout en se différenciant des représentants de "ceux d'en haut"
Avant les dernières élections, la direction du Parti des travailleurs (PT) a perdu beaucoup de temps à discuter de la formation d'une alliance de centre-gauche avec, entre autres, Ciro Gomes (1) — alliance qui a fini par échouer. Après cet échec et compte tenu du scepticisme régnant sur la candidature de Lula, la majorité de la direction ne s'est pas avérée capable e d'un campagne
Travailleurs
de préparer le PT pour la bataille électorale
La période précédant la campagne électorale a été marquée par une forte offensive du gouvernement avec la loi de privatisation de l'entreprise de télécommunication nationale Telebras. A cet épisode, le PT et son candidat Lula n'ont pris part que de façon marginale. C'est à partir de là, pourtant, qu'un débat houleux a eu * Joaquim Soriano est secrétaire à l'organisation de la direction nationale du PT. Il milite dans la tendance Démocratie socialiste, qui s'identifie avec la IVe Internationale. Le bilan que nous reproduisons ci-dessus a été publié dans Em Tempo n° 304 de novembre 1998, journal de la tendance Démocratie socialiste du PT, dans le but de nourrir le débat au sein du PT 1. Ciro Gomes a été le candidat du PPS à la présidence du Brésil, il a obtenu 10,97% des suffrages exprimés.
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lieu au sein de la coordination de la campagne Lula et que quelque chose a changé.
Récapitulons les termes de ce débat. La position de la majorité de la direction reposait sur une orientation vers des alliances larges. Le personnel de la commission désignée pour rédiger la plate-forme électorale, sur la base d'une analyse des sondages avec le soutien de la majorité de la coordination de la campagne, a formulé une proposition initiale symbolisée par un logo en forme de petite boule bleu souriante. L'axe de campagne était la dénonciation de la politique sociale du gouvernement. La monnaie, le réale, étant bien acceptée par la population, ne pouvait surtout pas être attaquée. Lula ne devait pas évoquer l'économie, discours réservé de l'adversaire.
Quelle erreur ! Au contraire, l'approfondissement de la crise économique et la crise boursière qui se généralisait dans le monde entier ont contraint de changer de cap. Il a été
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que la responsabilité de cette crise incombait au gouvernement fernando Cardoso et que le Brésil avait besoin d'une autre politique et d'un nouveau gouvernement. Cette idée, si élémentaire pour quelqu'
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Florianopolis officielle. Les drapeaux blancs ont par la suite disparu mais la boule bleu est restée jusqu'à la fin. L'effet néfaste de cette dernière a été diminué par le fait que le "personnage" de Lula, très étroitement identifiée au PT et à l'opa été plus éloquent pour les que les thèmes retenus pour
la campagne présidentielle.
Pour pouvoir parler d'une victoire politique significative du PT, il aurait fallu qu'il y ait un second tour pour les élections présidentielles et que Lula y soit présent. Pourtant le président Fernando Henrique Cardoso aurait tort de pavoiser : Lula est arrivé en tête dans deux Etats — le Rio Grande do Sul et Rio de Janeiro — et dans une dizaines de capitales d'Etat. De plus, le PT est sorti renforcé des élections d'octobre 1998, force motrice d'une alliance de gauche et présent de façon significative sur tout le territoire national, avec l'envergure d'une force d'opposition implacable au gouvernement de Fernando Henrique Cardoso. Les alliances
Si le PT est sorti nationalement renforcé de ce processus électoral, ce parti a besoin d'être repris en main. Pour la plupart de ses candidats, les instituts de sondage annonçaient de faibles résultats. S'ils ne furent effectivement pas tous élus, certains ont obtenu des scores plus qu'honorables, surtout dans les centres urbains. C'était le cas des candidatures au Sénat, de Ana Júlia dans l'État de Pará, de Haroldo Sabóla dans le Maranhão ou de Hugo Manso dans le Rio Grande do Norte, ou encore des candidats au poste de gouverneur comme Milton Mendes dans l'État de Santa Catarina ou Zezéu Ribeiro pour l'État de Bahia — dans la majorité des cas des candidatures de front