MA E'UN
SIDONE! présenter un amendement à la loi approuvée par la commission parlementaire. Il tend à mettre en question la qualité des délégués élus par les travailleurs pour négocier dans l'entreprise. Si les informations sont correctes, le gouvernement proposera d'attribuer le droit de signer des accords d'entreprise aux seuls délégués d'entreprise élus sur les listes des organisations syndicales signataires des conventions nationales.
Si cette orientation passe, quel sera le rôle des délégués élus, alors que les conventions nationales auront déjà délimité les thèmes à aborder au second niveau de la négociation, après que les négociations sur le plan local auront déjà réglementé d'autres aspects (par exemple les formes d'embauche) et que les appareils des organisations syndicales auront déjà décidé de leur position ?
Le nouveau cadre qui émerge à travers le Pacte de Noël est, comme l'a titré la revue de la CGIL Rassegna Sindicale, particulièrement difficile : la gravité stratégique de l'orientation concédée heurtera la conscience et l'intérêt des travailleurs. Au moment où il faudrait construire la plus large opposition sur les lieux de travail, prévalent l'apathie et le désintérêt. Il faudra repenser rapidement les formes et les objectifs revendicatifs permettant, dans un avenir rapproché, à des couches croissantes de travailleurs de rompre la camisole de force de la concertation par de nouvelles expériences de lutte.
Apparels
Men m par Dominique Mezzi* Nous avions deja note a pusieurs reprises le paradoxe syndical français: le plus bas taux de syndicalisation des pays capitalistes développés (9%), le plus grand taux de morcellement (5 confédérations, plus 3 regroupements interprofessionnels), et en même temps la grande mobilisation de décembre 1995, avec l'écho européen que l'on sait. Depuis trois ans, la secousse de 1995 continue à ébranler le paysage social et politique Mais les grands appareils syndicaux (CFDT et CGT) commencent des "rapprochements" pour répondre à la crise syndicale récurrente. Jusqu'où cela ira-t-il et quels en sont les conséquences pour le syndicalisme de lutte? Deux congrès
La Confédération française démocratique du travail (CFDT) et la Confédération générale du travail (CGT), viennent d'achever leurs deux congrès à quelques semaines de distance, début décembre 1998 pour la CFDT, début février 1999 pour la CGT. Le choix des dates n'était sûrement pas un hasard. Le congrès CFDT a accueilli Bernard Thibault, qui vient d'être élu secrétaire général de la CGT; et celui de la CGT a accueilli Nicole Notat (sous le slogan de 1995 : "Tous ensemble!", destiné à couvrir les sifflements, finalement très faibles, des délégués qui refusent la nouvelle politique), réélue secrétaire générale de la CFDT après avoir battu politiquement (73% de mandats se sont portés positivement sur son bilan) le courant oppositionnel baptisé "Tous
Italie & Syndicalisme en France synaicaux ouvement ensemble" depuis le printemps 1996.
Ce chassez-croisé des secrétaires généraux et des slogans est symptomatique des évolutions actuelles. Depuis en effet le printemps 1998, les deux directions CGT et CFDT ont entamé des discussions, d'abord discrètes, puis officielles, notamment sous la forme d'un groupe de travail chargé de comparer les documents de préparation des congrès respectifs. C'est à l'occasion de la mise en place médiatisée de ce groupe de travail que les syndiqués de base CGT ont découvert cette sorte de deal entre les directions. Ce qui a provoqué une forte émotion, puisque la direction CFDT s'est distinguée par son absence des deux grands mouvements sociaux de l'hiver 1995 et de l'hiver 1997 (chômeurs), d'autres luttes importantes (routiers) étant animées par les syndicats oppositionnels à la direction Notat. Par la suite, le "rapprochement", terme auquel la direction CGT donne l'une des significations du dictionnaire ("mettre en parallèle des idées pour les comparer"), a pris aussi la forme de signature commune d'accords d'entreprises ou de branches résultant de l'application de la loi "d'incitation" aux 35h. L'accord le plus connu est celui signé dans la branche du textile par tous les syndicats, et que la CGT et la CFDT présentent comme très progressiste par rapport à l'accord provocateur de la métallurgie (non signé par CGT et CFDT). Le patronat, lui, juge les deux textes très proches
Alors que l'opposition Tous ensemble de la CFDT (27% au 44ème * Dominique Mezzi est rédacteur de Rouge, hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire
congrès de décembre 1998) se retrouvait coincée entre les deux directions en mouvement l'une vers l'autre, alors que les syndicats non confédérés issus des expulsions bureaucratiques de la fin des années 1980 (SUD PTT fête son dixième anniversaire en ce moment, avec 12000 adhérents) et du début des années 1990 (la Fédération syndicale unitaire- FSUnée en 1993 dans l'Education nationale, approche les 200 000 adhérents) ont le sentiment d'être isolés par les grandes manoeuvres confédérales, il faut s'interroger sur les raisons profondes qui poussent la CGT à prendre l'initiative du pas en avant, et la direction CFDT à l'accepter. L'Europe syndicale et le "cas" français
Les premières raisons sont d'ordre institutionnel et politique.
