E n Belgique et en Italie, gouverne-
ments, patrons et syndicats viennent de conclure des « pactes sociaux ». L'Allemagne, pays phare de T'UE, peine à arriver. Paradoxalement : car ce fut le principal thème de la campagne électorale du SPD au printemps 1998, confirmé dans les urnes en septembre : Büdnis für Arbeit (Alliance pour l'emploi). La menace d'une grève générale des 4,2 millions de métallurgistes pour une forte hausse de salaire a retardé le mécanisme.
La tentation, de la part des patrons, de maîtriser le coût de la main d'œuvre et d'y associer étroitement les appareils syndicaux n'est pas nouvelle. L'immédiat après-guerre avait connu, dans le sillage de l'union nationale scellée dans la résistance, des pactes où les travailleurs furent carrément « invités » à abandonner leur revendications
Dans les années 1950 et 1960, on parlait de « programmation sociale ». La situation avait radicalement changé. En fonction d'objectifs et de prévisions économiques (« programmation économique »), gouvernements et patrons essayaient de convaincre les bureaucraties syndicales d'y collaborer activement. D'un côté, sous l'égide de l'Etat, furent mobilisés des moyens financiers et des ressources matérielles pour soutenir la croissance économique avec des objectifs étalés sur cinq, dix ans. De l'autre, l'amélioration du niveau de vie et des conditions de travail en général devait dépendre de l'augmentation de la productivité. Comme ce fut une époque de forte croissance économique, le monde du travail y trouva son compte. L'autonomie syndicale fut déjà un enjeu, mais en général la vie contractuelle gardait ses marges de liberté.
Depuis, le contexte politique, économique et sociale a beaucoup changé. L'extraordinaire offensive dite « néolibérale » s'accompagnait d'un changement de tactique quant aux « rapports paritaires » : au lieu de solliciter la collaboration, moyennant quelques miettes, les patrons, soutenus par les gouvernements, repoussaient les syndicats en paralysant les mécanismes de concertation au sommet, en décentralisant au maximum les conventions collectives, empêchant l'activité syndicale au sein des entreprises, et même en brisant carrément des syndicats (cf. Thatcher).
Pactisons !
Derrière ce changement se cachait la tentative de fragmenter les statuts de la main d'œuvre et de flexibiliser l'organisation du travail. La riposte ne fut pas à la hauteur. Certes en Belgique (entre 1979-87, ensuite en 1992) et en Italie (entre 1992-1994), des luttes puissantes et généralisées eurent lieu avec une forte participation du secteur privé. Elles se concluaient par une défaite importan-
Pactes sociaux,
le retour ?
te : les bureaucraties syndicales y ont une responsabilité écrasante. Ce n'est pas un hasard si c'est précisément dans ces deux pays que viennent de se conclure des pactes sociaux en bonne et due forme. En Allemagne, Kohl pouvait même se permettre de repousser une offre de service de l'IG Metal pour conclure... un pacte pour l'emploi.
Dans l'ensemble de l'UE, les sommets de l'appareil syndical avaient décidé de « fermer les yeux » devant cette offensive patronale dans les entreprises et, selon les pays, de collaborer activement au démantèlement de l'Etat providence. Ainsi, les syndicats hollandais n'ont jamais manqué à l'appel...
Tous s'accrochaient à la perspective de l'Union européenne : l'euro devant ouvrir la voie vers l'Europe sociale... C'est ainsi qu'ils justifiaient, et justifient encore, l'abandon de toute autonomie revendicative et d'action.
On peut se demander pourquoi le thème des pactes sociaux revient, dans la mesure où cela implique une relance de concertation sociale et donc une sorte de relégitimation du rôle des syndicats. Trois raisons jouent un rôle important.
D'abord, les sommets bureaucratiques des syndicats ont partout, sans exception et sans faille, montré leur fiabilité sur la priorité des priorités : l'euro, et la réalisation des critères de convergence (le déficit budgétaire des Etats limité à 3 % du PIB), même s'ils ont « protesté » contre le pacte de stabilité qui aggrave encore ce critère à 1 % maximum. Mais, patrons et gouvernements peuvent se dire qu'ils ne sont pas à l'abri d'un accident de parcours et qu'ils pourraient avoir besoin d'aide... Le mouvement de novembre-décembre 1995 contre les * François Vercammen est membre du Sécrétariat unifié de la IV• Internationale.