large de gauche. Parti socialiste du Brésil (PSB) et du PT, qui avait été battue en 1996, s'est ressoudée pour faire face à la profonde crise économique, sociale et politique dans laquelle les oligarchies avaient plongé l'État. La grande mobilisation populaire qui a chassé le gouverneur Suruagy a débouché sur la victoire électorale ayant porté Lessa au poste de gouverneur et Heloisa Helena à celui de sénateur. débattre au sein du PT pour doter le parti d'une conception plus homogène des alliances électorales. Un examen minutieux des résultats électoraux pourra sans doute y contribuer. Si l'alliance avec le PDT a été importante au plan national et dans la victoire au Rio Grande do Sul, ce qui s'est passé dans l'Etat de Rio de Janeiro soulève de nombreuses interrogations. Quel bilan tirons-nous de l'annulation du congrès du PT dans cet Etat ? En quoi une candidature du PT au premier tour aurait-elle gêné la du PDT, Garotinho ? Au Rio Grande do Sul, le PT et le PDT ont présenté des candidats concurrents au premier tour, qui ont fait alliance, victorieuse,
Dans l'État d'Alagoas, l'alliance du
Il sera indispensable de beaucoup victoire au second tour du candidat pour le second. Il est certain que le score du PT aux élections de 1994 dans le Rio de Janeiro a été très mauvais, mais cela n'empêchait pas de participer à la bataille électorale et de faire mieux cette fois-ci.
Pour ce qui est du PDT dans l'Etat de São Paulo, son candidat Rossi a dépassé tous les pronostics les plus optimistes. Mais à cause des inconséquences de son parti — qui a appelé à voter pour Paulo Maluf au second tour —, l'Etat est retombé dans l'escarcelle du "malufisme" comme s'il ne l'avait jamais quittée. Quant au PSB, l'énorme gâchis du gouvernement Arrães au Pernanbuco (que le PT avait soutenu lors des élections de 1994) n'a pas pu être dépassé par un choix d'alliance à gauche, pour la simple raison que nous n'avons PT pas su proposer une alternative. L'alternance a eu lieu en faveur de l'alliance de droite entre le Parti du mouvement démocratique du Brésil (PMDB) et le Parti des forces libérales (PFL). L'apparition du PSB dans l'État de São Paulo a été très confuse : le PSB s'est allié au PDT pour présenter Rossi au premier tour, mais au second tour, à l'instar du PDT, le suppléant socialiste de Rossi, Pinotti, s'est également prononcé en faveur de Maluf.
Le PT de l'Etat d'Amazonie est par-
tie prenante d'un front de gauche avec le Parti populaire brésilien (4). L'exécutif national du PT avait décidé qu'il fallait sortir de cette alliance. Les militants du PT de l'Etat ont choisi d'y rester, l'alliance a été reconduite et il n'y a eu finalement aucune intervention de la direction nationale. Le PT a obtenu un député d'État en Amazonie. Une interrogation demeure : le bon score de notre candidat au sénat, Marcos Barros, était-il dû au seul PT ou à l'alliance avec le PPB ?
L'expérience semble prouver qu'avec des fronts de gauche, dont l'unité est construite avant les élections, dans les différentes luttes sociales et politiques, on peut combattre et vaincre la domination des oligarchies conservatrices. Tandis qu'avec des alliances sans cohérence, qui ne proposent pas une alternative de changement net, le résultat est négatif. Dans ce dernier cas, les forces ne s'additionnent pas et on perd les élections.
São Paulo et Rio Grande do
PT Sul
Notre candidate dans l'Etat de São Paulo, Marta Suplicy, a raté le second tour d'un petit rien. La direction du PT ne croyait pas qu'il était possible de sortir victorieux d'une bataille électorale contre le "malufisme" et les "Toucans" du PSDB. Il s'agissait pour elle de présenter une candidature de figuration "pour la forme" au premier tour. Dans la dernière ligne droite de la campagne, tout particulièrement après le tour favorable qu'avait pris le dernier débat télévisé, la candidature de Marta Suplicy avait besoin de plus d'énergie, de travail de direction et de matériel. Elle n'a rien obtenu de tout cela. L'incapacité de la direction nationale à organiser notre victoire a permis que la campagne assourdissante du PSDB pour le "vote utile" donne des résultats jusque dans la base électorale "pétiste". II s'en est fallu de peu pour que nous soyons en train d'écrire une autre histoire.