La CGT demande depuis 1974 à adhérer à la Confédération européenne des syndicats (CES), qui regroupe quasiment tous les syndicats de l'Union européenne et au-delà Jusqu'à la chute des Pays de l'est, le refus était systématique, venant notamment des syndicats français déjà membres de la CES (CFDT, Force ouvrière-FO-, CFTC), et pour des raisons idéologiques : pas de syndicat "communiste" à la CES ! La CGT était accusée de ne pas avoir fait son autocritique historique, contrairement à ses homologues d'Italie (CGIL) ou de espagnol CFDT (Commissions ouvrières). Depuis LA LUTTE que la CGT a quitté officiellement une CONTINUE Fédération syndicale mondiale cadavérique (en 1995), les raisons du refus s'amenuisaient, mais la CFDT surtout exigeait des preuves tangibles d'évolution raisonnable. Parallèlement, des syndicats de la CES, par exemple allemands (IG Metall), jugeant la CFDT un peu trop droitière, et FO sans consistance, ne voyaient pas trop pourquoi les Français mettaient des bâtons dans les roues à l'entrée de la CGT et le faisaient savoir. La CGT s'est déclarée prête à tout pour franchir le seuil de la porte, y compris en refusant tout soutien réel aux mobilisations ou initiatives européennes non brevetées CES (Marche des chômeurs à Amsterdam, rencontres syndicales européennes, pluralistes, à Paris en mai et novembre 1998, voir Inprecor n° 428). La CFDT a fini par se plier, et FO ne compte
En mars 1999, la CES votera donc officiellement l'adhésion de la CGT dans le concert syndical européen et dans les grandes négociations qui
CF DY ALou PROMURE CFDT ZERO SANS LENCE -LICENCIENE
CrOT CGT L'unité CGT-CFDT fut mise au service des luttes dans le passé (ici occupation de l'usine Talbot à Poissy)... s'ouvrent (pacte emploi), en lien avec le prétendu volet social fabriqué à Amsterdam et Luxembourg, et sur lequel le conseil européen de Cologne devrait légiférer en juin prochain.
L'Europe étant devenue "socialiste" , comme la France, une deuxième raison de nature politique explique la reprise des liens CGT et CFDT (liens très forts, rappelons-le, après 1968 et avant le recentrage à droite de la CFDT dans les années 1980). C'est la nécessité pour le gouvernement Jospin de disposer de relais dans le mouvement syndical, non pas directs et mécaniques, mais souples et multiples, épousant les différentiations du salariat et les mouvements de la société. Nicole Notat n'a pas soutenu la "gauche plurielle" PS, PC, Verts aux élections législatives de juin 1997. Mais elle constate que pour mener des politiques au fond assez proches (poursuite du plan Juppé de réforme de la sécurité sociale, privatisations, décentralisation "flexible" des négociations sur la réduction du temps de travail), la gauche est somme toute plus stable et plus efficace, une fois passé les premiers mois euphoriques. Autant tirer les promesses de gauche vers la droite que de les combattre frontalement, au risque de renforcer la légitimité de l'opposition interne à la CFDT.
