Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

OTAN EN GUERRE

Ni OTAN, ni Milosevic ! Autodétermination des Kosovars !

Inprecor n° 434, avril 1999 · p. 36 · 816 mots

Ex-Yougoslavie Paix et armements Europe de l'Est

Editorial a barbarie impérialiste sévit encore un fois. Alors que nous écrivons, des villes et des villages de la Serbie, du Monténégro et du Kosovo sont la cible de vagues de bombardements massifs dont seuls des hypocrites peuvent prétendre qu'ils n'atteignent que des objectifs militaires. Encore une fois, l'ONU a démontré son impuissance et n'a même pas sauvé la face. Encore une fois, bien que ce soit leur propre continent qui est devenu désormais le théâtre de la guerre, les gouvernements de l'Union européenne, presque tous présidés par des sociaux-démocrates, dans certains cas soutenus par des Verts, et si fiers d'avoir réalisé à la date prévue leur Union monétaire, ont été à la traîne de la superpuissance nord-américaine et l'un deux, l'Italie, s'est transformé en un gigantesque porte-avions. La justification de l'ingérence humanitaire — avancée par une campagne qui rappelle celle qui a accompagné l'éclatement de la première guerre mondiale — ne peut qu'être rejetée avec le mépris qu'elle mérite : parce que les interventions dites humanitaires sont tout à fait sélectives — aucun membre de l'OTAN n'a jamais envisagé une intervention contre des pays dont les gouvernements persécutent des minorités nationales et ont recours à des pratiques autoritaires — et parce que la guerre aura des consé-

OTAN, ni Milosevic !

ermination des Kosovars !

Autodét

quences tragiques pour ceux -là mêmes qu'on prétend défendre et pourrait même déboucher sur ce partage du Kosovo que Milosevic semble vouloir préparer par une nouvelle vague de répressions. Nous condamnons l'attaque de l'OTAN d'autant plus résolument que notre attitude a toujours été absolument claire sur les conflits majeurs qui déchirent la région. Dès le début, la IVe Internationale a dénoncé sans détour, y compris dans les colonnes d'Inprecor (1), le dérapage nationaliste de Slobodan Milosevic et ses campagnes criminelles sur la "Grande Serbie". A plus forte raison, nous avons condamné sa décision de supprimer l'autonomie dont le Kosovo jouissait dans la fédération yougoslave aussi bien que ses méthodes répressives à l'égard de ses opposants et des mouvements de masse en Serbie à plusieurs reprises. Son refus de tourner la page au Kosovo, en respectant la volonté de la grande majorité de sa population, a incontestablement rendu plus difficile toute solution politique, donné à ses adversaires un alibi — bien entendu faux, mais utilisable par la propagande mystificatrice des impérialistes — et entraîné le peuple serbe dans une guerre susceptible de très grandes ruines, de désorganiser davantage une économie aux abois et de provoquer une régression sociale sans précédent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. La crise au Kosovo, avec ses répercussions dans d'autres zones de l'ancienne Yougoslavie qui pourraient remettre en question même les précaires accords de Dayton, confirme que seule une solution englobant l'ensemble de la région balkanique — aussi difficile à réaliser soit-elle — pourrait mettre fin aux explosions guerrières, aux déchirements ethniques, aux interventions impérialistes. C'est sur le chemin d'une telle solution que le respect du droit de chaque peuple à l'autodétermination reste absolument priEn l'occurrence, cela vaut en premier lieu pour le peuple du Kosovo. On peut estimer que l'indépendance s'impose comme la meilleure solution, ou que le Kosovo doit intégrer l'Albanie, ou prôner un retour à l'autonomie d'avant 1989 (tout en n'ignorant pas qu'une chose est une autonomie telle qu'elle existait dans le cadre de la Fédération de l'époque, autre chose une autonomie où la "Yougoslavie" se réduit à la Serbie et au Monténégro). On pourrait aussi comprendre que les Kosovars, en prenant en compte le rapport de forces actuel et dans le but d'éviter une guerre prolongée à l'issue incertaine, acceptent une solution transitoire en remettant à plus tard leur choix définitif. Mais, il faut le réaffirmer sans la moindre ambiguité ou hésitation, c'est leur choix, un choix que personne n'a le droit de faire à leur place et de leur imposer. C'est pourquoi on ne saurait accepter l'accord de Rambouillet, qui, en dernière analyse, revient à un véritable chantage, ni envisager une solution quelconque qui implique le maintien de la domination de la "Grande Serbie" ", soit-elle exercée par Milosevic ou ses successeurs éventuels. Une solution imposée par la guerre, par les armées de l'OTAN, les impérialistes des Etats-Unis et des pays européens n'est pas non plus acceptable. Répétons le : le point de départ pour trouver une solution est de garantir le droit à l'autodétermination des Kosovars. Aucune institution internationale n'a le droit d'ignorer ou de sup 1. Cf. en particulier : Michèle Lee, L'étrange mort de la Yougoslavie de Tito, Inprecor primer ce préalable. n° 283 du 6 mars 1989 ; Catherine Verla, Le Toute intervention militaire dans l'ancienne Yougoslavie doit cesser immédiatement ! système remis en cause, et Nina Jerkic, La L'armée et la police serbes doivent quitter le Kosovo ! lutte des mineurs du Kosovo, Inprecor L'OTAN doit être dissoute ! n° 285 du 3 avril 1989.

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