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idées socialistes en Corée du Sud. Déjà en 1993, et à nouveau en 1994-95, le gouvernement avait emprisonné des militants d'une organisation marxiste, les Socialistes Internationaux de Corée du Sud (ISSK), liée au courant du Socialist Workers Party britannique (SWP, dirigé par Tony Cliff). Cho Il-bung, le dirigeant le plus connu de ISSK, faisait partie des victimes de la répression. Il était accusé d'avoir publié des livres socialistes en coréen, parmi lesquels les ouvrages d'Alexandra Kollontaï, de Hal Draper, de Tony Cliff, d'Alex Callinicos. Adopté par Amnesty International prisonnier conscience, Cho Il-bung fut finalement libéré.
On aurait pu croire que sous la présidence de Kim Dae-jung, ex-opposant du régime militaire, souvent perpar les autorités réactionnaires sud-coréennes, élu en décembre 1997, les choses se passeraient autrement. Cependant, Kim Dae-jung s'est allié avec ses anciens ennemis, les militaires et les chefs des conglomérats capitalistes (les "chaebols"), et est passé du côté de l'ordre conservateur. C'est ainsi qu'on a vu la répression tomber à nouveau sur des syndicalistes, des étudiants et des militants socialistes. Le 7 mai 1998, plusieurs raids de la police secrète ont abouti à l'arrestation de 26 membres de l'ISSK, pour la plupart des jeunes étudiants et ouvriers âgés de 20 à 32 ans. Ils sont accusés de « crimes contre la sécurité de l'État », tels que : organiser un débat politique, publier des livres "subversifs", vendre des journaux qui critiquent la politique économique du gouvernement et ainsi de suite. Par exemple, Park Hyo-geun, âgé de 31 ans, est accusé d'avoir organisé, dans une salle de l'Université de Séoul un débat sur « les leçons du mouvement syndical démocratique depuis 1987 ». Les militants de l'ISSK sont aussi
Nouvelles du mouvement ouvrier et de l'Internationale accusés de « travailler pour un État ennemi », à savoir la Corée du Nord, ce qui est parfaitement ridicule, considérant la position radicalement critique de leur courant politique envers ce type de régime, qu'il caractérise comme étant « une forme de capitalisme d'État ».
Le 10 juin 1998, lors d'une visite aux États-Unis, le président Kim Dae-jung a déclaré devant le Congrès américain : « La Corée va devenir un des meilleurs pays du monde pour que les investissements internationaux puissent faire des affaires en liberté et en sécurité ». Tout un programme... Deux jours plus tard, lors d'une conférence à l'Université de Stanford, il fut interrogé par des étudiants sur les raisons du maintien en prison des militants socialistes coréens. Sa réponse est assez révélatrice d'une certaine conception de la "démocratie" « Jusqu'ici ils n'ont donné aucune indication qu'ils sont prêts ou désireux de changer leurs convictions. Je pense que n'importe quel pays voudra maintenir en prison ce genre de personnes ».C'est donc pour le refus d'abandonner leurs idées et leurs convictions qu'on les garde
Le gouvernement se réfère à la loi de sécurité nationale, établie en 1960, en pleine guerre froide, pour légitimer sa politique répressive et antidémocratique.
International, « cette loi est utilisée pour transgresser les droits de liberté d'expression et d'association. Les autorités en font usage pour mettre en prison des gens qui sont en désaccord avec leurs vues politiques en arguant qu'ils constituent une menace pour la sécurité de l'État ». En fait, tout opposant peut être accusé d'être un « agent de la Corée du Nord ».
Tout cela se passe pendant que le pays est mis en coupe réglée par le Fonds monétaire international, qui impose une politique d'austérité et de « dégraissage de la main d'œuvre redondante ». Après une grève de deux jours les 1 et 2 mai 1998, le gouvernement a ouvert un procès criminel contre 143 membres de la KCTU, la Confédération syndicale coréenne. quelques jours après, ce sont 430 manifestants étudiants qui ont été emprisonnés.
Une campagne internationale s'est mise en place pour défendre les socialistes sud-coréens. Un appel international de personnalités connues a été publié par le New York Times. Il faut espérer que la pression de l'opinion publique coréenne et internationale obligera le gouvernement du président Kim Dae-jung a tenir les promesses de démocratisation qui lui ont permis d'être élu en 1997, en libérant tous les syndicalistes, étudiants et militants socialistes emprisonnés.
Michael Löwy • Pour plus d'informations on peut contacter le Comitee to Defend South Korean Socialists, 1, Bloomsbury Street, London WC1B 3QE, Grande Bretagne.