Quant à la CGT, son tout nouveau secrétaire général, Bernard Thibault, est bien la figure emblématique de décembre 1995 (il dirigait la fédération des cheminots). Mais la CGT n'a pas tiré sur le plan de la stratégie syndicale les enseignements complets des mouvements sociaux et des exigences politiques dont ils sont porteurs (même si des tentatives ont eu lieu en ce sens). De sorte que si elle affiche aujourd'hui son indépendance
vis-à-vis du PCF et des ministres communistes du gouvernement Jospin (contrairement à la période de 1981 à 1983), cette prise de distance est plus formelle que programmatique. La CGT n'a pas défendu publiquement son propre projet de loi sur les 35h élaboré avant le vote de la loi Aubry. Elle condamne les privatisations (France Télécom, Air France), mais se révèle incapable de défendre de manière offensive une autre politique pour les services publics. Sur la plupart des dossiers sociaux "sensibles" , son positionnement est confus (comme récemment sur les fonds de pension à la "française" préparés patiemment par le gouvernement). Elle donne l'impression d'attendre que le gouvernement rende ses arbitrages au lieu de devancer les choses et défendre des propositions claires.
Le gouvernement Jospin était donc arrivé au pouvoir sans vrai relais dans le syndicalisme, à part l'ancienne Fédération de l'éducation nationale (FEN), d'obédience socialiste mais très affaiblie (après l'expulsion des syndicats dynamiques constituant la FSU en 1992-93), et qui a construit depuis l'Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) essentiellement dans la fonction publique. Mais 12 mois plus tard, avec les liens CFDT-CGT, avec la mise en orbite de l'UNSA autour de la CFDT (elles viennent de décider de défendre des positions concertées au sein de la CES), avec le risque d'isolement du deuxième pôle autonome de gauche constitué par la FSU et les syndicats SUD (ces derniers regroupés dans le "Groupe des dix"), Jospin peut maintenant compter sur un syndicalisme, non pas à sa botte, mais bienveillant. Au moins tant que le pôle radical, anti-libéral et unitaire, présent dans toutes les organisations, n'est pas en mesure de se coordonner efficacement. L'effet 35h
Aux raisons institutionnelles et politiques, il faut ajouter des problèmes plus structurels, touchant à la crise d'implantation des syndicats face à l'évolution du salariat.
L'application des 35h joue de ce point de vue un rôle d'"épreuve de vérité", surtout cruelle pour la CGT (l'expression est celle de son congrès). L'incitation à négocier la réduction du temps de travail, en attendant la généralisation au ler janvier 2000 de la semaine légale à 35h, met le syndicalisme en face de problèmes nouveaux et profonds, sur lesquels il avait pris un retard immense : féminisation du salariat, horaires atypiques ou à temps partiels, harcellement des techniciens, flexibilité, aspirations parfois contradictoires des jeunes, décalages entre acquis et force syndicale du secteur public et reculs dans le privé, morcellement de la précarité, etc. Le Code du travail est trituré dans tous les sens. Les pratiques démocratiques, la capacité d'écoute, de valorisation de l'intelligence des salariés et en même temps de mobilisation collective sont aux antipodes des traditions syndicales ancrées sur la seule gestion des conquêtes passées, même s'il faut les préserver. Il faut innover, mais cela met en danger les positions acquises. Les bureaucrates se retrouvent dépassés par les évènements. C'est ce problème qui bouscule fortement la CGT.
D'autant plus que la loi Aubry des 35h permet à des syndicats non implantés dans des entreprises de parrainer de nouvelles bases par le système du mandatement de salariés, volontaires pour négocier des accords 35h avec les patrons. La recherche de mandatements met donc les syndicats en concurrence. C'est pourquoi la CGT, vite distancée sur ces questions par une CFDT parfaitement organisée et capable de faire feu de tout bois pour créer des bases nouvelles (y compris collaborer ouvertement avec des patrons), s'est décidée à se jeter à l'eau, quitte à se retrouver en proximité avec des syndicats CFDT, mais à bénéficier aussi des retombées posi-
.. elle servit aussi à des promenades aussi ennuyeuses qu'inutiles (Edmond Mairede la
CFDT et Georges Seguy de la CGT lors d'une manif traine-savate à la fin des années 1970).
tives, en adhésions, de la généralisation des négociations.
