Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER HOMOSEXUALITÉS

Pour l'égalité des droits !

· Inprecor n° 433, mars 1999 · p. 16 · 826 mots

Femmes

L sa re légale des rape re homs-

sexuels et d'égalité de traitement juridique des comportements sexuels se développent dans divers pays. L'égalité des droits constitue le point départ de ces revendications. Les hétérosexuels peuvent acquérir une gamme de droits en se mariant. Et, quoiqu'on puisse penser de l'institution du mariage, les lesbiennes, les gays et les bisexuels devrait avoir l'accès à ces mêmes droits.

Parfois des progressistes ne l'acceptent pas : le mariage est réactionnaire - disent-ils — et devrait être rejeté, gnoré ou aboli. Tant que les homosexuel-les n'ont pas revendiqué le droit de se marier, cette opposition à l'institution de mariage n'était pas au centre des campagnes publiques. Tout au plus certains tentaient de la mettre en pratique dans leur couple, surtout lorsque cette pratique permettait d'échapper partiellement à la pression fiscale. Les progressistes qui s'opposent à l'accès des gays et des lesbiennes aux droits que le mariage accorde (pour des raisons "de principe") se trouvent alliés aux conservateurs : à ceux qui croient que la supériorité des rapports hétérosexuels est évidente et que le mariage serait "dégradé" s'il était ouvert à des "pervers"

Certains gays, bisexuels ou lesbiennes aimeraient se marier. D'autres ne le souhaitent pas. Mais il est dans l'intérêt de tous - quel que soit leur choix sexuel - de travailler ensemble pour un changement de l'institution du mariage ou pour l'abolir. Nous devrions aussi exiger les mêmes droits légaux pour des couples gays ou hétérosexuels qui ne veulent pas se marier.

Il n'y a encore pas de modèles alternatifs à l'institution du mariage qui soient pleinement développés. Mais quelles que soient les alternatives que le mouvement social puisse mettre en avant, deux principes sont clairs :

- Chaque option doit être également accessible pour tous ;

- Toute disposition qui est une alternative au mariage doit offrir plus de droits et de responsabilités que le mariage ne le fait maintenant; présenter des alternatives dont le contenu n'est pas réellement différent n'a pas de sens.

L'extension des droits des individus, qu'ils choisissent de vivre en couple ou non, est un aspect trop souvent négligé du débat sur le partenariat. Les mouvements des homosexuel-les n'ont pas encore adopté une position claire sur ce problème. En fait cette discussion semble au point mort. Même les mouvements de femmes ne semblent plus préoccupés par le fait que les droits individuels des femmes sont subordonnés à leurs rapports avec des hommes L'offensive néolibérale des années 1980-90 a repoussé cette question à l'arrière-plan. Les droits individuels réels requièrent le soutien social. Mais les politiques d'austérité néolibérales, en privatisant ce qui devrait être socialisé, ont renvoyé une fois de plus les responsabilités sociales sur la famille. Les gouvernements préfèrent que les maris, les femmes, les parents et les enfants prennent en charge les malades, les vieux, les jeunes, les invalides ou les chômeurs plutôt qu'avoir à financer ce fardeau.

Dans nombre de pays, les services de contrôle social peuvent remettre en cause l'accès aux logements sociaux, sous prétexte que les bénéficiaires entretiennent des rapports "cachés". Les mouvements homosexuel-les ne devraient certainement pas exiger des réformes qui piégeraient plus de monde dans des formes humiliantes de dépendance. Au contraire, ils pourraient peutêtre jouer un rôle d'avant-garde pour changer cette situation, encourageant les mouvements de femmes et les syndicats à la défier aussi.

Mais même la gauche a une approche très prudente et limitée face à la question du partenariat. Il y a encore beaucoup d'hésitation sur les problèmes fondamentaux des droits de garde d'enfants et d'adoption. La question des parents lesbiennes et gays est encore tabou, semble-t-il. Encore une fois la réticence d'accepter les rapports homo-

HOMOSEXUEL * sexuels au même titre que les rapports hétérosexuels est sous-jacente Pourquoi une telle résistance envers l'égalité, même au sein de la gauche ? Probablement parce que l'égalité pleine pour les lesbiennes, les gays et les bisexuels saperait les fondements des modèles aliénés dans lesquels les sociétés emprisonnent les individus. Elle remettrait en cause la perception de l'hétérosexualité comme "naturelle" Elle défierait les rôles des genres ("les hommes sont comme-ci, les femmes comme cela"). Elle questionnerait l'autorité parentale et le statut de l'héritage fondé sur la procréation.

Exiger la reconnaissance pleinement égale pour les rapports homosexuels devrait pourtant être notre but. Elle ouvre une porte par laquelle nous entrevoyons de nouvelles possibilités : nouvelles relations émotionnelles et sociales, au-delà de l'aliénation et la dépendance, qui pourraient prospérer dans la diversité et la liberté. Les révolutionnaires dans les mouvements homosexuels ont besoin de discuter ces possi-

Le débat actuel sur le partenariat civique permet aux révolutionnaires lesbiennes, gays et bisexuels de travailler avec d'autres courants dans le mouvement, qui vont au-delà de l'idée de "droits égaux". Nous pouvons ressusciter l'appel originel du mouvement pour une libération authentique. Il est temps pour les hétérosexuels et les homosexuel-les de lutter pour une rupture avec les normes hétérosexuelles étriquées, et non seulement pour tenter de s'y adapter. [AH/CM/PD]

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