Par contre, la victoire du PT dans le Rio Grande do Sul a été construite tout au long d'une histoire empreinte de cohérence, où le PT a cherché à diriger l'ensemble de la gauche dans une alternative de gouvernement sans ambiguité. Ce choix stratégique a modelé le PT gaucho (2) dans la construction d'un parti d'une totale clarté programmatique et tendu vers l'objectif de conquête du pouvoir. C'est parce qu'il a fait confiance à ses propres forces, qu'il a construit des directions et des références politiques régionales, et qu'il a su mettre en œuvre une politique d'alliance ancrée à gauche, que le PT gaucho a pu attirer tout le camp démocratique et populaire.
Le second tour
Les gains politiques du PT ont été grandement compromis par la fragmentation qui est intervenue lors du second tour. Cela fait des années que le PT connaît des tensions entre des centres de pouvoirs autonomes, qui cherchent à se légitimer de façon conflictuelle avec les règles de fonctionnement du parti. Mais ce qui s'est produit lors de ces élections, et tout particulièrement au second tour, a pris une dimension qui compromet jusqu'à la conception de parti politique telle que le PT l'avait inaugurée
La direction nationale, réaffirmant en cela la position du dernier congrès national du PT, incitait les militants à ne pas soutenir des partis ou des candidats qui appuient le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso. A São Paulo, pourtant, la direction du PT de l'État a accepté une résolution douteuse en contradiction avec la résolution nationale et a organisé un détilé de militants pétistes dans les émissions électorales du gouverneur sortant du PSDB, Mario Covas. Il ne s'agissait pas de seulement de consignes de vote en faveur de Covas ou contre Maluf — invoquant la polarisation héritée de la lutte "dictature contre démocratie" — mais de déclarations de soutien, louant les qualités du gouverneur "toucan". Ceci est aggravé par le contexte du débat sur la participation ou non au gouvernement de Covas. Soutenir, voire collaborer avec le principal gouvernement d'Etat sur lequel s'appuie Fernando Henrique Cardoso constitue au mieux une tentative d'affaiblir les forces de l'opposition et, au pire, un signe de capitulation devant le projet néolibéral.
Dans le Minas Gerais, lors du second tour, les maires et les députés du PT se sont divisés — une partie soutenant Itamar Franco (ancien vice-président du Brésil, sous Fernando Collor de Melo) du PMDB et l'autre Eduardo Azevedo du PSDB. Après la victoire du premier, un des arguments clefs de ceux qui défendaient la partiau gouvernement d'Itamar Franco consistait à dire que même ceux qui soutenaient Azevedo y étaient désormais favorables ! Cette tendance à adhérer au gouvernement est impressionnante pour sa rapidité à brouiller les repères en matière d'adversaires politiques. Mais ce qui impressionne davantage c'est l'abandon total de l'idée de construction d'une véritable alternative, et la soumission de fait à des alliances conservatrices avec le PFL ou le PMDB au nom d'une opposition rituelle et sans
Dans le District fédéral (État de la capitale fédérale, Brasilia), le candidat du PT, Cristôvam Buarque était présent au second tour. Il a sollicité et obtenu le soutien de Fernando Henrique Cardoso, du PFL, de personnalités du gouvernement Collor (comme Paulo Otavio) et a finalement perdu — de peu il est vrai. A trop chercher à élargir ses alliances à droite, le PT a perdu l'adhésion active de secteurs sociaux démocratiques. La candidature était finalement si large qu'elle a perdu et son identité et les élections en faveur d'un populiste de droite qui manipulait les couches les plus pauvres de la population.
Notre bilan des élections de 1998 doit être exhaustif et approfondi, le processus de fragmentation qui guette le PT doit être enrayé. Le nombre de voix exprimées en faveur du PT dans tout le pays confirme que le PT est perçu par de larges secteurs sociaux comme leur représentant politique. Le PT n'a pas le droit de tourner le dos à cette responsabilité. Nous devons collectivement reconnaître nos erreurs et comprendre nos succès, pour mieux réaffirmer un projet de société distinct de la barbarie que le capitalisme laisse comme héritage du XXe siècle.
São Paulo, décembre 1998 2. Nom que l'on donne aux habitants du Rio Grande do Sul, qui vient des légendaires "gardiens de vaches".