C'est probablement les élections prud'homales de décembre 1997 (les prud'hommes sont une vieille institution française de résolution des conflits d'infraction à la législation du travail ; ils réunissent des juges élus par les salariés sur listes syndicales et des juges élus par les employeurs), qui ont constitué le déclic pour la décision de la CGT. Ils ont révélé la poursuite des gains électoraux de la CFDT dans le secteur privé, dans les couches techniciennes et cadres. La CGT s'est trouvée prise dans la contradicton suivante : alors qu'elle est présente dans les mouvements sociaux, qu'elle était au coeur du conflit de 1995, qu'elle a accepté, certes prudemment, des alliances de lutte avec la FSU, avec les syndicats SUD, avec les structures CFDT opposées à la ligne Notat, et avec les associations de type Agir ensemble contre le chômage ! (AC!) ou le Collectif pour les droits des femmes, c'est la CFDT droitière qui tire les marrons du feu sur le plan électoral et sur le recrutement ! A tel point qu'avec 730 000 adhérents revendiqués (chiffre gonflé), la CFDT prétend aujourd'hui avoir dépassé la CGT (qui revendique 640 000 adhérents), même si aux élections professionnelles la CGT reste première, mais sur une pente de déclin ou de stabilisation.
En somme, son image combative ne profite pas à la CGT, alors qu'elle profite à SUD PTT, à la FSU (au moins jusqu'à une période récente, car la FSU connaît aussi des difficultés de positionnement face à un gouvernement qui veut la déstabiliser). La CGT ne peut quand même pas se résoudre à copier par trop ouvertement le modèle SUD ! Alors elle oscille entre un pas à gauche (par exemple elle fait activement partie du collectif ATTAC, association de lutte pour l'application de la taxe Tobin sur la spéculation financière, et qui se développe à très grande vitesse en France) et un pas à droite vers le "réalisme". D'où la théorisation sur le syndicalisme de "propositions", au centre du débat du dernier congrès, par opposition au syndicalisme de "protestation". Le constat n'est évidemment pas faux, et décrit la tradition stalinienne faussement lutte de classe encore présente
dans bien des secteurs. Mais la non compréhension des véritables racines anti-démocratiques de cette tradition, l'extrême difficulté à sortir de la culture communiste assiégée et desséchée, réagissant par auto-protection et sectarisme, empêchait jusqu'ici la CGT de sortir par le haut de sa crise : allier le rapport des forces, l'unité, et la démocratie vivante. Elle donne donc l'impression de faire un tête à queue et de tomber dans l'opportunisme suiviste vis-à-vis du "syndicat qui marche", la CFDT. Quitte à rectifier empiriquement en fonction des inquiétudes et des coups de gueule internes. C'est ce qui s'est produit au 46eme congrès confédéral qui vient de s'achever. La solution Thibault
L'élection de Bernard Thibault au poste de secrétaire général représente une certaine rupture (voulue) par rapport aux modes de transmission du pouvoir dans la CGT. Ce n'est pas un homme d'appareil. Il est de ce point de vue à l'exact opposé de Nicole Notat, venue au pouvoir par un coup de force au sommet, expulsant entre deux congrès (1992-1995) un secrétaire général jugé trop mou dans la mise en oeuvre du recentrage droitier. La base syndicale de Thibault est donc constituée des équipes syndicales souvent jeunes qui, parfois à l'aveuglette, veulent rompre avec le stalinisme syndical qui embourbe la CGT. Dans les syndicats du secteur privé en développement (commerce, techniciens), ou ceux qui par la force des choses sont en recherche de pratiques non réduites aux proclamations inefficaces (textile), ou chez les jeunes cheminots radicalisés en décembre 1995, les militants et militantes appuient un dirigeant qui ne parle plus la langue de bois, qui appelle à développer la démocratie (assemblées souveraines), soutient la perspective de la Marche mondiale des femmes, dénonce "l'homophobie" (à propos des combats réactionnaires en France contre le Pacte civil de solidarité-PACS), et le tout dans une perspective unitaire.
A l'opposé, sont apparus au congrès, avec un certain écho (jusqu'à réunir 47% des voix sur un amendement refusant des démarches unitaires de syndicalisation de masse), des délégués en mal de retour aux vieilles pratiques staliniennes (organisés dans le courant "Continuer la CGT" apparu depuis trois ans) ou sectarisés par les "trotskistes lambertistes" mobilisés sur le refus de l'entrée de la CGT dans la CES, considérée comme l'agent transmetteur du Traité de Maastricht dans le syndicalisme. curieux de constater que les militants lambertistes du Parti des travailleurs, très actifs dans Force ouvrière (FO-280 000 adhérents), ne défendent pas la même perspective dans ce syndicat déjà membre de la CES ! A moins qu'ils ne le fassent très discrètement. Pour autant, il est évident que le positionnement actuel de FO (contre les 35h d'Aubry mais grand signataire d'accords de branche avec le patronat, contre les fonds de pension et pour un syndicat "qui reste un syndicat", c'est à dire simple contre-poids défensif des logiques à l'oeuvre) semble dirigé vers l'interpellation d'une partie de la CGT. N'oublions pas que FO est issu d'une scission de la CGT en 1948, pendant la guerre froide. Le monde a changé. Y aura-t-il des manoeuvres plus audacieuses pour décrocher de la CGT une branche déboussolée par les évolutions récentes ? Une petite place existe pour cela. Le mystère est entre les mains du Parti des travailleurs qui tisse aussi sa toile en direction du PCF en crise.
Face à tout cela et face aux inquiétudes que les courants sectaires expriment, la perspective politique générale de Bernard Thibault est obscure. II est membre du Comité national du PCF et on le dit pro-Hue à 100%, mais il prend soin de garder de la distance. Cette absence de visibilité du projet peut laisser prise à des stratégies issues de son entourage, de l'appareil confédéral menacé dans ses repères et dont le pouvoir dans la sélection des cadres reste puissant, ou de conseillers brillants rompant la tradition communiste plutôt sur la droite. Mais rien n'est joué. Le 46ème congrès a donné du jeu et de l'oxygè ne à tous ceux et celles qui veulent changer la CGT. La demande de démocratie est forte. Il est sans doute
Bernard Thibault (CGT) et Nicole Notat (CFDT) possible de tirer en avant le meilleur de la tradition CGT, ceux et celles qui veulent à la fois ne rien perdre de la combativité, mais la situer dans une démarche de rénovation unitaire du syndicalisme, prêts à affronter le défi de Notat, mais aussi tournés vers les apports de SUD, de la FSU, des équipes CFDT "en lutte". Lesquelles ont besoin de redéfinir des perspectives nouvelles après un congrès très difficile.
Notat triomphe-t-elle ?
Nicole Notat a remporté une victoire écrasante au 44ème congrès de la CFDT en décembre 1998 à Lille, puisque 73% des voix ont approuvé son bilan et son orientation. Ces 73% de "pour" sont à comparer aux 52% de "contre" du 43ème congrès de Montpellier en 1995, qui avaient ouvert une crise dans la confédération, peu avant le grand mouvement social de décembre. L'opposition née contre le "recentrage" des années 1980 s'est alors structurée dans un regroupement public basé sur des fédérations syndicales, des unions régionales et des syndicats nationaux ou locaux, avec un journal (Tous ensemble) des activités de soutien aux luttes, et tournées vers la rénovation globale du syndicalisme. Plusieurs conflits d'importance, notamment celui des routiers, les grèves de cheminots, celle du Crédit foncier de France, ont montré que ces syndicats avaient une capacité de mobilisation importante et savaient lier rapport de force, unité, négociation et consolidation.
Au-delà de Tous ensemble, d'autres secteurs de la confédération critiquaient les méthodes bureaucratiques violentes des dirigeants et l'isolement croissant de la direction CFDT dans les luttes. C'était par exemple le
cas dans la métallurgie, les banques, les finances, certaines régions importantes.
Le noyau dur autour de la stratégie de Nicole Notat n'était donc pas très étendu, mais l'appareil est très centralisé et efficace. Et les orientations syndicales alternatives ont besoin, pour se consolider dans une grande organisation, d'une force matérielle légitimée par un climat politique d'ensemble et par des résultats. Sinon la force de rappel des appareils reprend le dessus, si le contexte politique ne fait pas émerger une montée croissante des luttes ou une véritable force alternative à la pensée libérale. Il suffit alors que la direction donne l'impression de rectifier son image négative, se tourne un peu plus vers la gauche, et un peu moins vers le centre droit, évite de commettre des erreurs grossières, notamment des scissions comme celles qui ont pleinement légitimé la naissance de SUD-PTT ou de la FSU. La direction Notat a donc parfaitement manoeuvré pour donner le sentiment de rectifier les
OU AHVAL aspects les plus repoussants de sa politique d'accompagnement du libéralisme, et présenter dès lors l'opposition organisée comme illégitime, menaçant l'unité de l'organisation. Elle s'est même payé le luxe de se tourner vers la CGT, présentée il y a peu comme infréquentable. Dans ces conditions, beaucoup de syndicats CFDT critiques ont cru à un vrai tournant et se sont désolidarisés de Tous ensemble, même quand leur pratique est fort semblable. Tous ensemble apparaissait au congrès de Lille comme une tendance idéologique, ne polarisant que le noyau de ses forces traditionnelles depuis des années. Mais même avec 27% des mandats, une force potentielle et interprofessionnelle d'environ 150 000 syndiqués continue à disputer l'hégémonie de Notat dans la CFDT. Ce n'est pas rien si une ccordination globale des courants syndicaux unitaires, internes ou externes aux grandes confédérations, se donne des perspectives dans le nouveau contexte.
En janvier 1999, Tous ensemble a décidé de dissoudre sa forme d'apparition. En mars, une réunion nationale définira de nouveaux projets. Renouer les fils
Une situation incertaine est donc ouverte après les deux congrès contédéraux.
Des mouvements de grande ampleur ont commencé dans les sommets. Pour la CGT, ils représentent à la fois des mesures de survie et la volonté de fixer aux équipes syndicales un horizon plus large que la culture de
Cortège de AC! Une capacité d'initiativeet de mobilisation qui fut regardée de travers par les directions confédérales... leur pré carré habituel. Pour la CFDT, ils ne sont qu'une adaptation de sa stratégie. Au total, le prix payé par le déplacement des gros appareils est lourd. Le courant oppositionnel à Nicole Notat a été sacrifié sous la couche de peinture gauche dont la direction CGT a paru recouvrir la CFDT tout entière. La FSU et SUD, mis devant le fait accompli, en sont réduits à attendre que les grandes machines veuillent bien préciser leurs intentions
Les choses auraient pu tourner autrement. Après décembre 1995, s la CGT l'avait voulu, un structuration permanente des forces actives dans la grande grève aurait pu se mettre en place, ou tout au moins être proposée à ceux qui le voulaient. Et il n'était pas obligé que ce rassemblement du syndicalisme exclue la direction CFDT. Bien au contraire, les portes auraient pu rester constamment ouvertes. La même occasion s'est répétée après le grand mouvement des chômeurs de l'hiver 1997-98. Cette fois-ci, le rassemblement CGT-syndicats CFDT oppositionnels-FSU-SUD était dynamisé en plus par les associations de chômeurs. Là encore, personne ne fermait la porte à la CFDT tout entière, dont bien des syndicats ne comprenaient pas l'absence dans le soutien aux chômeurs, qui fait partie de l'identité forte de la CFDT. La CGT a paru un moment hésiter sur sa stratégie puisque Louis Viannet s'est rendu lui-même à une première réunion convoquée par la FSU qui proposait la mise en place d'un espace syndica unitaire permanent, au plan national comme au plan local. Mais Louis Viannet, précédent secrétaire général de la CGT, n'est pas revenu aux reunions suivantes, et en juin 1998, il officialisait l'ouverture au sommet vers la CFDT, reprochant à la FSU de ne cultiver que ses rapports avec SUD et "CFDT en lutte", ce qui était sans doute une fausse lecture des propositions FSU. Interrogée sur ces rapports avec la FSU, Nicole Notat dans une conférence de presse en septembre 1998 répondait que la CFDT n'avait pas de rapport avec elle, et elle ajoutait: "Je suis d'accord avec Louis Viannet sur ce point" .
La CGT a donc décidé un changement de stratégie. Une nouvelle situation est ouverte. Qu'elles soient dans la CGT, la CFDT ou dans le mouvement non confédéré, les équipes syndicales soucieuses de rénovation complète du syndicalisme, confédéré au vrai sens du terme, c'est à dire fédérant démocratiquement les luttes collectives et les expériences, ont intérêt à prendre la balle au bond, retisser les fils unitaires partout, dans les localités, les branches, en Europe, dans la CES et hors la CES. Et faire entendre un message de lutte et de transformation anti-capitaliste de la société.
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